Un sommet européen pour tenter d’arracher un compromis sur le plan de relance de 750 milliards d’euros – Le Monde

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Pour la première fois depuis février, les dirigeants des vingt-sept pays de l’Union européenne (UE) se retrouvent en chair et en os, vendredi 17 juillet, à Bruxelles pour un sommet sous haute tension. Les négociations s’annoncent en effet longues et difficiles, et ce Conseil européen extraordinaire de deux, voire trois jours, pourrait ne pas être le dernier. Il est crucial pour la relance de l’économie européenne, frappée par la pandémie de Covid-19.

La chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays préside l’Union depuis le 1er juillet, sera à la manœuvre pour convaincre les autres chefs d’Etat et de gouvernement de l’urgence d’adopter le plan d’aide massif de 750 milliards d’euros – dont 500 milliards de subventions qui ne seront pas remboursées par les Etats bénéficiaires.

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Face à la crise, Angela Merkel a brisé un tabou en acceptant que des fonds soient empruntés à grande échelle au nom de l’Europe, créant une dette commune. « La présidence tournante n’a pas de rôle formel » mais « le poids personnel de Merkel et celui de son pays rendent la situation particulière », reconnaît un diplomate européen.

Le plan de l’UE s’inspire d’une initiative franco-allemande proposant des aides de 500 milliards d’euros pour les pays les plus touchés par le virus.

Mark Rutte : l’homme à convaincre

Depuis le départ des Britanniques, le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, fait figure de porte-parole des Etats dits « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, et dans une moindre mesure la Finlande). S’ils ne contestent pas le principe d’une relance, ils ont soulevé de multiples objections sur les modalités du plan de soutien. Mark Rutte sera donc l’homme à convaincre, et plusieurs dirigeants ont fait le voyage à La Haye ces derniers jours.

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Jeudi, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a exhorté les Vingt-Sept à se mettre d’accord « rapidement sur un plan ambitieux ». La patronne de la BCE a en outre estimé que ce programme d’aide devait être constitué de subventions d’une ampleur « supérieure » au montant de prêts, adressant ainsi une fin de non-recevoir aux « frugaux ». « Un très grand nombre de dirigeants sont conscients du fait qu’il n’y a pas de temps à perdre », a encore insisté Christine Lagarde.

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Pour aider les Etats, banques et entreprises, l’institut monétaire de Francfort a par ailleurs confirmé sa volonté d’appliquer son « programme d’urgence » de rachat de dette sur les marchés (PEPP), tant que les effets de la pandémie persistent. Ce plan de soutien de 1 350 milliards d’euros doit s’étaler jusqu’en juin 2021. De même, les taux d’intérêt de la BCE ont été maintenus à leur niveau historiquement bas.

Ce sommet européen sera aussi un test pour le président du Conseil, Charles Michel, médiateur en chef de cette réunion. Il lui a été reproché en février de ne pas avoir réussi à diviser les « frugaux » pour leur arracher un accord.

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La création d’une dette commune traduirait une solidarité renforcée entre les pays les plus fragiles et les plus forts. Pour certains, un accord ferait date sur le chemin de la construction européenne. Plus concrètement, soutenir les pays les plus touchés par la crise permettrait de limiter la fragmentation du marché unique de l’Union, l’un de ses principaux acquis.

Italie et Espagne, premières bénéficiaires

Le président du Conseil Charles Michel (à droite).

Mais, pour parvenir à un accord, les Vingt-Sept devront surmonter de multiples obstacles. A commencer par le montant global du plan et celui du budget à long terme (2021-2027) ou encore la répartition entre prêts et subventions. Des « frugaux » font pression pour réduire la voilure du budget et du plan de relance : ils préfèrent de loin les prêts remboursables aux subventions, ce qui pourrait aboutir à la diminution de ces dernières.

Même vigilance de la part des « frugaux » sur le contrôle des plans de réforme qui devront être présentés par les Etats pour obtenir l’argent. Un point dur de la négociation.

Les pays du Sud, Italie et Espagne en tête, seraient les premiers bénéficiaires de l’aide (plus de 172 milliards d’euros et 140 milliards respectivement) mais ils sont aussi considérés par ceux du Nord comme les plus dispendieux. « Des promesses de réforme, on en a déjà entendu », a raillé Mark Rutte, évoquant des refontes des systèmes de retraite ou du marché du travail. Les Pays-Bas ont placé la barre très haut en demandant que ces plans soient validés à l’unanimité des Vingt-Sept (et non à la majorité qualifiée comme le propose Charles Michel).

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De leur côté, les pays du Sud ont une carte à jouer pour infléchir la décision des pays du Nord : celle des rabais dont bénéficient les « frugaux » et l’Allemagne. La suppression de ces rabais, qui permet aux Etats de réduire leur contribution au budget européen, est réclamée par une vingtaine de pays, dont la France, l’Italie et l’Espagne.

Une autre question épineuse devrait compliquer les discussions : le lien entre le versement d’argent et le respect de l’Etat de droit, pour la première fois inscrit dans un budget. Il suscite une levée de boucliers en Pologne comme en Hongrie, et Budapest agite la menace d’un veto sur un plan qui doit être adopté à l’unanimité.

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Le Monde avec AFP

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