ENQUÊTE – L’affaire Carlos Ghosn a braqué les projecteurs sur un système pénal nippon dominé par des procureurs tout-puissants qui laissent les mis en cause très démunis face à des procédures interminables. Une machine impitoyable à laquelle les Japonais attribuent pourtant le mérite d’un taux de criminalité parmi les moins élevés au monde.

Ce vendredi le destin de Yumiko Watabe, accusée d’avoir assassiné son mari, se joue salle 713 du tribunal de Tokyo, devant une salle comble. «C’est rare, une femme qui tue son homme!», s’amuse un habitué des parloirs. L’affaire se présente mal pour elle. La défense plaide l’innocence, alléguant des jeux sadomasochistes qui auraient mal tourné. Or l’accusation n’a trouvé nulle trace de tels penchants dans ses messageries sociales. L’audience s’interrompt. Cliquetis de menottes, regard honteux de la prévenue, la taille enserrée par une sorte de laisse. Le verdict de culpabilité fait peu de doute. En 2016 (derniers chiffres connus), la machine judiciaire nipponne n’a reconnu l’innocence des accusés que dans seulement 0,03 % des procès.

«Au Japon, tout accusé est présumé coupable jusqu’à ce qu’il soit reconnu coupable»: la boutade fait le tour du monde depuis l’arrestation de Carlos Ghosn. Ses 108 jours d’incarcération ont jeté le doute sur le système …