«Tout ce que je veux, c’est trouver 11.780 votes»: quand Trump fait pression sur un officiel – Le Figaro

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Dans un enregistrement rendu public par le «Washington Post», le président américain demande au secrétaire d’État de Géorgie de modifier les résultats de la présidentielle en sa faveur.

« Nous avons gagné, je pense que vous êtes d’accord?» Tantôt flattant, tantôt quémandant, parfois vaguement menaçant, mais sans jamais se départir de l’assurance d’un homme d’affaires qui chercherait à décrocher à tout prix un contrat avantageux, Donald Trump a fait pression sur le secrétaire d’État de Géorgie pour qu’il accepte de revenir sur les résultats du scrutin présidentiel du 3 novembre, qu’il affirme envers et contre tout avoir remporté.

Tout ce que je veux, c’est trouver 11.780 votes, ce qui est un peu que ce que nous avons. Parce que nous avons gagné l’État. »

Donald Trump au secrétaire d’État de la Géorgie, Brad Raffensperger

Dans un extraordinaire appel téléphonique passé samedi depuis la Maison-Blanche, et dont le Washington Post a publié dimanche l’enregistrement et la transcription, le président américain a, pendant une heure de conversation, tenté d’obtenir de Brad Raffensperger la modification du résultat de l’élection en sa faveur.
«Tout ce que je veux, c’est trouver 11.780 votes, ce qui est un peu que ce que nous avons. Parce que nous avons gagné l’État », dit Trump. «Le peuple de Géorgie est en colère, le peuple de tout le pays est en colère… Et il n’y a rien de mal à dire, vous savez, euh, que vous avez recalculé.»

«Eh bien, Monsieur le Président», a répondu Raffensperger, «le problème est que les données que vous avez sont fausses.»

Au cours de cet appel, auquel participait le secrétaire général de la Maison-Blanche, Mark Meadows, et plusieurs avocats, Trump a repris les accusations de fraude déjà présentées par ses avocats devant la justice, et rejetées faute de preuves: urnes retirées, machines de comptage trafiquées, électeurs décédés et comptabilisés, bulletins en sa faveur délibérément détruits. «Il n’est tout simplement pas possible que j’aie perdu la Géorgie», a dit Trump. «Ce n’est pas possible… Mais ils ont rajouté beaucoup de votes, tard dans la nuit. Vous le savez bien, Brad. Et c’est ce sur quoi nous travaillons de manière très, très rigoureuse.»

Sans se départir de son sang-froid, Brad Raffensperger a chaque fois poliment mais fermement refusé d’accéder à ces demandes de revenir sur le résultat d’un vote plusieurs fois recompté et certifié. «Nous ne sommes pas d’accord sur le fait que vous avez gagné», a répondu le secrétaire d’État. «Il y a eu plusieurs recours en justice… Nous avons procédé à un recomptage manuel, de tous les bulletins de vote et les avons comparés aux résultats des comptages par les machines et nous avons obtenu pratiquement le même résultat… je ne pense pas qu’il y ait un problème à ce sujet.» Quant aux électeurs décédés, «ils étaient deux… Nous pensons que nous avons eu une élection régulière», a dit Raffensperger.

Vos chiffres ne sont pas justes! Ils sont complètement faux, Brad! Et je sais que ce coup de fil ne mène nulle part. Écoutez, en fin de compte, j’ai gagné ok?… »

Donald Trump

«Non, non, pas du tout! Pas régulières du tout!», a relancé Trump. «Pourquoi ne pouvons-nous pas demander à des professionnels d’enquêter au lieu de laisser faire des amateurs qui ne trouveront jamais rien et ne veulent rien trouver?»

«Monsieur le Président, vous avez des gens qui vous fournissent des informations et nous avons nos gens qui nous fournissent des informations», a insisté Raffensperger. «Nous pensons que nos chiffres sont justes.»

«Vos chiffres ne sont pas justes!», a lancé Trump. «Ils sont complètement faux, Brad ! Et je sais que ce coup de fil ne mène nulle part. Écoutez, en fin de compte, j’ai gagné ok?… Vous vous êtes tellement mal comportés avec la population de Géorgie, vous, et votre gouverneur, qui n’est plus qu’à 21 points dans les sondages… Et comme un idiot, je l’ai soutenu et il a été élu, mais je vais vous dire, c’est un désastre… Je ne peux pas imaginer qu’il soit à nouveau élu. Mais pourquoi ne voudriez-vous pas trouver la bonne réponse, Brad, au lieu de continuer à dire que les chiffres sont justes? Ces chiffres sont si faux!»

