Troisième vague de Covid-19 : l’hôpital peut-il craquer ? – Le Parisien

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Lorsqu’elle décroche, Karine Lacombe s’excuse. « Je suis en réunion de crise. » Une demi-heure plus tard, la cheffe de l’infectiologie de l’hôpital parisien Saint-Antoine en sort, avec les dernières nouvelles. « Ça y est, relate-t-elle. On se prépare à passer au palier 3 », autrement dit à augmenter, de façon conséquente, le nombre de lits de réanimation Covid.

Pour cela, il faut encore pousser les murs, déprogrammer 40 % des opérations. Jour après jour, l’inquiétude grandit dans cette région de l’Hexagone, la plus densément peuplée, où plus de 1080 personnes se trouvent, à l’heure actuelle, en réanimation, très près du record de 1138, atteint lors du pic de la seconde vague. « Un Francilien y est même admis toutes les douze minutes », a alerté, ce jeudi soir, Olivier Véran, le ministre de la Santé, particulièrement inquiet.

VIDÉO. Covid-19 : des «dizaines, voire des centaines» de patients franciliens pourraient être évacués, selon Véran

« Sauf qu’à ce moment-là, il y avait des mesures de confinement, on savait qu’au bout de deux à trois semaines, ce chiffre allait redescendre. Aujourd’hui on est incapable de dire quand ça sera le cas », pointe Karine Lacombe.

Joint, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) fait le même constat. « On n’est pas loin du pic de la seconde vague mais sans mesure de freinage. » Face à cette grande tension, le ministre de la Santé l’a annoncé : « En Ile-de-France, des dizaines, voire des centaines de transferts de patients pourraient avoir lieu dès cette fin de semaine. » Une proportion inédite.

Troisième vague de Covid-19 : l’hôpital peut-il craquer ?

Si la situation reste très contrastée dans le pays, deux autres régions sont également sous haute surveillance, les Hauts-de-France et la région Paca. Dans le nord, l’annonce est tombée : des patients en soins critiques vont être évacués vers la Belgique. Quant aux hôpitaux de Marseille (AP-HM), 77 des 81 places de réa Covid sont occupées. « On est toujours sur un plateau haut, mais il l’est de plus en plus. Pour l’instant, on tient. »

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Le point sur l’épidémie de Covid-19

Comment ? Fin février, les médecins ont appelé à l’aide leurs collègues du privé. « Heureusement, des infirmiers et des aides-soignants sont venus en renfort, nous dit l’AP-HM. Mais si ça continue, il faudra aller plus loin que 40 % de déprogrammation et ça…on ne peut pas l’envisager ».

Beaucoup trop de jeunes patients hospitalisés

Qu’en est-il de la tension hospitalière à l’échelle du pays ? En France, le nombre de malades du Covid en réanimation est en nette progression. Les autorités ont remarqué une augmentation des formes graves depuis que les variants circulent, « ceci expliquerait pourquoi à un niveau d’épidémie stabilisée, les réanimations se remplissent si vite », a détaillé Olivier Véran.

Ce chiffre est passé de 3555 le 1er mars à plus de 4000, ce jeudi soir. C’est 900 de moins que lors du pic de la seconde vague du 16 novembre et bien loin des 7019 du 8 avril, un record atteint lors de la première marée haute. « Cela ne monte pas très vite, mais de façon robuste », confirme Jean-Stéphane Dhersin, spécialiste de la modélisation d’épidémies au CNRS.

Troisième vague de Covid-19 : l’hôpital peut-il craquer ?

Du côté des hospitalisations, qui concernent 24 858 patients, la situation est plus contrastée. Ce chiffre baisse chez les plus âgés, sûrement un effet de la vaccination, mais il augmente chez les 30-70 ans. « Comme le variant anglais est plus contagieux, il circule davantage chez les plus jeunes, logiquement les hospitalisations augmentent », explique l’infectiologue Karine Lacombe.

Le ministre de la Santé a mis en garde : « La pression hospitalière va continuer de monter. » Impossible à ce stade de savoir quand le pic aura lieu. Et si elle devenait trop forte, de nouvelles mesures n’imposeront pour « sauver des vies », a prévenu le ministre.

La surmortalité due au cancer devrait grimper en flèche

En attendant, on sort les dernières armes : patients pris en charge en ville, oxygène à domicile, mobilisation renforcée du secteur privée, déprogrammations. Mais jusqu’à quand ? Et pour quelles conséquences ? « La situation se dégrade exactement comme on l’avait prévu, se désole Axel Kahn, le président de la Ligue nationale contre le cancer. Le chef de l’Etat a fait le pari, de ne pas reconfiner mais sur le plan sanitaire, c’est catastrophique. »

La crise a causé 100 000 retards de diagnostics et de traitements. Et alors que la surmortalité liée au cancer était estimée à 45 000 morts dans les cinq prochaines années, elle pourrait désormais atteindre les 60 000 décès. « Le bilan sera extrêmement lourd, prévient le généticien. Le pire, ce n’est pas le confinement, c’est de prolonger cet état de tension à l’hôpital car il empêche de soigner correctement. »

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