Viol et agressions sexuelles : condamné à trois ans ferme, Georges Tron a passé sa première nuit en prison – Le Parisien

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Stoïque, Georges Tron encaisse sa disgrâce sans esquisser le moindre mouvement. Debout, les mains dans le dos, le maire (LR) de Draveil (Essonne) est désormais un délinquant sexuel. Il est 21h55 ce mercredi soir et, au terme d’un délibéré interminable de plus de onze heures, la cour d’assises d’appel de Paris vient de répondre oui à la première des 19 questions auxquelles elle avait à répondre : Georges Tron est coupable d’un viol en réunion commis sur son ancienne subordonnée Virginie Ettel en novembre 2009.

Reconnu également coupable d’agressions sexuelles en réunion, l’ancien secrétaire d’Etat à la fonction publique du gouvernement Fillon est condamné à 3 ans de prison ferme (5 ans de prison dont deux avec sursis). Dans la foulée, il passera sa première nuit derrière les barreaux. La chute est vertigineuse pour celui qui avait été acquitté en première instance à Bobigny (Seine-Saint-Denis) en 2018.

Son ex-adjointe à la culture Brigitte Gruel, reconnue coupable de la complicité du viol et des agressions sexuelles, est condamnée à 2 ans de prison avec sursis. C’est tout un système et un climat malsain et hypersexualisé instauré à la mairie de Draveil qui vient de tomber.

Il n’a eu de cesse de nier les accusations

Le verdict est plus sévère que les réquisitions de l’avocat général qui, tout en réclamant la condamnation de l’élu, avait ouvert la porte à un aménagement de peine. Jean-Christophe Muller avait requis une peine de deux ans ferme directement aménageable sous bracelet électronique. La cour en a décidé autrement. Dès l’annonce de la sentence, l’ancien membre du gouvernement, élégamment vêtu d’un costume noir, se défait de sa montre qu’il tend à Me Antoine Vey, l’un de ses avocats. Me Solange Doumic, son autre conseil, lui tient le bras. Il s’empare de son téléphone portable et passe un ultime appel. Entouré de deux gendarmes, Georges Tron, qui n’aura eu de cesse de nier les accusations dont il faisait l’objet, est ensuite symboliquement conduit dans le box pour l’audience civile avant d’être emmené dans les entrailles du palais de justice. Il aura juste échappé à la pose des menottes en public.

Seule satisfaction, la cour l’a acquitté des accusations portées par Eva Loubrieu, une autre de ses anciennes subordonnées à la mairie de Draveil. Prise de hoquets, en sanglots, cette dernière quitte la salle pendant la lecture du verdict. La cour a considéré que ses déclarations étaient imprécises et variables dans le temps. Les jurés ont aussi rappelé que leurs premières relations, certes niées par Georges Tron, étaient au départ consenties. « Les faits qu’elle a dénoncés ont contribué à la décision de ce soir », salue néanmoins son avocat Me Loïc Guérin qui parle d’une « victoire au goût amer » pour sa cliente.

La théorie du complot balayée d’un revers

Les jurés ont en revanche estimé que les accusations de Virgine Ettel étaient « constantes et circonstanciées » quant à la pénétration digitale qu’elle expliquait avoir subie depuis son dépôt de plainte en 2011. Cet arrêt fera date puisque la cour a non seulement retenu la surprise, en évoquant les dérives sexuelles des séances de réflexologie plantaire dont Georges Tron était un adepte, mais surtout car elle a considéré comme acquise la « contrainte morale » exercée par l’élu sur son ancienne subordonnée. Une contrainte dont l’avocat général avait fait le cœur de son réquisitoire.

« C’est la victoire du pot de terre contre le pot de fer, souligne Me Vincent Ollivier, l’un des avocats de Virginie Ettel. Cette décision est un soulagement pour ma cliente mais c’est également un message d’espoir pour énormément de femmes dans ce pays. » « Virginie Ettel peut désormais repartir dans une autre vie, se satisfait Me Laure Heinich, sa seconde avocate. Elle n’était pas venue avec une idée de revanche ou de détention. Elle demandait simplement à être entendue. »

Au passage, la cour a aussi balayé d’un revers la théorie du complot soutenue par l’ancien secrétaire d’Etat âgé de 63 ans. Elle n’a aussi guère apprécié les manœuvres mises en place par l’élu pour discréditer ses accusatrices ainsi que les coups de pression dont elles ont fait l’objet. Les motivations sont cinglantes.

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Incarcéré, Georges Tron s’apprête à perdre son mandat de maire. La cour a assorti sa condamnation à une peine d’inéligibilité de 6 ans. Il a cinq jours pour se pourvoir en cassation.

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