Vaccin anti-Covid : la France prend le temps, un choix assumé ou improvisé ? – Sud Ouest

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Mardi, invité du journal de France 2, le ministre de la Santé a dû faire face aux questions, après son intervention. Et celles autour du vaccin n’ont pas manqué.

« Nous avons fait le choix de nous reposer sur les médecins, de le faire [le vaccin] dans les Ehpad et non de faire se déplacer [les résidents d’Ehpad], nous recueillons le consentement auparavant, a expliqué Olivier Véran. Je ne confonds pas vitesse et précipitation. Cet écart dans le démarrage il est assumé. Ce qui compte c’est que fin janvier nous aurons rattrapé ce décalage et ce qui compte c’est que nous protégions tout le monde ».

“Si notre pays ne modifie pas sa stratégie en ouvrant des vaccinodromes, en réquisitionnant les personnes aptes à vacciner, en autorisant aux gouvernants et aux people qui le souhaitent de se faire vacciner pour montrer l’exemple, le coût économique, social et psychologique sera terrible”, a twitté l’économiste Nicolas Bouzou.

Un point de vue qui est également celui de nombreux soignants. “On n’est pas parti pour un 100 mètres mais pour un marathon”, se défend-on au ministère de la Santé.

En Israël.
En Israël.  © Crédit photo : JACK GUEZ AFP

Critiques des politiques

Des voix s’élèvent à droite, au centre et à gauche. “Soit on pense que le vaccin doit être diffusé, soit on pense qu’il ne doit pas l’être”, mais à partir du moment où il est autorisé, “on pourrait peut-être accélérer un peu” pour “sauver des vies” et “retrouver une vie normale”, a critiqué le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde sur RMC.

Le député LR Eric Ciotti a déploré une “anticipation toujours déficiente” de la part du gouvernement. À gauche, le sénateur PS Rachid Temal a fait le constat sur Twitter du “triple échec du pouvoir en place : un gouvernement incapable de travailler dans la transparence, le retard français dans la vaccination est réel et impressionnant, le sentiment anti-vaccin ne faiblit pas”.

La stratégie prudente du gouvernement “n’est pas adaptée à une situation qui est très périlleuse”

Pour le député LFI Alexis Corbière, “le vaccin à ce stade n’est qu’un élément de stratégie pour faire reculer le virus” et “si on veut que les gens acceptent d’être vaccinés, il faut répondre (aux) questions (…) légitimes” qu’ils se posent, a-t-il estimé sur franceinfo.

Le généticien Axel Kahn a lui aussi regretté que le gouvernement n’adopte pas une stratégie plus offensive pour persuader les Français de la nécessité de se faire vacciner contre le Covid-19. La stratégie prudente du gouvernement “n’est pas adaptée à une situation qui est très périlleuse”, souligne sur Europe 1 le président de la Ligue nationale contre le cancer, alors même, dit-il, qu’il y a en France entre 30 et 35% de “vaccino-sceptiques”. 

Axel Kahn appelle à cibler les “personnes terriblement hésitantes”. “Il faut certainement leur apporter la vérité et la transparence, mais également de l’enthousiasme”, ajoute-t-il, reprochant à l’exécutif d’”avancer à tout petit pas”. Avec cette attitude, “on va les convaincre qu’en effet, si on va si lentement, c’est qu’on n’est pas sûr de soi et qu’il y a un danger”, observe-t-il.

Lenteur

En France, depuis dimanche, un peu plus de 100 personnes ont été vaccinées alors que l’objectif est d’arriver à un million d’ici fin février.

La campagne de vaccination contre le Covid-19 va être élargie aux “professionnels de santé de 50 ans et plus ou qui souffrent de maladies qui les exposent à des risques de forme grave” d’ici la fin du mois de janvier, a indiqué Olivier Véran.”Ensuite viendra le temps de la population générale”, a-t-il ajouté en réponse aux critiques sur la lenteur de la campagne vaccinale entamée dimanche en France.

Selon le site CovidTracker, permettant de suivre l’évolution de l’épidémie à nouveau coronavirus en France et dans le monde et son outil dérivé vaccinTracker, moins de 1% des Français ont reçu une première injection du vaccin. Rappelons que la campagne, qui doit se faire en trois temps, concerne pour les mois de janvier et février, uniquement les personnes âgées séjournant en Ehpad et le personnel soignant dit “à risque” élargi donc aux plus de 50 ans à risque.

L’objectif est d’atteindre le million de personnes vaccinées en fin de phase 1.

Pour l’exemple

200 maires se sont engagés mardi à se faire vacciner afin de donner l’exemple et demandent à l’Etat de “faciliter cette initiative”, alors que les Français prêts à le faire sont minoritaires selon les sondages.

“Les Français ont confiance en leur maire. Notre exemple et notre incitation peuvent convaincre demain des administrés aujourd’hui fébriles”

Si “le gouvernement espère vacciner 15 millions de personnes à l’horizon de cet été”, “la confiance ne se décrète pas, elle se mérite”, écrivent les signataires dont le maire de Poissy Karl Olive (divers droite), président de l’association Génération terrain qui porte la démarche. Parmi les signataires du texte publié par Le Figaro figurent aussi le maire PS de Dijon François Rebsamen, le maire LR d’Antibes Jean Léonetti ou encore le maire centriste d’Arras Frédéric Leturque.

“Les Français ont confiance en leur maire. Notre exemple et notre incitation peuvent convaincre demain des administrés aujourd’hui fébriles”, souligne le manifeste des 200 maires.

“Pas question de prendre la place de quiconque, – le sujet n’est pas là, nous attendrons notre tour s’il le faut – mais la symbolique est forte”, ajoutent ces édiles, pour lesquels “l’Etat aurait bon ton de faciliter cette initiative”. “Voilà qui couperait court également à cette idée répandue que les aînés dans les Ehpad seraient pris pour des cobayes. Qu’il faudrait d’abord tester les effets secondaires sur eux”, estiment-ils. 

Scepticisme

Une étude BVA publiée dans le JDD montre que seuls 44% des Français ont l’intention de se faire vacciner, l’une des proportions les plus basses parmi 32 pays étudiés. Un sondage Ipsos Global Advisor publié mardi octroie même à la France la place de “championne du monde” des pays réfractaires, devant la Russie et l’Afrique du Sud.

“Face à un très fort scepticisme dans la population française, nous avons fait le choix de prendre le temps nécessaire pour installer cette vaccination”, a expliqué le ministère de la Santé.

“Le démarrage est certes timide, mais on va progressivement monter en puissance et vacciner très largement. Cependant, on n’y arrivera pas en brusquant”, a poursuivi le ministère, en se défendant de tout “problème d’approvisionnement” : “500 000 doses arrivent cette semaine, 500 000 la semaine prochaine et 500 000 la suivante”.

“C’est bien qu’on n’aille pas plus vite” dans un premier temps car cela “donne le temps de faire les choses bien en termes de sécurité, d’efficacité, d’organisation et d’éthique avec le consentement”, avait déjà fait valoir lundi soir sur Europe 1 le Pr Alain Fischer, le “monsieur vaccin” nommé par le gouvernement.  

Que font les autres ?

Comme la Grande-Bretagne, les États-Unis et surtout Israël ont adopté une campagne de vaccination à marche forcée. À Tel Aviv, les autorités comptent avoir immunisé un quart des 11 millions d’habitants fin février, à raison de 15 000 vaccinations par jour.

Derrière Israël, suivent Bahrein, la Grande-Bretagne, les États-Unis. Dans un mouchoir de poche et très loin derrière, le Canada, le Portugal, le Danemark, la Lituanie, etc.

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