WallStreetBets : les dessous de l’affaire GameStop

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L’histoire de WallStreetBets et de GameStop est de loin la plus complexe, la plus difficile et controversée, de toutes celles sur lesquelles j’avais pu me pencher jusqu’à maintenant. Je la catégorisais dans la rubrique “Reddit” au départ, puis “trading”, mais au vue de l’ensemble des parties prenantes qui ont porté leur voix cette semaine – des conséquences tous azimuts – il est temps de se rendre à l’évidence de sa singularité.

L’emprise des WallStreetBets et la folle croissance du cours de GameStop entrent dans une histoire inédite, à appréhender comme un carrefour. Sans prendre en compte l’ensemble de ses intersections, elle mènera directement à de mauvaises interprétations. Certains l’ont réduit à une blague, d’autres l’ont encouragé ou l’ont accusé en y voyant une insurrection, et les plus zélés l’ont fantasmé comme une révolution.

Pourquoi une telle complexité ? Déjà, parce que les événements de ces derniers jours n’ont pas découlé d’un mouvement contestataire uni, avec un nom, des idées et des objectifs clairs. Les événements de ces derniers jours n’étaient pas aussi collectifs et politisés que ceux d’Occupy Wall Street, en septembre 2011. WallStreetBets et la hausse du cours de GameStop représentent la partie émergée d’un iceberg qui était déjà là depuis des mois.

Plus qu’une blague emportée par internet, qu’une insurrection improvisée sur l’actualité, elle est le fruit de la démocratisation des technologies financières et des politiques monétaires. La question n’était pas de savoir si cela aller arriver, mais quand cela allait éclater. Aux yeux de tous. WallStreetBets allait aussi bien dépasser la sphère de Reddit que les colonnes d’un journal financier. Son histoire s’est retrouvée dans toutes les conversations, au-delà des frontières, dans des tweets de personnalités publiques, dans la tête de ménages en difficultés suite à la crise sanitaire.

GameStop WallStreetBets

L’action GameStop a fait trembler Wall Street. © Presse-citron

L’emblème GameStop

Pour arriver à émerger, l’iceberg que nous allons tenter de décrire et d’expliquer ici s’est trouvé une figure de proue, l’idéogramme qui lui manquait alors pour pouvoir démontrer son existence : GameStop. Sur la fine couche de poussière recouvrant les rayons des magasins de la société américaine, l’histoire s’est enracinée, au début du mois de janvier.

GameStop fait partie de ces entreprises à avoir grandement souffert de la pandémie. Elle lui aura causé la fermeture de ses magasins de jeux vidéo. Sa situation économique critique, elle la doit, aussi, à se retrouver du côté des perdants de la transition numérique. L’arrivée des consoles en version digitale (les programmes de jeu sont achetés sur le cloud) est devenue une épée de Damoclès, qui menace maintenant de tomber.

Depuis 2019, cette menace exerce une pression. Déjà plus de 1000 points de vente GameStop ont été fermés. De 2017 à l’été 2020, sur le New York Stock Exchange, son cours boursier n’a cessé de baisser, passant de 27 à 4 $. Au mois de décembre, les espérances disparaissaient totalement, avec la présentation d’un bilan trimestriel loin d’avoir pu profiter de la sortie des dernières consoles de Sony et de Microsoft. GameStop décrochait alors de 20 % à Wall Street.

Par conséquent, elle a rejoint ces entreprises au futur prémédité. Un horizon si tangible qu’il a attiré de nombreux fonds spéculatifs à parier sur la baisse de son cours. GameStop est devenue le titre boursier le plus populaire des vendeurs à découvert, l’action au plus grand nombre d’opérations de « short selling » du moment. Parmi ces fonds d’investissement, connus pour leur activité de fonds d’arbitrage, il y avait Melvin Capital et Andrew Left, un vendeur à découvert connu pour ses analyses baissières dans sa newsletter Citron Research.

« Je tiens le coup, même si cela me coûte tout »

La suite est celle que vous connaissez. En opposition à toutes les projections des institutions financières, GameStop a renoué à la hausse au début du mois de janvier, pour atteindre un cours plus élevé de 1700 % la semaine dernière, quand le titre GME dépassait les 480 dollars.

À l’origine d’une telle envolée, le sous-forum WallStreetBets de la plateforme Reddit, qui regroupait un million d’utilisateurs jusqu’alors. Ces derniers – des particuliers qui cherchaient à savoir dans quelle entreprise investir pour gagner de l’argent – s’y organisaient de façon collective pour y trouver des avantages individuels. Une représentation de la montée en puissance des investisseurs particuliers, capables d’accéder à l’information en temps réel grâce à internet, d’ouvrir un compte-titre grâce aux courtiers en ligne souvent gratuits, et de s’organiser à grande échelle sur Reddit. 

