Le dirigeant de Venezuela, Nicolas Maduro, et son rival Juan Guaido, ont appelé leurs partisans à défiler samedi.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 17h20, mis à jour à 20h20

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Le leader de l’opposition vénézuélienne et président par intérim autoproclamé Juan Guaido (à droite) prend la parole lors d’une manifestation à Caracas le 9 mars 2019.

Le leader de l’opposition vénézuélienne et président par intérim autoproclamé Juan Guaido (à droite) prend la parole lors d’une manifestation à Caracas le 9 mars 2019. FEDERICO PARRA / AFP
Blanc pour Guaido, rouge pour Maduro. La tension est montée à Caracas, samedi 9 mars, où le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et son rival, Juan Guaido, ont appelé leurs partisans à défiler au lendemain d’une gigantesque panne d’électricité dont ils se rendent mutuellement responsables.

En début d’après-midi, ils étaient près de 10 000 manifestants de l’opposition, selon l’Agence France-Presse (AFP), à converger vers le lieu du rassemblement avec Juan Guaido, avenue de la Victoria, dans le centre de la capitale, malgré un impressionnant déploiement de forces de l’ordre.

Devant ses partisans, M. Guaido a appelé à une marche nationale sur Caracas. « J’annonce une tournée, ma tournée et celle de tous les députés [à travers le pays] pour vous faire venir à Caracas de manière définitive », a-t-il déclaré, mégaphone en main, juché sur le capot d’un 4×4. Le président par intérim autoproclamé, reconnu par une cinquantaine de pays depuis le 23 janvier, n’a pas donné de précision sur la date. Ce sera « très bientôt », a-t-il uniquement annoncé. « Après la fin de cette tournée […] nous annoncerons la date où tous ensemble, nous marcherons sur Caracas », a précisé l’opposant de 35 ans.

Intervention militaire

Juan Guaido a également répété qu’il était prêt à autoriser une intervention militaire étrangère. « L’article 187, lorsque viendra le moment », a lancé le président de l’Assemblée nationale en référence à la Constitution qui autorise « des missions militaires vénézuéliennes à l’extérieur ou étrangères dans le pays ». « Intervention ! Intervention ! », a entonné la foule.

Simultanément, des milliers de partisans du régime, en rouge, se trouvaient dans un autre quartier du centre de la ville pour soutenir le président Nicolas Maduro, qui a accusé l’opposition et les Etats-Unis de sabotage. Le chef de l’Etat, dont la réélection est contestée par l’opposition, a dénoncé samedi une nouvelle attaque « cybernétique » qui a empêché de rétablir l’électricité à travers le pays confronté depuis plus de quarante-huit heures à une panne de courant géante sans précédent.

« Aujourd’hui, 9 mars, nous avions avancé à près de 70 % [dans le rétablissement de l’électricité] lorsque nous avons reçu à la mi-journée une autre attaque cybernétique visant une des source d’énergie qui fonctionnait parfaitement. Cela a annulé tout ce que nous avions réalisé », a expliqué Nicolas Maduro devant ses partisans.

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L’absence de courant depuis jeudi 16 h 50 locales a créé par endroit une situation sanitaire problématique et provoqué des décès dans les hôpitaux qui ne sont pas équipés de générateurs. Devant un établissement de la capitale, José Lugo pleurait vendredi sa nièce Marielsi Aray, morte à 25 ans : les appareils respiratoires qui la maintenaient en vie avaient cessé de fonctionner, a-t-il raconté à l’AFP.

« Guerre impérialiste de l’électricité »

Cette panne soumet l’économie du Venezuela, déjà très fragile, et la population, à de nouvelles tensions. Avec une inflation hors de contrôle, l’argent liquide est rare, faute de billets disponibles. Seules les transactions électroniques permettent de faire des achats, même pour du pain. Mais toutes ont été suspendues dès jeudi soir. « J’appelle tout le peuple vénézuélien à s’exprimer massivement dans la rue contre le régime usurpateur, corrompu et incapable qui a plongé notre pays dans l’obscurité », avait appelé Juan Guaido.
Les partisans de l’opposition prennent part à un rassemblement contre le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas.

Les partisans de l’opposition prennent part à un rassemblement contre le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas. CARLOS GARCIA RAWLINS / REUTERS
Le gouvernement, sous pression depuis des semaines, a dénoncé « la guerre impérialiste sur l’électricité ». Le ministre de la défense Vladimir Padrino a qualifié la panne d’« agression délibérée » des Etats-Unis et a annoncé un « déploiement » de l’armée, sans plus de détails.

Le gouvernement vénézuélien a affirmé qu’il fournirait à l’ONU « des preuves » d’une responsabilité de Washington dans la panne d’électricité géante, la pire jamais connue par le pays. Ces informations seront remises à une délégation du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme qui est attendue dans quelques jours à Caracas, a déclaré le ministre de la communication, Jorge Rodriguez.

L’origine de la coupure n’est pas encore connue. Des experts accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage. La compagnie vénézuélienne d’électricité Corpoelec a dénoncé un « sabotage » de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, la plus importante du pays et l’une des principales d’Amérique latine.

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