« Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé » : Agnès Buzyn défend sa gestion de la crise due au coronavirus devant les députés – Le Monde

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L’ex-ministre de la santé Agnès Buzyn, le 30 juin 2020, à l’Assemblée nationale, à Paris.

Agnès Buzyn a répondu, mardi 30 juin, aux questions des députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus. Une audition sous haute tension que l’ancienne ministre de la santé, puis candidate malheureuse à la Mairie de Paris, avait méticuleusement préparée avant le second tour des élections. Pendant plus de trois heures, cette cancérologue de formation, qui assurait le 23 janvier – alors qu’elle était encore ministre de la santé – que la France était « extrêmement bien préparée » à l’épidémie, a été invitée à s’expliquer sur l’état de préparation du pays aux risques de pandémie.

  • Sur les stocks de masques

Nommée ministre de la santé en mai 2017, Mme Buzyn était en poste lorsque Jérôme Salomon avait ordonné, à l’automne 2018, la destruction de plus de 600 millions de masques chirurgicaux du stock stratégique. Après cette décision, seule une commande de 100 millions avait été passée en 2019, bien loin de ce qui aurait été nécessaire pour reconstituer le stock de 1 milliard recommandé par les experts pour affronter une pandémie.

La « gestion des stocks » de masques « ne remonte pas au niveau du ministre », s’est défendue Mme Buzyn, assurant toutefois « assumer totalement » les décisions prises par ses services entre mai 2017 et février 2020. « La vigilance que je dois avoir, c’est sur des dizaines de produits », a-t-elle insisté. Et d’ajouter que si l’attention s’était « a posteriori » portée sur la question des masques, les comprimés d’iode en cas d’accident nucléaire ou les tenues de protection face au virus Ebola n’étaient pas des sujets « moins importants ».

L’ex-ministre a par ailleurs assuré ne pas avoir eu connaissance du courrier adressé par Santé publique France à la direction générale de la santé en septembre 2018 qui informait notamment de la péremption d’une part importante du stock stratégique d’Etat de masques et recommandait de racheter ces équipements pour porter le stock à 1 milliard de masques.

Elle a ajouté que ce n’était pas non plus elle qui avait pris la décision de détruire les masques jugés non conformes alors que le stock n’avait pas encore été reconstitué. « Je lui fais totalement confiance et j’assume totalement les décisions qu’il prend », a-t-elle dit à propos du directeur général de la santé, M. Salomon, qu’elle avait nommé en 2018.

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  • Sur le rôle de Santé publique France

L’ancienne ministre a en revanche critiqué en creux le rôle de l’agence Santé publique France, responsable de la gestion des équipements de protection.

« Nous avons tous envie de requestionner » le rôle des agences sanitaires, a-t-elle déclaré, estimant que « des interrogations » existaient sur le « contrôle des stocks » ces dernières années. « Apprendre en 2018 qu’une grande partie des stocks est périmée… Ça nécessite de requestionner comment ça a fonctionné », a-t-elle avancé.

  • Sur sa démission au début de la crise

L’ex-ministre avait choisi de quitter précipitamment le ministère le 16 février pour porter les couleurs de la majorité, La République en marche (LRM), aux élections municipales à Paris. Interrogée sur son départ, elle s’est expliquée :

« Je quitte le ministère le 16 février. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. (…) La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation. »

  • Sur son interview polémique au « Monde »

Catastrophée par la crise sanitaire, l’ex-ministre était revenue pour Le Monde, au lendemain du premier tour des élections municipales, sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement. Elle affirmait notamment avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre et « envoyé un message au président sur la situation » le 11 janvier. « Quand j’ai quitté le ministère, assurait-elle dans Le Monde, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

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« Quand la journaliste m’appelle, je suis intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir », a-t-elle expliqué aux parlementaires. « Je n’ai pas relu ces propos. Ces verbatim ne m’ont été soumis. » Avant d’ajouter :

« J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu venir. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. (…) Ce que j’ai dit au “Monde” ce jour-là, c’étaitarrêtez de dire que je n’ai rien vu”. J’ai tout vu. Cet article laisse penser que je n’ai pas préparé ».

  • Sur le niveau de préparation de la France à la pandémie

Plus largement, Mme Buzyn a nié à de nombreuses reprises le manque d’anticipation de son ministère. « J’ai une expérience des risques sanitaires de par mon métier de médecin. (…) Et donc je suis toujours dans l’anticipation », a-t-elle dit. Elle a assuré avoir eu une première alerte autour de la période de Noël par « un blog en anglais [qui] rapportait des cas d’une pneumonie inexpliquée ». Autour du 11 janvier, la Chine annonce un premier décès, et elle « décide à ce moment-là d’informer le président et le premier ministre ».

« Ma prise de conscience évolue le 22 janvier, parce que l’Organisation mondiale de la santé [OMS] dit qu’il y a une transmission interhumaine », a-t-elle déclaré, assurant ensuite avoir pris de nombreuses décisions :

« Je demande qu’on me fasse remonter le nombre de lits de réanimation, le nombre de respirateurs et qu’on me fasse une remontée de toutes les capacités de prise en charge, de stocks, de masques, de matériel, etc. Je demande à ce que Santé publique France me fasse trois scénarios possibles d’évolution de l’épidémie (…). Je demande évidemment parmi cette liste-là où en sont les masques. »

« Nous n’avons pas cessé d’agir depuis le 10 janvier, date à laquelle nous avons eu la connaissance qu’il s’agissait d’un coronavirus », a affirmé Mme Buzyn. Plus tard, l’ancienne ministre est revenue à la charge : « Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé et je ne laisserai pas dire que les services n’ont pas anticipé ».

  • Sur la question des tests

Là encore, Mme Buzyn a largement insisté sur le fait que, selon elle, son ministère avait agi suffisamment et assez tôt. Au moment de son départ, fin février, « l’objectif, c’était que tous les hôpitaux français aient accès aux tests. A l’époque, on était sur quelques dizaines de suspicions de cas par jour. (…) On était sur des dizaines de tests par jour ».

Toutefois, a-t-elle ajouté, « j’avais anticipé le besoin de faire plus de tests ». C’est pour cela que « quand je me suis rendu compte que le laboratoire qui faisait des tests [à l’hôpital Bichat] était un laboratoire P3, c’est-à-dire un laboratoire à haut niveau de sécurité, avec très peu de machines, je me suis dit, et j’ai demandé au directeur général de la santé – et une saisine est partie dès le lendemain –, “est-ce qu’on ne peut pas descendre le niveau d’exigence pour faire les tests dans un P2” ? Parce qu’il n’y a pas de P3 dans tous les hôpitaux de France ».

Le Monde avec AFP

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