« Honnêtement, en 25 ans à Wall Street, je n’ai jamais lu de recherches aussi pertinentes pour gagner de l’argent en bourse. Il y a un certain nombre de personnes très intelligentes sur le forum r/WallStreetBets, qui comprennent les liquidités, et qui comprennent qu’en motivant une communauté pour être suffisamment nombreux, ils peuvent tirer profit de ces liquidités », remarquait Enrique Abeyta, spécialiste des marchés financiers, dans le podcast « GameStop : The Peasant’s Revolt ».

Peut-on jouer face à Wall Street, et gagner ? Voilà qui a fait élever une communauté longtemps restée discrète, à la posture d’affaire internationale. « C’est un grand moment. Un bras de fer entre la tradition et l’avenir. Les gestionnaires de hedge funds vivent dans le passé et continuent de mépriser les investisseurs particuliers. Ils croient vraiment que nous ne savons rien des finances ou du marché et ne faisons que jouer notre argent » faisait savoir « Benaffleks », un membre de WallStreetBets.

Lui comme des milliers d’autres, depuis trois semaines, ont été influencé par cette idée de rupture entre le passé et le présent. Par la rupture, comprenez la démocratisation de la bourse à tous, aux « 99 % des gens », comme ils préfèrent se nommer, par opposition au 1 % restant de l’élite – des institutions financières.

La critique, donc, ne concerne ni la bourse ni le système capitaliste. Elle concerne cette rupture, où les politiques et les gros investisseurs doivent maintenant accepter l’arrivée des particuliers, légitimes à prendre leur part du gâteau. GameStop, dans tout cela, n’était pas une opportunité de profit à proprement parler, mais une occasion d’exercer un contre-pouvoir et récupérer l’argent promis aux fonds spéculatifs.

L’idéologie, si elle ne concerne pas la remise en question globale du système des marchés financiers, repose alors sur un point plus particulier, une trappe avec laquelle les fonds continuent de maintenir un avantage sur les particuliers. Il s’agit bien de la vente à découvert. Elle est, en théorie, accessible aux investisseurs particuliers possédant un compte-titre sur un courtier en ligne. Mais du fait que les pertes sont potentiellement infinies (quand un ordre d’achat classique ne risque que la perte de la totalité de la mise de départ), son activité est restée privilégiée par les hedge funds.

« Je tiens le coup, même si cela me coûte tout », écrivait un utilisateur sous le pseudo de atomsej sur r/WallStreetBets, qui avait laissé de côté sa recherche de profits individuels pour se lancer dans cette contestation idéologique, de règles d’un match encore truquées à l’avantage des élites : la dépréciation d’un titre et leur pouvoir de manipulation des marchés.

Pourquoi l’affaire WallStreetBets/GameStop est inédite et complexe

Pour pouvoir lutter contre ce reste d’injustice qui a survécu à l’arrivée des particuliers sur les marchés financiers, les membres de la communauté WallStreetBets ont usé de leur seule arme disponible : l’achat, massif. Un moyen de renverser la destinée d’un cours condamné à baisser.

Le sous-forum de Reddit y est arrivé par trois moyens, qui illustrent un premier point de la complexité du dossier. Le nombre de membres actifs est passé d’un à six millions, des investisseurs particuliers ont voulu profiter de l’occasion pour tenter de gagner de l’argent sans forcément prendre part au mouvement de contestation, et les fonds d’investissement, alors étranglés, ont dû se tourner vers la position d’achat pour couvrir leurs pertes. Ce dernier phénomène est baptisé « short squeeze », avec pour conséquences l’augmentation du cours d’une action, de plus belle.

L’affaire GameStop n’est donc pas une affaire aussi simple et compréhensible que le mouvement « Occupy Wall Street », il y a dix ans. Lui ne souhaitait pas démocratiser la bourse ni en prendre part. D’une idéologie altermondialiste, il s’opposerait presque aux WallStreetBets et leur action sur GameStop.  Sur le plan de sa forme, de ses conséquences et de son idéologie, il est difficile de le définir comme une contestation, une insurrection, ou une révolution.

Le mouvement n’en reste pas moins communautaire, bien sûr. Car il a besoin de l’action de tous pour pouvoir exister. Mais il est un événement que l’on pourrait qualifier d’individualiste coopératif : en cherchant non pas à abolir un système, mais à venir en profiter, il en possède autant d’intérêts privés que de membres. Et par sa nature individualiste, il ne peut que prôner un modèle profondément libéral.