Brad Raffensperger, secrétaire d’État de Géorgie et le gouverneur Brian Kemp, deux élus républicains qui ont tous deux fait campagne pour Trump, ont tenu tête depuis deux mois à toutes les pressions du président pour qu’ils reviennent sur le résultat de l’élection. Qualifiés de «républicains seulement de nom» par le président, accusés de trahison sur les réseaux sociaux, ils ont reçu de nombreuses menaces anonymes, mais tout en continuant de défendre l’intégrité d’un scrutin confirmé par plusieurs recomptages. Aucune preuve de fraude n’a non plus été apportée.

L’appel des anciens chef du Pentagone

Le Washington Post et l’agence Associated Press n’ont pas indiqué comment ils avaient obtenu cet enregistrement, ni s’il provenait de la Maison-Blanche ou du secrétariat d’État de Géorgie.

Mais l’authenticité de la conversation, qui rappelait celle de Trump avec le président ukrainien à l’été 2019, quand il lui avait demandé d’enquêter sur Joe Biden, et qui lui avait valu un procès en destitution, n’a pas été remise en cause. Quelques jours avant la proclamation officielle de la victoire de Biden par le Congrès, qui doit avoir lieu mercredi à Washington, cette intervention sans précédent indique que Trump n’a pas renoncé à obtenir la modification d’un résultat qu’il dénonce comme frauduleux. Ce refus du président sortant de reconnaître sa défaite a déclenché depuis deux mois une crise politique de plus en plus préoccupante. Car Trump est loin d’être isolé, et a rassemblé de nombreux alliés. Il a le soutien d’une majorité d’électeurs républicains, qui considèrent avec suspicion le résultat du scrutin, et d’une partie des élus de son propre camp.

Une douzaine de sénateurs et près de 140 représentants républicains au Congrès ont annoncé leur intention de s’opposer à la proclamation officielle des résultats d’un certain nombre d’États contestés. Leur mouvement est soutenu par le vice-président Mike Pence, qui doit présider la session du 6 janvier. Ces élus ne disposent pas de la majorité suffisante pour changer l’issue du vote, mais leur action contribue à aggraver un climat déjà passablement délétère. Trump a par ailleurs appelé ses partisans à manifester ce jour-là à Washington, faisant craindre des troubles à l’ordre public.

Des tentatives d’impliquer les forces armées américaines dans la résolution de litiges électoraux nous entraîneraient sur un terrain dangereux, illégal et inconstitutionnel. »

Dick Cheney, James Mattis, Mark Esper, Leon Panetta, Donald Rumsfeld, William Cohen, Chuck Hagel, Robert Gates, William Perry et Ashton Carter

Autre signe de l’atmosphère inhabituelle qui règne dans la capitale fédérale, dix anciens secrétaires à la Défense, soit tous ceux encore vivants, ont publié dans le Washington Post une tribune presque invraisemblable, rappelant que « l’armée américaine n’a aucun rôle à jouer dans la détermination des résultats d’une élection ». Signée notamment par les deux précédents secrétaires à la Défense de Trump, James Mattis et Mark Esper, mais aussi par Dick Cheney et Donald Rumsfeld, deux figures du parti républicain, cette déclaration sonnait comme un appel à la raison, tout en donnant l’impression d’être à la veille d’un pronunciamiento. «Nos élections ont eu lieu. Des recomptages et des audits ont été effectués. Les contestations en bonne et due forme ont été examinées par les tribunaux. Les gouverneurs ont certifié les résultats. Et le Collège électoral a voté. Le temps de la contestation des résultats est passé ; le temps du dépouillement officiel des votes du Collège électoral, tel que prévu par la Constitution et la loi, est arrivé», ont écrit les anciens chefs du Pentagone. «Des tentatives d’impliquer les forces armées américaines dans la résolution de litiges électoraux nous entraîneraient sur un terrain dangereux, illégal et inconstitutionnel. Les fonctionnaires civils et militaires qui ordonneraient ou exécuteraient de telles mesures seraient responsables, y compris sous peine de sanctions pénales, des graves conséquences de leurs actes sur notre république. »

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