La quasi-totalité du pays est sans électricité depuis jeudi dernier. Des dizaines de patients sont morts dans les hôpitaux.

Depuis jeudi 17 heures, l’ensemble du Venezuela est touché par la plus grande panne électrique de son histoire. La presque totalité des 30 millions de Vénézuéliens ont vécu trois nuits dans le noir. «À Maracaibo, l’électricité n’a pas été rétablie une minute depuis jeudi. À Caracas, certains secteurs ont pu bénéficier d’une vingtaine d’heures d’électricité sur les cinquante heures qui se sont écoulées depuis le début de la panne, détaille le professeur Rogelio Altez, spécialiste en gestion des catastrophes. Mais de nombreux secteurs n’ont eu aucune électricité en trois jours. 88 personnes seraient mortes dans les hôpitaux entre jeudi et samedi à cause de la panne. Un chiffre qui ne pourra qu’augmenter de façon exponentielle car la panne est loin d’être sous contrôle.» Dimanche, le ministre de l’Information a annoncé que les écoles resteraient fermées ce lundi et a invité les salariés à ne pas se rendre à leur travail.

Angela, comme beaucoup de Vénézuéliens, utilise son congélateur pour tenter d’amortir les pénuries qui touchent le pays depuis plusieurs années. Toutes ses réserves ont commencé à pourrir l’obligeant à cuisiner le peu de viande qu’elle stockait dans son congélateur. Des tonnes et des tonnes d’aliments sont en train de s’avarier chez les particuliers comme chez les professionnels. Dans les commerces, depuis plusieurs mois les Vénézuéliens ne payaient plus qu’en carte bancaire même pour un simple pain, les liquidités étant rares. Ces transactions électroniques étant devenues impossibles, on paie désormais partout en dollars.

Les Vénézuéliens qui vivent à l’étranger et ont des parents âgés restés au pays paniquent, devant la difficulté d’obtenir des nouvelles faute d’Internet et de téléphone. Comment assurer la fourniture en eau de ces personnes âgées alors que toutes les maisons sont alimentées par des pompes électriques? Gisela Rovero, 75 ans, vit au 23e étage d’une tour. À son âge, pas question de prendre les escaliers. Ces enfants s’arrachent les cheveux pour trouver la personne qui pourra lui monter l’eau dont elle a besoin.

«Nous sommes face à l’agression la plus grave qu’a subie la République depuis 200 ans.»

Nicolas Maduro

Dans les hôpitaux, l’association Codevida annonce la mort de 15 personnes qui n’ont pas pu bénéficier de dialyse. 13 patients seraient morts à l’hôpital de Maturin, dans l’État de Monagas. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux montrant des infirmières éventant avec des feuilles de papier les bébés prématurés dans une couveuse où la climatisation ne fonctionne plus. On utilise les voitures pour recharger les portables, mais une inquiétude plane: il faut de l’électricité aussi pour faire fonctionner les stations de distribution de carburant.

«Nous sommes face à l’agression la plus grave qu’a subie la République depuis 200 ans, a déclaré Nicolas Maduro. Ensemble, nous avancerons car ici c’est le peuple du Venezuela qui gouverne.» Mais il n’a prévu aucune mesure particulière pour faire face à la crise. Le président intérimaire Juan Guaido a annoncé qu’il demandera ce lundi à l’Assemblée nationale de décréter «l’État d’urgence national». «Cette situation aurait pu être contrôlée, mais pas avec ceux qui usurpent le pouvoir et volent l’argent au Venezuela.»

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Pour Rogelio Altez, la seule explication pour l’instant à cette catastrophe est celle du gouvernement: «Il s’agirait d’un sabotage. Il nous donne une explication idéologique là où nous aurions besoin d’une explication technique. On sait que la panne est partie du barrage de Guri qui fournit 80 % de l’électricité consommée dans le pays.» Il rappelle que lors de la sécheresse de 2008-2009, le deuxième plus grand barrage d’Amérique latine avait été mis en danger. Hugo Chavez avait alors décrété l’État d’urgence et débloqué 20 milliards d’investissements dans les infrastructures électriques. Des générateurs thermiques avaient été achetés à la Chine. «Mais au lieu de servir au pays, cet argent a généré un nouveau grand marché sur lequel se sont enrichies des personnes qui n’ont jamais réalisé les investissements nécessaires.»