Wall Street

Wall Street, dans le quartier des finances de Manhattan, à New York. Un emblème de la finance américaine et mondiale. © Unsplash / Aditya Vyas

Première lecture : une solution efficace

Un mouvement progressiste

Jeudi 28 janvier, sur le podcast « Part of the Problem », le fervent défenseur d’une nation libérale libre Dave Smith livrait un épisode spécial sur l’actualité autour de GameStop, offrant un éloge au mouvement WallStreetBets. En réaction à ses propos, il disait :

« Pour moi qui suis un fervent libéral anarchiste, c’est vraiment intéressant de regarder cela se produire, c’est quelque chose dont nous avions parlé depuis longtemps. Non pas au sujet la lutte contre les vendeurs à découvert, mais sur l’idée que l’une des seules armes que les particuliers ont face à l’élite des marchés financiers est qu’ils sont bien plus nombreux. Il est possible de faire quelque chose sans une forme de violence, sans confrontation avec l’État, sans en venir à des débordements comme le 6 janvier dernier devant le Capitole, qui ne résultent sur rien de bon. […] C’est une voie progressive de changer les choses, de viser le problème et non le système entier […] dans un mouvement coopératif et synchronisé. ».

Cette prise de conscience, selon lui, prend un poids particulier alors que son effet de surprise vient élever un message très clair : lorsque le transfert d’argent se fait dans le sens des hedge funds vers les particuliers, le caractère exceptionnel et dangereux est bien plus décrié que lorsque le transfert est inversé. Dans son épisode, il comparait ainsi l’affaire GameStop avec la situation financière de 2020, où la crise a causé de lourdes pertes sur la classe populaire, tout en enrichissant de grosses entreprises du Nasdaq et du S&P 500.

« Les gens ont remboursé leurs prêts étudiants, ils ont payé leur maison »

Lundi 25 janvier, alors que l’action GameStop s’envolait, je m’entretenais avec Chistian Hecker, l’un des cofondateurs de l’application de courtage en ligne allemande Trade Republic. Loin d’évoquer encore le sujet des WallStreetBets, l’homme me donnait des éléments de réponse quant à la mouvance des ménages vers les marchés financiers. « En raison de facteurs macroéconomiques tels que l’évolution démographique, les taux d’intérêt négatifs et l’inflation, de nombreuses personnes cherchent à trouver une voie alternative pour épargner ».

De façon très concrète, cette dynamique explique l’avènement de WallStreetBets et l’envolée de GameStop. « Vous avez la confrontation de la démocratisation de la bourse, et le besoin des gens de faire quelque chose de leur épargne. D’un côté, il est possible d’acheter des actions sans commission, voire des fragments d’actions si celle-ci est trop chère, et de l’autre, un état qui a distribué des chèques de relance, et des ménages qui ne dépensent plus dans les restaurants, les bars, ou pour partir en vacances », rappelait Enrique Abeyta, d’Empire Financial Research.

Dans un reportage, le Wall Street Journal prêtait ses colonnes aux portraits de plusieurs opportunistes de l’envolée de GameStop. Un moyen d’en savoir plus sur l’utilisation des bénéfices récoltés par ces « boursicoteurs », et de découvrir l’affaire GameStop sous un autre prisme encore. Parmi eux, il y avait Den Kovacs, un jeune informaticien de 25 ans résidant à Détroit, dans le Michigan. Avec 2 500 $ de gain sur 10 actions GameStop, il avait de quoi rembourser une partie des 7 000 euros de dettes de sa carte de crédit. « Les gens ont remboursé leurs prêts étudiants, les gens ont payé leur maison » déclarait Brandon Luczek, un militaire de l’US Navy, dans un autre article publié sur Barron’s.

« Ce devrait être un terrain de jeu égal. […] N’importe qui peut faire ses propres recherches, tout est juste, alors pourquoi le système devrait-il être si favorable aux personnes qui ont plus d’argent ? » se questionnait Louis Weimer, 20 ans, étudiant à Pittsburgh et investissant en bourse depuis deux ans, dans les pages du New York Times.

Seconde lecture : des conséquences contre-productives

Les particuliers gagnent, les hedge funds aussi

La vindicte de WallStreetBets a touché, puis coulé Citron Research et le fond new-yorkais Melvin Capital. Le premier l’a annoncé vendredi, en s’écartant définitivement de ses analyses financières aux fins de ventes à découvert. Le second, avec ses opérations de short selling prises au dépourvu, annonçait en urgence une levée de 2,75 milliards de dollars auprès de ses concurrents de Wall Street, Citadel et Point72.

