“Une scène de guerre” : François Molins raconte son arrivée à Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 – Europe 1

Spread the love
  • Yum

INTERVIEW

Il était le visage que les Français retrouvaient après chaque attentat. Jusqu’en 2018, François Molins, en sa qualité de procureur de la République de Paris, était chargé de faire point le point sur le déroulé des attaques, l’identité des victimes et les avancées de l’enquête. L’attaque du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo n’échappe pas à la règle. C’est d’ailleurs ce soir-là que la population l’a véritablement rencontré à la télévision, au sortir d’une journée endeuillée par la mort de 12 personnes, tuées par les frères Kouachi. Au micro d’Europe 1, il raconte la “sidération” qui fut la sienne ce jour-là.

“Au moment où il y a la réunion hebdomadaire de rédaction de Charlie Hebdo, je suis dans une réunion beaucoup plus administrative”, retrace-t-il. “Vers 11h30, je crois, j’ai un appel d’un responsable de la police parisienne qui m’avise d’une fusillade à Charlie Hebdo avec, a priori, un mort. Je n’ai pas du tout mesuré ce qu’il s’était véritablement passé, mais j’ai perçu tout de suite la sensibilité extrême de l’information que l’on venait de me donner. Une fusillade dans un local de presse, à Charlie Hebdo, avec un mort, c’est déjà gravissime.”

“Odeur de sang et de poudre”

“On savait qu’il y avait des menaces depuis longtemps”, poursuit François Molins, qui rappelle que trois membres de la rédaction étaient sous protection policière et qu’un attentat avait visé les locaux du journal satirique en novembre 2011. Pourtant, explique le procureur, “il n’y avait pas d’élément précis laissant craindre l’imminence d’une action violente contre Charlie ce jour-là”.

“L’action violente” a cependant bien eu lieu. Saïd et Chérif Kouachi ont fait irruption dans les locaux du journal, dans le 11e arrondissement, pour y abattre huit membres de la rédaction, un invité du journal, un employé de la maintenance et un policier chargé de la protection de Charb. En s’enfuyant, ils abattront également un policier, Ahmed Merabet.

Sur place, à son arrivée, “il y a déjà pas mal de monde”, décrit François Molins. “Je retrouve les responsables policiers et, en arrivant, le responsable de la PJ m’explique rapidement ce qui s’est passé. Ce n’est pas un mort, le bilan victimaire est beaucoup plus lourd. Il va me proposer d’entrer dans les locaux.”

À l’étage du 6, rue Nicolas Appert, “c’est une ambiance totalement surréaliste” laissée par les terroristes après leur forfait. “Il y a un silence très fort, il y a une odeur de sang et de poudre. Dans la salle de rédaction, c’est une carnage. C’est plus qu’une scène de crime, c’est une scène de guerre, avec un enchevêtrement de corps effrayant.” Aujourd’hui, ce moment est le souvenir qui reste le plus ancré dans la mémoire de l’ex-procureur de la République, qui évoque avec émotion “la sidération liée à ce spectacle”.

Le début d’une “spirale infernale” 

Vers midi, pour François Molins, le spectacle macabre doit pourtant laisser place à l’organisation de la traque des frères Kouachi. Les deux terroristes ont été identifiés grâce à la carte d’identité d’un des terroristes dans la voiture qu’ils ont utilisée avant de s’enfuir. “On peut être confrontés à certaines émotions au regard du caractère dramatique des images qu’on peut percevoir, mais il faut très vite revenir sur un comportement professionnel”, reprend le procureur. “On a très vite compris qu’on était engagés dans une forme de traque, dans une course contre-la-montre afin de les arrêter.” Pendant plusieurs jours, “on va être confrontés à une spirale infernale qui va se traduire par un enchaînement dramatique d’événements tous aussi dramatiques les uns que les autres”.

La suite est connue : le lendemain de l’attaque de Charlie Hebdo, la policière municipale Clarissa Jean-Philippe est abattue par Amedy Coulibaly à Montrouge. Le vendredi 9 janvier, les frères Kouachi meurent à l’imprimerie de Dammartin-en-Goële et Amedy Coulibaly est tué après une prise d’otages à l’Hyper Cacher, porte de Vincennes. La fin d’un “climat d’anxiété pendant trois jours et trois nuits”, qui marqueront à jamais François Molins, comme la France entière, mobilisée dimanche 11 janvier pour la liberté d’expression et contre la barbarie terroriste.

Retrouvez ci-dessous la version longue de l’interview de François Molins sur Europe 1 :

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *