Les suspects auraient usurpé l’identité du ministre et de ses collaborateurs, lorsqu’il était aux affaires étrangères, et réussi à extorquer des dizaines de millions d’euros à de riches personnalités.

Publié aujourd’hui à 01h41, mis à jour à 09h12

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ALEXANDER NEMENOV / AFP

Armés d’un masque, et d’un culot inédit… ils se sont fait passer pour le ministre Jean-Yves Le Drian auprès de riches personnalités, leur extorquant plus de 50 millions d’euros : sept suspects impliqués dans cette escroquerie viennent d’être renvoyés en correctionnelle à Paris. Ces sept hommes, issus principalement du milieu franco-israélien, devront répondre à des degrés divers d’« association de malfaiteurs », d’« escroquerie en bande organisée » ou de « prise du nom d’un tiers », selon une ordonnance des juges Clément Herbo et Aude Buresi, datée du 30 août.

Au centre de la bande : deux hommes bien connus de la justice française, Gilbert Chikli, 54 ans, et Anthony Lasarevitch, 35 ans. Le premier est considéré comme l’inventeur des arnaques aux « faux ordres de virement » (Fovi) ou au « faux président », un procédé devenu classique par lequel des malfaiteurs se font passer pour des chefs d’entreprises afin de se faire transférer de grosses sommes d’argent par des collaborateurs.

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Ce Franco-Israélien, dont l’histoire a inspiré un film (Je compte sur vous), a été condamné en 2015 à sept ans de prison par contumace et un million d’euros d’amende pour avoir escroqué plusieurs grandes entreprises, comme HSBC ou Alstom. En fuite, il a été arrêté en 2017 en Ukraine en compagnie de M. Lasarevitch. Après l’extradition de ces derniers, les enquêteurs français ont vite été convaincus de tenir les cerveaux de la bande, compte tenu des expertises vocales, de l’exploitation de leur correspondance et de la sonorisation de leurs parloirs.

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Masque d’Albert II de Monaco

Dans les téléphones des deux suspects, qui nient toute responsabilité dans cette affaire, les enquêteurs découvriront même les prémices du prochain coup prévu, l’usurpation de l’identité du prince Albert II de Monaco, et la photo d’un premier essai – peu concluant – de masque en silicone représentant celui-ci.

L’affaire dite du « faux Le Drian » avait commencé à l’été 2015, lorsque le ministère de la défense, alors dirigé par l’actuel ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait signalé à la justice le fait que des escrocs usurpaient l’identité du ministre et de ses collaborateurs auprès de plusieurs ambassades et de dirigeants d’entreprises.

Paiement de rançons pour libérer des otages, financement d’opération secrète ou de lutte contre le terrorisme : les aigrefins avancent différentes raisons pour convaincre leurs interlocuteurs de verser sans délai plusieurs millions d’euros, contre la promesse d’un remboursement ultérieur par la France. A l’époque, la bande de malfrats tente même une fausse vente de quatre hélicoptères Tigre à la Tunisie pour 19 millions d’euros, sans succès.

Selon les enquêteurs, plus de 150 cibles seront approchées, parmi lesquelles des chefs d’Etats africains, comme Ali Bongo, des associations humanitaires telles que le Sidaction, ou des dignitaires religieux, comme le cardinal Barbarin.

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Quatre victimes identifiées

Au bout du compte, quatre victimes identifiées tomberont dans le piège en 2016, en premier lieu le chef spirituel des musulmans chiites ismaéliens, le prince Karim Al-Hussaini, dit Karim Aga Khan IV, à la fortune colossale. Persuadé de s’être entretenu au téléphone avec le ministre français, le philanthrope, alors âgé de 79 ans, ordonne pour 20 millions d’euros de virement de sa fondation AKDN, en mars 2016, sur des comptes en Pologne, en Chine et en France. Trois versements sur cinq seront finalement bloqués, mais 8 millions d’euros disparaissent dans la nature.

Un mois plus tard, l’enquête était confiée à des juges d’instruction parisiens, tandis que les escrocs multipliaient les tentatives tous azimuts, jusqu’à piéger l’une des toutes premières fortunes turques, Inan Kirac. Ce dernier, croyant avoir été sollicité par le ministre pour réunir une rançon pour deux journalistes retenus en otages en Syrie, versera plus de 47 millions de dollars sur des comptes en Chine et aux Emirats en décembre 2016.

« Mes clients sont satisfaits que cette affaire, qui a donné lieu à de vastes investigations internationales, aboutisse à un procès et, j’espère, à des condamnations », a réagi auprès de l’Agence France-Presse, Me Delphine Meillet, avocate du ministre français et de quatre anciens collaborateurs.

En parallèle du procès à venir, l’information judiciaire se poursuit, pour finir de mettre au jour le circuit de blanchiment.

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