VRAI OU FAKE. Les chiffres de la vaccination des soignants contre le Covid-19 sont-ils fiables ? – franceinfo

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Faut-il rendre obligatoire la vaccination des soignants pour faire face à l’épidémie de Covid-19 et à la propagation de variants plus contagieux ? La position du gouvernement a évolué sur la question, les partis politiques ont pris position et les soignants eux-mêmes ne sont pas unanimes… Mais la controverse repose-t-elle sur des données fiables ? Le doute plane pour certains professionnels de santé.

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“Santé publique France, dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 20 mai, estimait à 91% le taux de vaccination des professionnels de santé identifiés dans la base Vaccin Covid. Mais ce chiffre est sans doute excessif, car il intègre les soignants retraités”, relève Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers SNPI CFE-CGC. “Il y a peut-être une sous-estimation des chiffres, car certains se font vacciner hors de leur établissement”, avance au contraire Guillaume Gontard, président de la Fédération nationale des associations d’aides-soignants. Tous les deux partagent les mêmes interrogations sur un comptage qui n’inclurait que “les soignants qui ont utilisé la médecine du travail pour se faire vacciner”.

Pour y voir plus clair, la cellule Vrai ou Fake de franceinfo a cherché à comprendre comment Santé publique France (SPF) produisait ses données et a tenté de vérifier leur solidité.

A franceinfo, SPF explique avoir déployé “plusieurs stratégies” pour évaluer la couverture vaccinale des soignants. L’agence a mis en place trois études spécifiques : la première pour les professionnels exerçant en établissements de santé (PES), la deuxième pour les professionnels exerçant en Ehpad et en Unités de soins de longue durée (USLD) et la troisième pour les professionnels libéraux.

Pour les professionnels exerçant en établissements de santé, l’agence sanitaire a travaillé en partenariat avec le Groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux (Geres) et avec l’aide des Centres d’appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias), et des “équipes opérationnelles d’hygiène”. “Tous les établissements de santé, publics ou privés, ont été sollicités”, assure SPF, précisant que “la participation était volontaire”. Ils avaient donc la liberté de répondre ou non à un questionnaire qui concernait tous leurs salariés, professionnels de santé ou non. Les établissements disposaient de quinze jours pour répondre au questionnaire, en mai 2021, détaille l’agence sanitaire.

Les renseignements demandés concernaient le nombre de salariés de l’établissement, le nombre de professionnels ayant reçu au moins une dose et le nombre de professionnels complètement vaccinés. Ces établissements avaient la possibilité de livrer des données plus détaillées par catégorie professionnelle et type de service. Santé publique France précise que “les établissements devaient renseigner les vaccinations, que les salariés aient été vaccinés dans l’établissement ou en dehors”.

Dans son bulletin épidémiologique du 17 juin (PDF), SPF écrit qu’au 31 mai, 181 établissements avaient répondu. Les réponses ne concernaient que 6,9% des établissements de santé français et 229 231 professionnels de santé. Selon ces données, 63,5% d’entre eux avaient reçu au moins une dose et 41,9% bénéficiaient d’une vaccination complète.

Si les réponses obtenues sont loin d’être exhaustives, les statistiques qui en sont tirées semblent plutôt fiables : elles sont du même ordre de grandeur que celles calculées au sein de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui regroupe quelque 100 000 professionnels. Cette dernière rapporte à franceinfo qu’au 1er juillet, “70 % des professionnels de l’AP-HP, tous métiers confondus, ont reçu une première injection et 51% ont bénéficié d’une vaccination complète”. Ces statistiques parisiennes sont également proches de celles des Hospices civils de Lyon, qui assurent à franceinfo que 70% du personnel permanent a reçu au moins une dose de vaccin.

L’enquête de SPF fait cependant apparaître des écarts de couverture vaccinale entre les différentes professions de santé. Alors que 72,2% des médecins en établissement de santé avaient reçu au moins une injection au 31 mai, le taux tombe à 58,7% parmi les infirmiers et 50% chez les aides-soignants.

