Carlos Ghosn et sa femme Carole à Tokyo vendredi. (Reuters)

Ceux qui lui ont parlé depuis sa libération sont catégoriques : Carlos Ghosn sait qu’il doit se remettre de l’épreuve qu’il a endurée mais il semble déjà prêt à se battre pour clamer son innocence. “Sa voix est forte et assurée, on ne le sent pas diminué par ses cent neuf jours de prison”, a expliqué au JDD l’un de ses défenseurs qui lui a parlé plusieurs fois depuis mercredi. L’ex-patron de Renault-Nissan a certes confié sa fatigue à ses proches. Mais il leur a surtout dit son bonheur de pouvoir partager un repas avec quelqu’un. Il leur a aussi avoué son soulagement de pouvoir se raser tous les jours et de prendre une douche quand il le souhaite.

Des plaisirs simples auxquels il ne pouvait pas prétendre à la prison de Kosuge, où ses conditions de détention sont restées très dures jusqu’au dernier jour. Carole, sa femme, et Caroline, sa fille, sont avec lui depuis ses premiers pas d’homme libre. Samedi, d’autres membres de la famille les ont rejoints pour fêter son soixante-­cinquième anniversaire. À l’exception de son fils Anthony, resté aux États-Unis mais qui lui parle tous les jours au téléphone. À un proche, il a dit son immense bonheur, son émotion d’avoir pu compter sur le soutien de sa famille pendant cette épreuve.

Son appartement a été rapidement repéré par les médias qui le traquent, espérant récupérer des images de chacune de ses sorties, lorsqu’il va dîner au restaurant ou quand il rend visite à ses avocats. Des photos prises par son épouse de l’intérieur de leur voiture dans laquelle ils se déplacent, que nous avons pu visionner, montrent des caméras et des appareils photo collés aux vitres.

Un déguisement burlesque

Mercredi, la police a été contrainte d’intervenir pour qu’il puisse se frayer un passage en sortant de l’immeuble de ses avocats. Avec ses nombreux rebondissements, l’affaire Carlos Ghosn passionne plus que jamais le Japon. L’épisode burlesque de son déguisement en ouvrier à la sortie du centre de détention a fait la joie des commentateurs nippons. “Carlos m’a confirmé que c’était une idée de son avocat, explique un de ses conseillers. Il n’y attache aucune importance.”

Pour l’instant, il communique avec l’extérieur par l’intermédiaire de son entourage. On peut le joindre sur le téléphone portable de son épouse Carole, qui ne le quitte pas. Le procureur qui le poursuit a d’ailleurs pointé les failles de son contrôle judiciaire. Des caméras ont été installées pour surveiller ses allées et venues. Mais elles préservent l’intimité du couple Ghosn. Interdit de mails, Carlos Ghosn a l’intention de passer ses journées, dès lundi, dans les bureaux de ses avocats, d’où il pourra organiser sa défense. Auprès de ses proches, il s’est déjà étonné des moyens mis en œuvre par Nissan pour le faire tomber.

L’enquête aurait coûté près de 100 millions d’euros au constructeur automobile. Il se dit également préoccupé par l’avenir de ce dernier, dont les résultats se dégradent. Par ricochet, c’est l’alliance Renault-Nissan qui pourrait, selon lui, en pâtir. En revanche, rien n’est encore décidé concernant d’éventuelles prises de parole médiatiques. Elles ne lui sont pas interdites. Mais elles ne devront pas affaiblir sa position dans une bataille judiciaire encore très loin d’être gagnée. Un proche s’inquiète : “Le procureur cherche un nouveau motif d’inculpation pour le remettre en prison.”