Trump contre TikTok : Tout comprendre au bras de fer qui oppose le président américain à l’application chinoise – 20 Minutes

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Trump contre TikTok : Tout comprendre au bras de fer qui oppose le président américain à l’application chinoise — 20 Minutes
  • Les menaces et les pressions se sont accentuées ces derniers jours entre la Chine et les Etats-Unis dans une bataille qui oppose Donald Trump à l’application TikTok, propriété de l’entreprise chinoise ByteDance.
  • Le président américain a signé, dans la nuit du 6 au 7 août, un décret interdisant, d’ici 45 jours, toute transaction « des personnes sous juridiction américaine » avec la maison mère chinoise de TikTok.
  • Selon Washington, l’application serait un outil d’espionnage pour les services de renseignement chinois, ce que l’appli a toujours démenti.

Quarante-cinq jours. C’est le délai fixé par Donald Trump avant d’interdire toute transaction entre l’application TikTok – succès planétaire appartenant à une société chinoise – et une entreprise américaine. Un coup de pression supplémentaire dans un bras de fer politique et économique qui oppose depuis plusieurs jours le président américain à la Chine.

Si ce décret, signé dans la nuit de jeudi à vendredi, ne précise pas les conséquences concrètes d’une telle décision pour les millions d’utilisateurs américains, il pourrait toutefois contraindre Google et Apple à retirer TikTok de leurs magasins d’applis, empêchant, de fait, de les utiliser aux Etats-Unis. Mais que reproche Washington à ce réseau social ? Pourquoi cette décision intervient maintenant, et comment la Chine a-t-elle réagi à cette annonce ? 20 Minutes ​fait le point.

  • TikTok, c’est quoi ?

Au plus fort du confinement, cette application qui permet de générer et partager de courtes vidéos a dépassé la barre des deux milliards de téléchargements dans le monde. Un succès « sans équivalent » pour la Chine, estime le chercheur en cybersécurité Baptiste Robert : « Avec l’application de messagerie instantanée WeChat [également visée par l’administration Trump], TikTok est la seule application chinoise qui connaît un succès phénoménal partout dans le monde et qui a réussi à percer en dehors des frontières du pays. » Très populaire chez les adolescents, TikTok est la déclinaison de l’application « Douyin », destinée, elle, au marché chinois. Toutes deux appartiennent au groupe privé ByteDance, fondé à Pékin en 2012.

  • Qu’est-ce qui est reproché à l’application ?

Pour la Maison-Blanche, TikTok représenterait une « menace » pour la sécurité du pays. Après avoir annoncé son intention de « bannir » l’application des Etats-Unis en début de semaine, le président américain a signé dans la nuit du 6 au 7 août un décret interdisant toute transaction entre une entreprise américaine et ByteDance d’ici 45 jours. Un moyen de faire monter la pression alors que des négociations seraient en cours entre Microsoft et la maison mère chinoise du réseau social.

Ce décret signé dans la nuit assure que « TikTok capture automatiquement de larges pans d’information sur ses utilisateurs (…), permettant potentiellement à la Chine de pister des employés du gouvernement, de réunir des dossiers personnels à des fins de chantage et de pratiquer l’espionnage industriel ». Des accusations formulées sans preuve tangibles, pointe le hackeur et chercheur en cybersécurité Baptiste Robert, qui a récemment analysé les données récupérées par l’application.

Selon lui, l’utilisation des données par TikTok ne diffère pas de celle d’Instagram ou de Facebook, deux firmes américaines. Contacté par 20 Minutes, il explique : « Si on regarde par exemple les requêtes réseaux faites par le téléphone quand l’application est installée – c’est-à-dire ce que TikTok va aller demander à l’extérieur sur Internet et ce qu’il va prendre de votre téléphone – on ne trouve rien d’extraordinaire. L’appli récupère une empreinte de votre téléphone avec des éléments constitutifs de votre appareil – des identifiants, votre nom, prénom, si vous êtes sur un réseau wifi ou sur un réseau 4G – mais ce sont des choses extrêmement communes. Est-ce que c’est bien ? Non, mais ce n’est pas une exception ».

En revanche, le chercheur indépendant le reconnaît : « La ligne qui sépare le gouvernement chinois et les compagnies privées chinoises est très floue et le partage de données entre ces sociétés et les autorités est une réalité ».

  • Dans quel contexte intervient cette décision ?

Pour le chercheur à la fondation pour la recherche stratégique (FRS) Antoine Bondaz, cette décision s’inscrit dans une stratégie de long terme entreprise par Donald Trump dès le début de son mandat. « Depuis 2017, la Chine est présentée comme une menace par le président américain. Ce décret intervient dans un contexte de campagne électorale. Donald Trump essaie de se différencier des démocrates et tente de s’affirmer comme le seul défenseur des intérêts américains face à la Chine », analyse l’enseignant à Sciences po Paris.

Mais ce bras de fer sur le terrain international aurait un autre avantage à court terme pour le candidat républicain, estime Baptiste Robert : « Ce nouvel épisode entre Donald Trump et la Chine est un moyen pour le président américain de détourner l’attention médiatique et celle des Américains de sa gestion de l’épidémie de Covid-19, jusqu’ici très fortement critiquée. » Avec 158.000 morts recensés dans le pays depuis le début de la crise, les Etats-Unis figurent comme l’un des pays les plus touchés par le coronavirus.

  • Comment la Chine et l’application ont-elles réagi ?

Il n’aura fallu que quelques heures à Pékin pour hausser le ton. Après la signature de ce décret, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a accusé les Etats-Unis de mener « une manipulation et une répression politiques arbitraires », rapporte l’AFP. Un argument qui fait bondir le chercheur Antoine Bondaz : « Entendre la Chine dire que ce décret porte atteinte à la liberté d’expression et de création des internautes, cela va au-delà de l’ironie quand on sait que la majeure partie des réseaux sociaux y sont interdits. Pour autant, cet argument ne doit pas être utilisé pour justifier la décision américaine de bannir TikTok des Etats-Unis ».

Et l’affaire pourrait désormais se poursuivre devant les tribunaux. Dans un communiqué publié ce vendredi, TikTok a d’ores et déjà prévenu : « Nous utiliserons tous les moyens disponibles pour nous assurer que l’état de droit est respecté et que notre entreprise et nos utilisateurs reçoivent un traitement équitable, si ce n’est auprès du gouvernement américain, alors auprès des tribunaux américains ».

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