Viol d’une jeune femme lesbienne : le caractère homophobe retenu – Le Monde

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Ce vendredi 28 mai, le caractère lesbophobe du viol subi par Jeanne (le prénom a été modifié), la nuit du 8 octobre 2017, a été reconnu par la cour d’assises d’appel de Paris en raison des propos tenus par l’accusé sur l’orientation sexuelle de sa victime. L’agresseur a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle « avec la circonstance que les faits ont été accompagnés de propos portant atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime en raison de son orientation sexuelle ».

Cela constitue une « première », a souligné Stéphane Maugendre, l’avocat de la victime, à la sortie de l’audience. « Je suis assez rarement ému au moment du délibéré, et aujourd’hui, je suis très, très ému. Et fier d’avoir été aux côtés de Jeanne. C’est la suite du procès d’Aix-en-Provence », a-t-il poursuivi, en référence au procès retentissant de 1978, quand Gisèle Halimi avait défendu deux femmes violées – toutes deux étaient lesbiennes – et qui a marqué un tournant majeur dans la mobilisation et la perception collective autour des violences sexuelles.

En mars 2020, l’agresseur de Jeanne avait été condamné à quinze ans de prison, la peine maximale prévue pour les viols, mais la circonstance aggravante du caractère homophobe de l’agression n’avait pas été retenue par la cour d’assises de la Seine-Saint-Denis. L’accusé avait fait appel. La peine est cette fois-ci plus faible, quatorze ans, du fait des aveux de celui-ci, qui a reconnu pour la première fois le viol et les violences.

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Le 8 octobre 2017, lorsque Jeanne, alors âgée de 31 ans, et son agresseur, 22 ans, se rencontrent, elle lui annonce d’emblée qu’elle est lesbienne. Les deux jeunes gens rentrent chez la jeune femme à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Jeanne a toujours maintenu ses déclarations : elle a bien envisagé d’avoir une relation sexuelle avec lui mais après des tentatives douloureuses, elle lui a demandé d’arrêter. En vain. « Ah, tu kiffes les meufs, je vais te faire kiffer », a menacé le jeune homme avant de la violer et de la battre. Une heure et demie de violences, de « torture », au cours de laquelle la victime se voit mourir de douleur.

« On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre »

« Il avait envie de me détruire pour ce que je suis », a déclaré Jeanne, jeudi 27 mai, devant la cour. Au cours de sa plaidoirie, Stéphane Maugendre a souligné qu’il ne faisait aucun doute que son agresseur voulait, en la contraignant, « la faire revenir dans le droit chemin ». « Tout au long de ses auditions, l’accusé n’a eu de cesse de revenir sur l’orientation sexuelle de la victime » : sur quatre procès-verbaux, l’avocat a compté « douze allusions à son homosexualité ». Si l’accusé a reconnu au cours de ce second procès que Jeanne lui avait bien dit être lesbienne, il a toutefois nié que l’orientation sexuelle de la victime ait motivé son acte.

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