Un recours collectif en référé-liberté est déposé contre la fermeture totale des bars et restaurants à Marseille et Aix – Le Monde

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Des Marseillais profitent de la terrasse d’un restaurant avant sa fermeture, Marseille, le dimanche 27 septembre 2020.

Jusqu’où iront les restrictions imposées pour freiner l’épidémie de Covid-19 ? Alors que les mesures annoncées mercredi par le ministre de la santé, Olivier Véran, commencent à se mettre en place territoire par territoire, un collectif de médecins a réclamé, dimanche 27 septembre, la mise en place immédiate de « mesures drastiques » pour éviter une deuxième vague qui serait « bien plus difficile à gérer pour les hôpitaux et les services de réanimation que la première ». De son côté, Olivier Véran n’a pas exclu des limitations de circulation pendant les vacances de Toussaint.

Selon la nouvelle cartographie de l’épidémie présentée mercredi, Marseille et la Guadeloupe sont classées en zone d’« alerte maximale ». Onze métropoles, dont Paris et la petite couronne, sont classées en « alerte renforcée ». Et tous les départements sont en situation de « vulnérabilité ». L’épidémie liée au nouveau coronavirus en France est dans « une phase ascendante », selon Santé publique France. Et, parmi les points « inquiétants », l’agence sanitaire relève la « circulation de plus en plus forte » du virus chez les personnes âgées.

  • Fermeture totale des bars et restaurants à Marseille et Aix dimanche soir

La fermeture totale des bars et des restaurants, annoncée mercredi par le ministre de la santé pour la métropole Aix-Marseille, s’appliquera aux villes de Marseille et d’Aix-en-Provence, en « zone d’alerte maximale », à compter de dimanche soir minuit et jusqu’au 11 octobre inclus, sauf pour d’éventuelles activités de livraison et de vente à emporter, selon un arrêté préfectoral publié dimanche.

Ces mesures pourront être « réexaminées » avant l’échéance du 11 octobre, entrevoit cet arrêté signé par le préfet des Bouches-du-Rhône, Christophe Mirmand, en prévoyant « une revoyure dans huit jours », basée sur les indicateurs épidémiques de l’agence régionale de santé (ARS) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

Dès la publication officielle de cet arrêté, le président (Les Républicains) de la région PACA, Renaud Muselier, a annoncé avoir déposé un recours collectif en référé-liberté, devant le tribunal administratif de Marseille, contre cette fermeture totale imposée aux bars et restaurants marseillais et aixois.

Ce recours est porté par vingt professionnels de la restauration de Marseille et d’Aix-en-Provence, par les représentants locaux du monde économique et du secteur, ainsi que par la région PACA, le département des Bouches-du-Rhône, la métropole Aix-Marseille-Provence et la ville d’Aix-en-Provence. Parmi les institutions, seule la ville de Marseille, dirigée par la gauche, avec l’écologiste Michèle Rubirola pour maire, ne s’est pas jointe à cette démarche. « C’est le droit qui tranche(ra) », insiste Renaud Muselier dans un communiqué, en précisant qu’il « n’appelerait jamais à la désobéissance civile ».

Ces nouvelles mesures ne concernent pas les 90 autres communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, une zone de 3 000 km2 pour 1,8 million d’habitants. Cette évolution avait déjà filtré vendredi à l’issue de la rencontre entre le ministre Olivier Véran et plusieurs élus du département à la préfecture à Marseille. A l’issue de cette réunion, M. Muselier avait également annoncé que la mise en application de ces nouvelles directives était décalée à dimanche au lieu de samedi. La fermeture des bars et restaurants concernera, certes, quinze autres communes du département, La Ciotat, Arles, Gardanne ou Martigues notamment. Mais, dans ces villes, ces établissements devront seulement fermer de 22 heures à 6 heures.

Ces mesures dévoilées mercredi par M. Véran avaient déclenché la colère des professionnels et de nombreux élus de la métropole Aix-Marseille-Provence et notamment du premier adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan, qui avait parlé « d’affront » fait à la deuxième ville de France.

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  • A Paris, les patrons de bar manifestent contre la fermeture à 22 heures à compter de lundi

Manifestation organisée par le collectif « Restons ouverts » regroupant les propriétaires de restaurants, bars et boîtes de nuit, sur l’esplanade des Invalides, à Paris, le 27 septembre 2020.