Si les particuliers ont gagné de l’argent, tout en arrivant à dominer les gros investisseurs du pays auxquels ils s’opposaient, ils n’en auront pas moins fait le bonheur de certains autres. « « Si vous regardez l’historique, il y avait des ordres d’achat de 10 000 actions échangées : cela veut dire que des hedge funds se sont rincés. […] Il est clair qu’il y avait de l’argent institutionnel ici », reconnaissait David Trainer, le PDG de la société de recherche New Constructs et ancien analyste du Credit Suisse, dans une interview à Barron’s .

Ces hypothèses n’en sont plus. Chez le plus puissant gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, ses 13 % de participation dans GameStop lui feraient actuellement profiter d’une manne de 2,4 milliards de dollars. Pour Silver Lake, le constat est d’autant plus tangible avec sa dernière opération dans AMC, une autre entreprise prisée de WallStreetBets. Jeudi soir, la Security and Exchange Commission (SEC) rapportait une opération de quelque 600 millions de dollars correspondant à la liquidation de l’entièreté des positions du fonds. Dans le but de s’échapper de cette situation, il aura pu profiter d’une hausse de 300 % du cours de l’action, tout en laissant AMC dénué de l’un de ses principaux actionnaires désormais.

Wall Street ne veut plus connaître ça

Chez les entreprises de gestion de données, il est déjà l’heure de sauter sur l’occasion financière de l’avènement de WallStreetBets. Un nouveau marché s’est créé à la suite de l’affaire GameStop, et les hedge funds seront nombreux à s’y pencher, au détriment des particuliers. Un nouveau produit vient d’être présenté par la société Thinknum Alternative Data, avec pour but de prévenir de telles envolées chez les boursicoteurs.

« Ce nouveau produit suit le nombre de fois où NYSE, le Nasdaq ainsi que l’ensemble des titres en bourse sont mentionnés dans les 100 meilleurs articles sur r/WallStreetBets et r/ Stocks, en temps réel », dévoilait l’un des responsables de l’entreprise basée à New York. Selon ses dires, 50 clients se seraient déjà montrés intéressés pour être prévenus à temps en cas de situation de ce type.

Robin des bois n’existe pas

Sur les centaines de milliers de membres de la communauté WallStreetBets investissant dans GameStop, nombreux sont ceux, aux États-Unis, à avoir utilisé les services de l’application de trading Robinhood.

Cette figure importante dans leur action, au nom emblématique (« Robin des bois » en anglais), prenait pourtant la décision de bloquer l’accès aux opérations d’achat sur l’ensemble des titres prisés par les membres de WallStreetBets au cours de la semaine, quand l’action GameStop était à son plus haut. « À la lumière de la volatilité récente, nous limitons les transactions pour certains titres à la clôture des positions uniquement », déclarait alors la société de Menlo Park.

« Rappelons que Robinhood s’appelle comme ça car le nom sous-entendait qu’on donnait l’occasion au peuple de prendre une part du gâteau au riche. Les masques tombent », critiquait un lecteur. En politique aussi, certains représentants réagissaient à la nouvelle. Alexandria Occasio-Cortez chez les démocrates, suivie par l’opposition, pointait du doigt l’attaque à l’encontre des intérêts des particuliers. Pour Elon Musk, bien remonté contre les fonds spéculatifs qui avaient tenté de faire tomber Tesla à ses débuts sur le Nasdaq, un message identique.

GameStop Robinhood

L’application Robinhood et l’action GameStop © Unsplash / Clay Banks

Toute cette frustration qui a porté le message de l’injustice des marchés financiers est un couteau à double tranchant. Il pourrait, bien sûr, entraîner les politiques et les opérateurs à se montrer plus réglementaires pour défendre les intérêts des clients. Mais s’il est avéré que Robinhood ne cherchait qu’à prévenir ses clients des risques exceptionnellement élevés à investir sur un titre largement surévalué, alors la tendance restrictive pourrait se poursuivre chez les autorités.

Déjà, la SEC se disait prête à réguler l’accès aux options, qui ont particulièrement eu ce pouvoir de faire dérailler le cours des actions et augmenter la spéculation. Chez les rares courtiers comme Robinhood qui laissaient leurs clients totalement libres de leur gestion d’actifs, une marge de fonds supplémentaire est maintenant demandée, et il n’est plus possible d’investir la totalité des fonds disponibles d’un compte-titre.

