Toulouse. Pourquoi la mairie s’est-elle opposée à la vente de la maison de Roland, désormais squattée ? – actu.fr

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Les soutiens de Roland, et ceux des squatteurs s'opposent, mardi 9 février 2021, devant le domicile de l'octogénaire.
Les soutiens de Roland, et ceux des squatteurs s’opposent, mardi 9 février 2021, devant le domicile de l’octogénaire. (©H.-O.D. / Actu Toulouse)

L’affaire suscite une vive émotion, dans la Ville rose et au-delà. Roland, un octogénaire de 88 ans, a en effet été chassé de sa maison individuelle par des squatteurs qui ont changé les serrures de son domicile, à Toulouse. Résultat : l’homme de 88 ans ne peut plus rentrer chez lui, alors qu’il avait le projet de vendre cette propriété pour aller retrouver son épouse, placée dans un Ehpad, dans le Tarn.

L’octogénaire, qui loue également un appartement pour se rapprocher de sa femme, comptait vendre son bien, jusqu’à ce jour du mois de septembre 2020, quand la commerciale chargée de l’opération a vu que la maison était occupée, en l’absence de son propriétaire… Malgré une alerte rapide, Roland n’a pu récupérer son logement. La loi impose en effet de dénoncer l’effraction de la propriété dans les 48 heures. Un peu plus tôt, la mairie s’était opposée à la vente à un autre acheteur. Pourquoi ce refus ? Éléments de réponse.

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L’opposition réclame des éclaircissements à la mairie

Mardi 9 février 2021, alors qu’un face-à-face tendu a opposé les soutiens de l’octogénaire et… ceux des squatteurs, l’affaire a pris un tournant politique. Outre des échanges d’invectives sur les réseaux sociaux, l’opposition et la majorité toulousaines se sont titillées par courriers interposés ce mardi. Dans une missive adressée au maire Jean-Luc Moudenc et à son adjoint Daniel Rougé, la co-présidente du groupe Archipel Citoyen Caroline Honvault s’interroge sur le rôle de la mairie dans cette affaire. Elle questionne le Capitole sur « les moyens qui ont été mis en place par la municipalité pour venir en aide » à l’octogénaire, mais aussi sur le fait que la Municipalité se serait « opposée à l’achat » de la maison, alors que l’intéressé aurait trouvé un acquéreur…

Nous avons appris que ce monsieur souhaitait vendre sa maison et aurait trouvé un acquéreur, mais que la mairie se serait opposée à cet achat, sans que l’on en connaisse les raisons à cette heure. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette décision ?

Caroline HonvaultCo-présidente du groupe Archipel Citoyen

La mairie voulait que cette Toulousaine échappe aux promoteurs

Contactée par Actu Toulouse, la mairie confirme s’être opposée à l’achat de la parcelle de Roland. Et si la maison n’a pas été vendue, c’était d’après elle pour éviter que ne soit rasée cette maison typique du patrimoine de la Ville rose, s’agissant d’une Toulousaine… Daniel Rougé et Emilion Esnault, deux adjoints de Jean-Luc Moudenc, assurent en effet en réponse que « la collectivité a été sollicitée dans le cadre de la phase d’avant-projet pour travailler en amont des dépôts de permis de construire ». Et s’ils ont refusé le projet d’un promoteur immobilier, c’était pour mieux respecter « l’identité de nos quartiers ».

La mairie de Toulouse a donc émis un avis défavorable sur un projet de promotion immobilière en lieu et place de cette toulousaine, l’automne dernier. La proposition était en rupture avec le tissu patrimonial existant composé de maisons et d’un cœur d’îlot vert généreux à l’arrière. Il s’agissait donc de rejeter un projet inapproprié au secteur, procédure classique pour toute municipalité soucieuse de la qualité de son urbanisme.

Daniel Rougé et Émilion EsnaultAdjoints au maire de Toulouse

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Une parcelle impactée par la 3e ligne de métro ?

Des élus d’Archipel Citoyen assurent par ailleurs à Actu Toulouse que la maison en question se trouverait sur « une parcelle concernée par la 3e ligne de métro », et qu’il est donc « logique que la mairie ait soit préempté, soit choisi de surseoir à statuer ». Vérifications faites, la bâtisse n’est pas sur l’emplacement précis d’une station, ou d’un aménagement adjacent, mais elle se situe en effet en limite de la « zone tampon » de 600 mètres autour de la future station de La Vache… Faut-il y voir un lien ? La mairie n’en dit pas plus, pour l’heure.

« Les autorités n’ont pas assuré », pour François Piquemal

Outre le devenir de la bâtisse, l’opposition questionne la majorité « sur l’aide apportée à Roland », l’existence d’une « proposition d’un relogement », mais aussi la « mise en place d’une médiation avec les occupants ». Car « on a l’impression que rien n’a été fait », renchérit François Piquemal, autre élu d’Archipel. L’élu, jadis porte-parole de l’association Droit au Logement, au centre de vives passes d’armes avec des adjoints de Jean-Luc Moudenc sur les réseaux sociaux, assure qu’il ne connaît « ni ce monsieur, ni les individus qui occupent sa maison », et déplore que « la majorité passe davantage de temps à invectiver l’opposition qu’à chercher des solutions » face à ce « drame affectif ». Il n’y va pas par quatre chemins : pour lui, « il y a un raté » des « autorités » sur ce dossier.

Il y a un raté. Si on en arrive à une situation aussi tordue, c’est que les autorités n’ont pas assuré quelque part… L’affaire traîne depuis quatre ou cinq mois sans que rien n’ait été fait, ni au niveau de la mairie, ni au niveau de la préfecture ! Cela m’étonne que le maire de quartier n’ait pas été au courant de cette affaire et cela m’interroge sur le lien avec la population.

François PiquemalÉlu d’opposition à Toulouse

Considérant que « la mairie aurait dû détecter le problème », l’élu d’opposition recycle à sa façon un slogan des dernières municipales du candidat Moudenc : « Cela n’a pas été une mairie qui protège ».

Pour « se financer une place en maison de retraite »

De leur côté, les élus de la majorité assurent avoir « mené des actions de médiation avec les occupants de cette maison » dès que la mairie a eu connaissance du dossier par la presse. « Les médiateurs de la mairie se sont rendus sur place à deux reprises, mais les occupants n’ont pas ouvert ». Enfin, ils assurent que « le propriétaire n’a pas demandé l’aide de la collectivité pour mener cette procédure » et qu’il « n’a pas fait part de demande d’hébergement temporaire ».

Il apparaît que Monsieur (…) vit à Albi et que son souhait de vendre son bien sur Toulouse est pour financer une place en maison de retraite aux côtés de son épouse.

Daniel Rougé et Émilion EsnaultAdjoints au maire de Toulouse

Les mésaventures de Roland ont entraîné de vives réactions, de la ministre du Logement Emmanuelle Wargon à l’ex-rugbyman du Stade Toulousain Grégory Lamboley, qui a lancé une cagnotte pour lui venir en aide.

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