Une requête a été déposée vendredi devant un tribunal suisse pour demander le placement sous curatelle du président algérien Abdelaziz Bouteflika, actuellement soigné à Genève et candidat à un cinquième mandat.

Dans cette requête déposée devant le Tribunal de Protection de l’adulte et de l’enfant de Genève, l’avocate Saskia Ditisheim, présidente de la branche suisse de l’ONG Avocats sans frontières, demande la nomination d’un ou plusieurs curateurs en invoquant l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika. La requête n’a pas été déposée au nom d’Avocats sans frontières. Il n’est pas clair si le tribunal suisse admettra de l’examiner et si elle a une chance d’être acceptée.

La “santé fragile” de Bouteflika l’expose à être “manipulé” par son entourage. Agissant pour le compte d’une citoyenne algérienne non identifiée, l’avocate affirme que la “santé fragile” de Bouteflika l’expose à être “manipulé” par son entourage. “Ma mandante estime qu’il n’a probablement plus la capacité de discernement”, explique-t-elle sur Europe 1. “J’ai demandé dans les conclusions que le curateur puisse demander à un médecin compétent s’il est actuellement apte à diriger le pays et à autoriser le curateur à s’enquérir de la portée de son consentement pour les actes précédant le 7 mars 2019, notamment son dépôt de candidature”.

Des manifestations se succèdent depuis le 22 février en Algérie pour demander au président Bouteflika, 82 ans, de renoncer à briguer un cinquième mandat à l’élection du 18 avril. Abdelaziz Bouteflika est hospitalisé en Suisse depuis le 24 février, pour des “examens médicaux” selon la présidence algérienne. Président depuis 1999, il a rarement été vu en public depuis un AVC dont il a été victime en 2013.

“Ce curateur devra être nommé en dehors du cercle entourant le président.” La requête de curatelle demande aussi d'”autoriser les curateurs à délier les médecins des Hôpitaux universitaires de Genève” du “secret médical” à l’égard du président algérien. Elle demande aussi que “toute communication officielle au nom” d’Abdelaziz Bouteflika fasse l’objet d’un “accord préalable” des curateurs “afin de s’assurer que les propos tenus émanent réellement du pupille”. “Ce curateur devra être nommé en dehors du cercle entourant le président et devra nécessairement faire preuve de neutralité et dénué de tout conflit d’intérêt éventuel”, demande-t-elle.

Le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika, Abdelghani Zaalane, a assuré jeudi que son état de santé ne suscitait “aucune inquiétude”. Selon le juriste suisse Nicolas Jeandin, professeur de droit à l’Université de Genève, il revient aux autorités judiciaires algériennes de déterminer si un citoyen doit être placé sous mesure de curatelle. Mais si un tribunal suisse estime qu’il existe un besoin urgent de protéger un individu vulnérable, il pourrait intervenir, déclare ce juriste à l’AFP, soulignant que “la question est de savoir s’il y a urgence”. “En théorie, le juge suisse doit faire abstraction du plan politique (…). Le juge doit déterminer si la personne a besoin d’aide”, ajoute-t-il.