Pénalité sur l’ensemble du marché

Travis McCourt, stratège chez Raymond James, faisait le constat à Barron’s sur les conséquences de l’envolée de GameStop sur le reste des marchés boursiers. En manque de moyen, ils ont dû en urgence liquider leurs positions chez d’autres entreprises. Vendredi, en fin de séance, le S&P 500 livrait son bilan hebdomadaire : 3,3 % de baisse, un chiffre que les marchés n’avaient plus rencontré depuis les élections présidentielles au début du mois de novembre.

De ce constat découle un autre problème pour WallStreetBets. L’une de leurs motivations, à savoir de contester la manipulation des marchés par fonds spéculatifs, sera pointée du doigt pour sa contre-productivité. Les membres de WallStreetBets ont effectivement manipulé eux-mêmes le marché, de GameStop aux titres du S&P 500. « Les professionnels manipulent les marchés depuis des années, c’est à notre tour maintenant », reconnaissait un membre du forum.

« Avant la pandémie, le commerce de détail représentait entre 14% et 15% du volume des actions ; maintenant, il représente constamment plus de 20% » notait l’analyste de Piper Sandler, Richard Repetto. En déréglant le marché, les victimes collatérales ne seront pas qu’institutionnelles.

Des questions en suspend

Il est légitime, après un tel tour d’horizon, de reconnaître que l’on ne sait pas beaucoup de choses encore sur l’affaire GameStop. Les éléments de réponse élucidés ici ont la complexité de se contredire et de se renvoyer la balle. Les autorités sont entraînées dans un jeu de bascule.

Ce qu’a fait WallStreetBets, c’est un carrefour. Tout d’abord entre le monde d’avant et le monde d’après, où se croisent les pouvoirs politiques et économiques face à un mouvement social, mais où les intérêts privés viennent compliquer le message. L’affaire GameStop est peut-être bien une fracture, mais rien ne promet qu’elle conduira à des changements progressistes plutôt qu’intégristes.

GME Stock Time Square

Sur Times Square, des membres WallStreetBets ont loué l’espace publicitaire de l’un des plus grands écrans du mythique carrefour. Tout un symbole © TikTok

Le silence de GameStop

Au centre du champ de bataille, depuis trois semaines, GameStop est resté silencieux. Pris comme emblème et maintenant propulsé à une capitalisation fluctuant entre 10 et 20 milliards de dollars, celui qui s’est affiché sur un écran géant publicitaire à Times Square (New York City) est certainement le plus absent de sa propre affaire.

Pourtant, lui aussi devra se tenir prêt à parler. Les soupçons à son sujet commencent à naître sur la toile, et ils sont de plus en plus à évoquer certains paradoxes dans son équipe de direction. En 2019, alors que l’entreprise tenait difficilement, ses dirigeants ont reçu le total de 35,2 millions de dollars de rémunération selon ses propres documents envoyés à la SEC.

Le mois dernier encore, la presse spécialisée appelait les investisseurs – particuliers y compris – à faire attention à GameStop. « Le récent trimestre est un indice concret que le détaillant a encore du mal à trouver sa voie. Seuls les investisseurs agressifs devraient acheter des actions. Même dans ce cas, les tendances de vente encore faibles et la chute rapide du marché suggèrent que vous aurez besoin d’une forte conviction sur l’avenir de GameStop pour rester dans le coup », écrivait la société de conseil Motley Fool, dans un rapport publié sur son blog.

La brèche de Robinhood

Les différentes enquêtes sont à présent lancées. Robinhood a déjà plusieurs poursuites intentées à son encontre, et la SEC déclarait vendredi, en guise de dernier mot d’une semaine extraordinaire, que « la commission examinera de près les mesures prises par les entités réglementées qui pourraient désavantager les investisseurs ou inhiber indûment leur capacité à négocier certains titres ».

Potentiellement, le cas du courtier en ligne pourrait être une brèche aux membres de WallStreetBets. À travers le prisme de l’enquête des gendarmes financiers, les membres du forum de Reddit pourront alors savoir si leur appel à la reconnaissance sur les marchés financiers aura été entendu ou non, légitimé par le reste des élites ou réfuté.

Nul doute que la pression se poursuivra. Que ce soit Robinhood, WallStreetBets, GameStop, la SEC, les hedge funds et les politiques : plus personne ne pourra désormais dire qu’il ne savait pas.


Vous souhaitez témoigner ? Écrivez à l’adresse hadrien@presse-citron.net

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