“C’est quelque chose qui est observé depuis très longtemps, depuis au moins une quinzaine d’années, notamment sur la vaccination grippale”, explique Jocelyn Raude, sociologue à l’Ecole des hautes études en santé publique. Lors de la campagne 2018-2019 contre la grippe saisonnière, 75% des médecins des Ehpad avaient été vaccinés, contre 43% des infirmiers et 27% des aides-soignants, selon les données de Santé publique France (PDF). “Plus on est diplômé, plus on est enclin à se faire vacciner. De ce point de vue là, les professionnels de santé reflètent assez bien la structure socio-économique du pays”, résume Jocelyn Raude.

Pour les professionnels exerçant en Ehpad et en Unités de soins longue durée (USLD), la méthode est différente. Les données sont transmises à SPF par la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam). Celle-ci a identifié dans la base Vaccin Covid des professionnels concernés en recherchant l’employeur “via le versement d’indemnités journalières au cours des 12 derniers mois”. Là encore, les données ne sont pas exhaustives, puisque l’échantillon retenu ne compte que 120 000 professionnels exerçant en Ehpad ou USLD, soit environ 26% de l’ensemble.

D’après les données recueillies et présentées dans le bulletin épidémiologique du 1er juillet (PDF), 59% ont reçu une dose du vaccin et 46,9% sont pleinement vaccinés, le vaccin de Janssen étant unidose. Santé publique France souligne qu’ici aussi “les vaccinations sont prises en compte quel que soit le lieu de la vaccination des professionnels”.

Les données de SPF intégraient “les soignants retraités”, a objecté Thierry Amouroux auprès de franceinfo, suggérant que les chiffres seraient par conséquent faussés. SPF confirme que cela s’est produit “pour les professionnels exerçant en Ehpad ainsi que pour les professionnels soignants”, mais que l’erreur a été corrigée le 17 juin. “Des professionnels retraités avaient pu dans certains cas se faire vacciner en Ehpad pour éviter les pertes de doses ou être déclarés comme ‘professionnels de santé’ dans [la base] Vaccin Covid lors de la saisie manuelle au moment de leur vaccination”, explique l’agence. “Ces estimations ont été depuis corrigées et ne sont plus publiées.”

Deux autres études ont été réalisées afin d’obtenir des chiffres les plus fins possibles sur la couverture vaccinale des professionnels libéraux. La première se fonde sur l’exploitation de données disponibles dans la base Vaccin Covid. La Cnam a identifié des professionnels de santé en regardant plusieurs critères : s’ils avaient une inscription au Fichier national des professionnels de santé (FNPS), une catégorie qui regroupe médecin, dentiste, sage-femme, infirmière, masseur kinésithérapeute, pédicure-podologue, orthophoniste, orthoptiste ; s’ils étaient en activité ; si l’activité libérale était principale pour eux.

La seconde enquête est un sondage, réalisé par BVA pour Santé publique France. Un total de 1 503 professionnels de santé libéraux de France hexagonale ont été interrogés par internet. L’ensemble était constitué de 300 médecins généralistes, 300 pharmaciens d’officine, 300 infirmiers, 303 masseurs-kinésithérapeutes et 300 sages-femmes et les échantillons sondés ont été constitués selon la méthode des quotas en tenant compte de l’âge, du genre et de la région d’exercice.

Les deux études ont abouti à des résultats approchants. D’après la première, 78% des professionnels ciblés avaient reçu au moins une dose et 69,4% étaient pleinement vaccinés au 15 juin. Selon la seconde, 83% des professionnels de santé libéraux interrogés avaient déclaré avoir reçu au moins une dose de vaccin, et 61% avaient rapporté avoir reçu deux doses, avec là aussi des écarts selon les professions.

SPF note que “la petite différence observée” entre les conclusions des deux enquêtes se trouve probablement dans les définitions des catégories de professionnels utilisées, proches sans être identiques. Si les chiffres publiés par Santé publique France ne sont pas exhaustifs et si les méthodes de calcul présentent des limites, ces données sont les seules disponibles au niveau national. Surtout, les différentes méthodes d’estimation aboutissent à des résultats assez similaires.

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