BLACK OUT – Alors que depuis deux jours le pays est plongé dans le chaos par une panne géante de courant, Nicolas Maduro et Juan Guaido ont tous deux appelé leurs sympathisants à défiler ce samedi au Venezuela.
Frontières fermées, rues désertes, coupures d’eau depuis ce jeudi en fin d’après-midi, le Venezuela est en grande partie paralysé faute de courant. Certains habitants de la capitale ont cru leur calvaire terminé vendredi, mais le répit a été de courte durée et des concerts de casseroles ont résonné dès que le courant a de nouveau été coupé.

Cette panne d’électricité sans précédent met le gouvernement de Nicolas Maduro sous pression. La distribution de l’eau dans les immeubles, assurée par des pompes électriques, a été interrompu, tout comme le réseau téléphonique et internet. 

Les hôpitaux connaissent une situation dramatique : ceux qui sont équipés de générateurs limitent le courant aux services d’urgence. A l’extérieur de la principale morgue de Caracas, les chambres froides ont elles aussi cessé de fonctionner et déjà, une forte odeur de putréfaction imprègne l’air.

A l’aéroport international de Maiquetia, qui dessert Caracas, les vols ont dû être annulés. Des centaines de personnes patientent. “On est là depuis hier, sans manger et sans toilettes car elles sont fermées”, a déclaré Maria, accompagnée de ses deux enfants de 8 et 13 ans, à l’AFP.

L’économie, déjà très fragile, est de fait particulièrement touchée. Les habitants ne peuvent pas retirer d’argent aux distributeurs et les banques sont fermées. Or dans ce pays où l’inflation est hors de contrôle, les transactions électroniques sont indispensables, y compris pour les achats courants comme le pain. 

Toute activité a également dû cesser. La journée de travail et les cours ont été suspendus “afin de faciliter la remise en service de (la distribution de) l’électricité dans le pays, victime de la guerre impérialiste sur l’électricité”, a écrit sur Twitter la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez.

Pour les autorités, il s’agit bien d’une “guerre électrique”, car la panne serait dû à un sabotage opéré sur la plus importante centrale électrique du Venezuela, dans le sud du pays. “Une attaque cybernétique contre le système de contrôle automatisé” a ciblé la centrale hydroélectrique de Guri, qui fournit au Venezuela 80% de son énergie électrique, a indiqué le ministre de la communication. 

Les coupables ? Les Etats-Unis, soutien de l’opposant, président par intérim autoproclamé, Juan Guaido. Et Jorge Rodriguez affirme détenir les preuves de ces accusations. Il compte les remettre à une délégation du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, attendue dans quelques jours à Caracas. En réaction à cette “agression délibérée” des Etats-Unis, le ministre de la Défense Vladimir Padrino a annoncé un “déploiement” de l’armée, sans plus de détails, lors d’une déclaration sur la télévision d’Etat VTV.

“La guerre de l’électricité annoncée et dirigée par l’impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chavez. Patriotes, unissez-vous !”, a de son côté twitté Nicolas Maduro sur Twitter. Mais cette accusation n’est pas prise aux sérieux par les experts, qui attribuent, eux, la panne à un manque d’investissements du gouvernement dans l’entretien des infrastructures.
Face à cette situation chaotique, Juan Gaido a appelé “tout le peuple vénézuélien à s’exprimer massivement dans la rue contre le régime usurpateur, corrompu et incapable qui a plongé notre pays dans l’obscurité”. Une manifestation est organisée ce samedi à 10 heures dans le centre de la capitale, Caracas.

Les opposants au régime ne seront pas seuls dans la rue. Nicolas Maduro a également mobilisé ses troupes. Il les invite depuis quelques jours à défiler contre l'”impérialisme”. Cette journée de mobilisation s’annonce donc tendue.