VRAI OU FAKE. Covid-19 : peut-on vraiment affirmer que ce spray nasal français “nouvelle génération” élimine 9 – franceinfo

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L’information fait miroiter une lueur d’espoir. Une entreprise française a annoncé qu’elle était sur le point de commercialiser un spray nasal capable d’éliminer en seulement 30 secondes plus de 99% du virus du Sars-CoV-2 responsable du Covid-19. La nouvelle a été abondamment relayée dans les médias. Une association française de victimes de la maladie, qui soutient Didier Raoult et critique la gestion de la crise sanitaire par les autorités, y a même vu le signe que les vaccins seraient “en passe de devenir… superflu”. Que faut-il réellement attendre de cette invention ?

Ce spray nasal a été mis au point par Pharma & Beauty Group, une entreprise implantée principalement dans le sud de la France, qui fabrique aussi bien des produits cosmétiques que pharmaceutiques. Le fondateur de la société, Laurent Dodet, assure à France 3 que “ce spray permet de décoller toutes les bactéries, les virus ou la pollution dans les fosses nasales”. Le virus n’aurait qu’à bien se tenir. “On le déloge, on le désactive et on se mouche quelques minutes après, pour totalement nettoyer les fosses nasales”, explique-t-il. D’après les informations communiquées par le fabricant à la presse, le produit contient 40% d’eau ionisée et 60% d’eau purifiée. Sur son profil LinkedIn, l’entreprise évoque un “spray nasal nouvelle génération”, composé d’une solution “alcaline, chargée en minéraux et en ions négatifs”.

Ces indications sont conformes avec le processus d’obtention de l’eau ionisée. Cette réaction chimique est provoquée en faisant circuler un courant électrique dans l’eau entre deux électrodes, un processus appelé électrolyse. D’un côté, une anode. De l’autre, une cathode. Les ions positifs se retrouvent autour de l’anode, les ions négatifs autour de la cathode. A l’anode, on obtient de l’eau ionisée acide, à la cathode de l’eau ionisée alcaline. L’eau ainsi électrolysée fait l’objet, depuis des années, d’études scientifiques sur ses propriétés désinfectantes, bactéricides et virucides, comme alternative aux désinfectants à base d’alcool, par exemple.

Une étude mexicaine* datant de 2005 avait montré son effet virucide in vitro sur le VIH-1, l’une des deux souches du virus du sida. Des chercheurs d’une université japonaise ont démontré dans une autre étude* en 2013 que l’eau ainsi électrolysée avait un effet virucide sur deux virus de grippes aviaires, le H5N1 et H9N2. Des scientifiques de cette même université nippone ont produit une nouvelle étude* en septembre 2020, dans laquelle ils concluent également à un effet virucide de l’eau ionisée contre le Sars-CoV-2, responsable du Covid-19. Le pouvoir bactéricide ou virucide de l’eau ionisée dépend cependant de l’importance de sa concentration en chlore actif.

Pour prouver les propriétés virucides de son spray nasal sur le Sars-CoV-2, l’entreprise l’a fait tester par l’IHU de Marseille, qui dispose d’un laboratoire adapté (de type P3) et d’une souche virale. “On prend du virus en grosse quantité, qu’on mélange avec l’eau ionisée. On laisse en contact 30 secondes, puis on arrête la réaction en glaçant. Après, on fait des dilutions et on regarde jusqu’à quelle dilution on peut trouver du virus encore vivant”, décrit à franceinfo le professeur Bernard La Scola, responsable du laboratoire P3 de l’IHU Méditerranée Infection. Le test a été concluant, selon l’universitaire : “La substance active tue le virus à plus de 99,9% en 30 secondes. Ça se rapproche de ce qu’on a pour une solution hydroalcoolique.”

Forte de ces conclusions, Pharma & Beauty défend sur son profil LinkedIn la “visée préventive” de son spray nasal, qui permet “de réduire localement la charge virale” et “d’éviter la dissémination virale”. Le professeur Bernard La Scola avertit cependant : “On ne l’a pas testé sur des patients ou sur des muqueuses. Savoir ce que ça va donner dans la cavité nasale, honnêtement, je n’en sais rien.” “Il faut faire la différence entre in vivo et in vitro”, abonde pour franceinfo Jean-Michel Klein, vice-président du Syndicat national des médecins ORL (SNORL). “Ils ont fait des essais in vitro. Ça veut dire que dans un tube à essai, ça donne des résultats, mais ça n’a rien à voir avec le vivant.”

Les deux experts invitent surtout à ne pas conférer à ce spray nasal plus de pouvoir qu’il n’en a. “C’est un truc qui va fonctionner au moment où on le fait. Ça n’aura pas un effet rémanent”, prévient Bernard La Scola. Selon lui, il ne faut donc pas attendre de ce spray nasal une protection durable, juste un effet momentané. “Le nez, c’est la porte d’entrée de l’organisme, explique encore Jean-Michel Klein. La muqueuse du nez sert à filtrer, humidifier et réchauffer. Le nez protège les poumons. A partir du moment où le nez n’assure pas sa fonction, le poumon est plus exposé. Et dans le cas de la Covid, là où ça tourne mal, c’est au niveau pulmonaire. Donc, il est important d’avoir une muqueuse nasale la plus performante possible, la plus saine possible.”

“Protégez votre muqueuse contre le virus : on ne peut pas dire que c’est mauvais comme argument de vente”, reconnaît le vice-président du SNORL. Le spécialiste prévient toutefois : “Il ne faut pas que cela conduise à penser : ‘Chic, on n’a plus besoin de se protéger, parce qu’on a trouvé le remède miracle’.” Jean-Michel Klein estime donc que ce spray nasal peut être “tout à fait excellent”, “comme geste barrière” ou “comme mesure d’hygiène” supplémentaire, mais il ne doit pas se substituer au port du masque ou au lavage des mains. Surtout, “il ne faut pas le confondre avec le vaccin, qui a une efficacité directe sur le virus”.

Ce spray nasal est un dispositif médical de classe I, précise l’entreprise sur LinkedIn. Cela signifie qu’il relève, au même titre que les compresses, les lunettes ou les béquilles, de la classe de risque la plus faible. Son fabricant doit néanmoins le déclarer à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avant sa mise sur le marché. Contactée, Pharma and Beauty n’a pas souhaité répondre aux questions de franceinfo.

Selon nos informations, l’ANSM a demandé à l’entreprise “un complément d’information” sur son spray nasal. Les autorités sanitaires jugent à ce stade qu’il y a “des éléments manquants” dans le dossier que le groupe a présenté pour demander l’autorisation de mise sur le marché de son produit. Elles ont notamment “des questionnements sur les allégations et sur les performances” vantées par la société. Elles appellent donc à “la plus grande vigilance” face à ce type de produits, alors que de nombreuses compagnie s’engouffrent sur le marché du spray anti-Covid. Elles se réservent donc le droit d’interdire sa commercialisation et sa publicité, si nécessaire, en application de leur pouvoir de police sanitaire. Le fabricant, lui, espère sortir son produit le 1er mars.

* Les liens suivis d’un astérisque renvoient vers des articles en anglais.

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