Quelques dizaines de restaurateurs, patrons de bars et discothèques et représentants du secteur de l’hôtellerie-restauration se sont rassemblés dimanche devant l’hôtel des Invalides, à Paris, pour protester contre le durcissement des mesures sanitaires touchant leurs établissements.

Le gouvernement a durci mercredi les mesures sanitaires dans onze grandes villes classées en zone d’alerte renforcée dont Paris, où les bars doivent fermer à 22 heures à compter de lundi. Les restaurants qui ne servent « pas d’alcool sans nourriture » ne sont pas concernés, a précisé la préfecture, mais beaucoup de manifestants craignaient dimanche que ces directives ne soient qu’une étape avant une fermeture plus large.

« On ne comprend pas comment la population est plus en sécurité entassée dans le métro que dans nos établissements, ni comment le virus à 21 h 59 est inoffensif, et va tuer tout le monde à 22 h 01 », a déclaré Stéphane Manigold, l’un des porte-parole du collectif « Restons ouverts », devenu célèbre grâce à sa victoire fin mai contre l’assureur Axa.

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« On a fait de gros investissements pour assurer la sécurité dans nos établissements, et on nous dit qu’on va quand même nous fermer. C’est comme si on avait jeté de l’argent par les fenêtres », a-t-il continué. « Plein de gens n’arriveront pas à rembourser le prêt garanti par l’Etat (PGE), il faut l’annuler », estime par ailleurs M. Manigold.

  • Olivier Véran n’exclut pas des restrictions à la Toussaint

Le ministre de la santé, Olivier Véran, a indiqué que la mise en place d’éventuelles restrictions de déplacement pendant les vacances de Toussaint dépendait de « ce que nous ferons dans les prochains jours et les prochaines semaines », a-t-il déclaré dimanche dans Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. « Si la circulation du virus augmente et qu’elle n’est pas freinée, si nous ne mettons pas tous les moyens nécessaires pour freiner sa circulation, eh bien cela met en danger notre système sanitaire et les Français eux-mêmes », a-t-il ajouté.

Concernant la proposition des deux Prix Nobel d’économie, Abhijit Banerjee et Esther Duflo, d’instaurer un confinement national sur les vingt premiers jours de décembre pour permettre aux Français de retrouver leur famille lors des fêtes, Olivier Véran estime que ce scénario est « de l’ordre de la prédiction ». « Je ne me projette pas à dans deux mois pour faire des plans sur la comète », a déclaré le ministre. « Je me projette au jour le jour avec mes batteries de chiffres (…), les retours de terrain, afin de proposer aux Français le chemin le plus sûr pour (…) qu’ils puissent passer des fêtes de famille dans de bonnes conditions. Ça ne passera pas par un confinement anticipé de trois semaines. »

« Nous ne voulons pas arrêter totalement la vie économique, sociale, culturelle, sportive, familiale des Français. C’est pourquoi nous prenons des décisions qui sont adaptées à la gravité du moment » et qui sont « territorialisées », a-t-il défendu.

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  • Des médecins réclament « des mesures drastiques »

Un collectif de médecins a réclamé la mise en place, « dès ce week-end », de « mesures drastiques » pour éviter une deuxième vague, craignant que, « sans mesure forte pour lutter contre l’épidémie, le nombre de patients admis chaque jour en réanimation dans un mois sera d’environ 650, équivalent à celui que nous avons connu au maximum de la première vague et dépassera 1 200 mi-novembre », préviennent-ils dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche.

« L’Espagne, Israël, le Royaume-Uni, l’Italie ont depuis près de quinze jours déjà mis en œuvre des mesures allant pour certains jusqu’au confinement. La situation sanitaire de la France n’est pas différente de celle de ces pays. Aussi, c’est dès maintenant qu’il faut agir vite et fort », alertent les sept signataires, dont l’infectiologue Karine Lacombe et le professeur de santé publique Philippe Amouyel, de l’hôpital universitaire de Lille.

Le groupe de médecins réclame que « partout, et à tout instant », les mesures annoncées par le gouvernement s’accompagnent « d’un respect strict du port du masque et des mesures barrières » et que soient suspendues toutes les activités où cela n’est pas possible. « Appliquées dès ce week-end et maintenues pendant deux à trois semaines, ces mesures pourraient ramener le niveau de l’épidémie à celui que nous avons connu en juin dernier » et permettraient de passer « des vacances de la Toussaint sereines ».

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Le Monde avec AFP

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