Vaccin Pfizer contre le Covid : une réussite, mais encore beaucoup de questions – Le Parisien

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L’annonce de résultats, certes provisoires, sur l’efficacité à 90 % du vaccin Pfizer contre le Covid-19 a été accueillie très positivement. Malgré tout, il reste encore de nombreuses étapes à passer avant que la population mondiale puisse y avoir accès et plusieurs interrogations subsistent toujours.

Pourquoi ce vaccin est-il innovant ?

Le vaccin a été développé par le grand laboratoire américain Pfizer, qui a racheté le brevet à une firme de biotech allemande, BioNTech. Il utilise une technique novatrice, dite « ARN messager ». « Le principe est de faire produire par le corps humain des anticorps, dirigés contre la protéine Spike, qui est la clé qui permet au virus de pénétrer dans nos cellules », détaille le Professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service infectiologie à l’hôpital Henri Mondor (AP/HP-Créteil). Jusqu’à présent, les techniques vaccinales utilisaient du « virus vivant atténué » pour provoquer des réactions de notre système immunitaire. Avantage de cette nouvelle technique : elle semble plus efficace. Inconvénient : elle n’a jamais encore été utilisée dans un vaccin sur l’homme.

Que veut dire «efficace à 90 %» ?

Dans son communiqué, le laboratoire indique que son produit « était efficace à 90 % pour prévenir le Covid-19 ». Dans le détail, qu’est-ce que cela signifie exactement? Pour répondre à cette question, il faut savoir comment se passent les essais cliniques, et celui-là en particulier. « Dans ce type d’essai, mené auprès de sujets sains, on les divise en deux groupes. L’un reçoit un placebo, l’autre un vaccin. Puis on attend d’avoir 94 cas de personnes malades du Covid, ce qui correspond à un modèle de bio statistique. Ensuite on compare dans les deux groupes où sont les malades. Une efficacité de 90 % signifie qu’il y a eu 9 fois plus de cas de malades dans le groupe placebo que dans le groupe vaccin », décrypte Jean-Daniel Lelièvre. « C’est un résultat remarquable, car on est en droit d’attendre d’habitude une efficacité de 50 % dans ce type d’essai », ajoute-t-il.

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Peut-il ne pas être autorisé finalement ?

Oui tout à fait. D’une part parce que ces annonces ont été faites sous forme de communiqué, sans qu’une publication scientifique détaillée soit faite. D’autre part parce que l’immunité constatée des individus ne l’a été qu’au bout de 28 jours, ce qui est un délai bien court pour savoir si le vaccin protège sur le long terme. « Ce sera justement aux autorités de santé, que ce soit la FDA aux Etats-Unis, ou l’agence européenne de santé, de vérifier scrupuleusement toutes les données avancées par le laboratoire. Ils ne vont pas donner leur autorisation de mise sur le marché suite à ces simples annonces. Ils vont regarder de près tous les dossiers. Tout est possible, même qu’il soit retoqué », ajoute le Pr Lelièvre. Cette étape est capitale pour rassurer les populations. On estime que ce processus va prendre plusieurs mois.

Comment sera-t-il administré ?

Par injections, sous la peau ou dans un muscle, comme les autres vaccins auxquels le public est déjà habitué. Cependant, ce remède, qui n’est pas un virus désactivé (comme pour celui de la grippe) mais un matériel génétique, présente un signe particulier : sa conservation est soumise au respect d’une chaîne du froid drastique, à -70 degrés C. Impossible donc, de le garder dans la porte du frigo, pour aller se faire piquer par son généraliste, ou son pharmacien. « Cela peut être un frein pour la campagne vaccinale, car on sait que les gens sont moins enclins à se rendre dans des grands centres de vaccination », relève Mickael Schwarzinger, docteur en santé publique au CHU de Bordeaux.

Existe-t-il des effets secondaires ?

Pour l’instant, Pfizer n’en parle pas. Mais on sait que dans d’autres essais cliniques ( notamment celui d’AstraZeneca, et celui du chinois Sinovac), certains effets secondaires ont été rapportés. Sont-ils susceptibles de remettre en cause l’intérêt du vaccin? Ce sera justement aux autorités de mesurer le bénéfice/risque, sachant que la pandémie a des conséquences catastrophiques en ce moment pour la planète. « Ces annonces sont un élément d’optimisme. Elles marquent une étape. Mais ce sont encore des résultats intermédiaires. Il y a des bémols. Il faut rester prudent, même si c’est une bonne nouvelle », ajoute le Dr Bruno Boyer, responsable « Santé Publique » au Conseil national de l’ordre des médecins. En espérant qu’au premier trimestre le vaccin validé sera bel et bien disponible pour le plus grand nombre.

Quels pays ont commandé le vaccin ?

De nombreux Etats ont pris leur ticket, dans la file d’attente des laboratoires, pour acquérir le remède. Les Etats-Unis ont précommandé 100 millions de doses auprès de Pfizer, et la distribution du médicament Outre-Atlantique ne serait plus qu’une question de « semaines », selon le secrétaire américain à la Santé, Alex Azar. L’Union européenne, qui a signé des contrats avec plusieurs sociétés, notamment Sanofi et AstraZeneca, a aussi topé pour 300 millions de doses. Elles pourraient être disponibles « début 2021 ». Le Royaume-Uni s’est engagé pour 40 millions de vaccins. Et ainsi du Japon, du Canada… Quid des pays moins fortunés ? La question inquiète les ONG. « Le vaccin sera efficace à 0 % pour les personnes qui n’ont pas les moyens d’y accéder », ironise Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France.

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