Les images n’ont cessé de tourner sur les réseaux sociaux et sur les chaines télévisées. Lundi 15 avril, aux alentours de 18h50, un incendie ravageur s’est déclaré dans les combles de la cathédrale Notre-Dame de Paris, consumant la flèche, une partie de la toiture et de la charpente de l’édifice. Depuis, les donations affluent pour restaurer le bâtiment.

300 millions d’euros des familles Pinault et Arnault

La famille Pinault a annoncé, lundi 15 avril au soir, débloquer 100 millions d’euros via sa société d’investissement Artemis pour participer à la reconstruction de la cathédrale. “Cela nous a pris aux tripes avec mon père (François Pinault, NDLR). On a voulu réagir tout de suite, a déclaré François-Henri Pinault au micro de Nikos Aliagas, mardi 16 avril au matin sur Europe 1. C’est important qu’on soit unis autour de ce symbole. C’est notre patrimoine, notre culture qui est en jeu et aussi notre fierté nationale. Face à quelque chose comme ça, il faut être à la hauteur.”

La famille Pinault est propriétaire de la holding familiale et du groupe de luxe Kering. La société d’investissement Artemis en est le bras armé. François Pinault, qui a fondé le groupe en 1992, est à 82 ans la troisième fortune de France. Son fils, François-Henri Pinault, dirige le groupe depuis 2003.

La famille Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, s’est également mobilisée. Elle a décrété consacrer 200 millions d’euros à la cause de la cathédrale. “La famille Arnault et le groupe LVMH, solidaires de cette tragédie nationale, s’associent à la reconstruction de cette extraordinaire cathédrale, symbole de la France, de son patrimoine et de son unité”, affirme le groupe dans un communiqué.

Bernard Arnault, 70 ans, fondateur et propriétaire du groupe rassemblant Louis Vuitton, Christian Dior, les champagnes Ruinart et Mercier, ou encore le groupe Les Echos-Le Parisien, est la première fortune française selon le magazine Forbes.

L’Oreal, la famille Bétencourt-Meyers (troisième plus grande fortune de France) et la Fondation Bettencourt Schueller se joignent au mouvement et annoncent un don de 200 millions d’euros.

Les frères Martin et Olivier Bouygues se mobiliseront également “à titre personnel” avec un don de 10 millions d’euros.

Le bâtiment mis à contribution… mais pas seulement

De son côté, le groupe Vinci s’est dit prêt à “apporter une partie du financement dans le cadre de la souscription nationale.“. Pour le constructeur, cela consiste à “proposer à ses salariés de s’associer à l’effort collectif, d’assister les architectes des Monuments Historiques afin d’évaluer les efforts nécessaires, et de participer à la reconstruction si sa contribution est jugée utile par les décideurs publics,” indique-t-il dans un communiqué.

Total se joint à la mobilisation générale avec un don de 100 millions d’euros. La société est déjà le premier mécène de la Fondation du patrimoine, souligne Patrick Pouyanné dans un tweet.

Michelin a, lui, promis une donation via sa fondation. Le montant en sera décidé lors de la prochaine réunion du conseil d’administration du groupe. Air France fera voyager gratuitement “tous les acteurs officiels qui participeront à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris”. EDF offre ses services et sa R&D pour des taches de “calcul, d’auscultation des structures,de traitement d’images et la sécurisation des chantiers électriques”, par la voix de son PDG Jean-Bernard Lévy.

La société de services informatiques Capgemini annonce verser 1 million d’euros pour la reconstruction de l’édifice.

Plus largement, le Medef “appelle les entrepreneurs à se mobiliser pour contribuer à la reconstruction d’un des joyaux du patrimoine mondial à travers la collecte nationale de dons lancée par la Fondation du Patrimoine”. François Asselin de la Confédération des PME (CPME) en fait de même.

Du bois pour la charpente

D’autres industriels apportent leur pierre à la reconstruction de l’édifice. Ou, dans le cas présent, leur bois.Face au manque de bois identifié dans les ressources nationales publiques, “La filière française du bois va s’organiser pour fournir du chêne français, et va participer y compris financièrement à la reconstruction de la cathédrale” a précisé Michel Druilhe, président de l’interprofession France Bois Forêt qui réunit les forestiers privés, l’Office National des Forêts, les communes forestières, toutes les scieries et entreprises du bois, dans un communiqué.

Cet appel vient après les premières manifestations des acteurs de la filière. Sylvain Charlois, patron du groupe Charlois, premier exploitant de chêne en France, a proposé d’offrir de la matière première pour rénover la charpente détruite de Notre-Dame.
“Le chantier prendra sûrement des années, voire des dizaines d’années, mais il faudra des milliers de mètres cubes de bois. Il va falloir trouver des très belles pièces, des gros diamètres”, prévient l’exploitant forestier basé dans la Nièvre sur franceinfo. La première étape consistera à sourcer les chênes idoines.

Pour l’ambitieuse besogne, il faut “des chênes anciens, plantés au XIXe siècle”, de 150 à 200 ans et de 2 mètres à 2,50 mètres de diamètre, indique pour sa part Jean-Etienne Rime, le président de la fondation Fransylva, qui assure la promotion des forêts privées françaises. La fondation a appelé les 3,5 millions de propriétaires privés de forêts en France à donner un chêne pour reconstruction de Notre-Dame.

La Caisse des dépôts participera à l’effort et “offrira des chênes issus de ses forêts gérées par la société forestière nécessaires à la reconstruction de la charpente de la cathédrale”. L’assureur Groupama s’engage lui aussi à fournir “1300 chênes centenaires”.

Une mesure fiscale extraordinaire ?

Pour faciliter les donations, l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon a appelé à classer la cathédrale “trésor national”, ce qui permettrait aux donateurs de bénéficier d’une réduction d’impôt de 90% sur le montant du don. Pour l’instant, les donations génèrent un “reçu fiscal”, ce qui permet déjà une déduction d’impôt pouvant aller jusqu’à 66%.

La fondation du patrimoine, l’association américaine the Friends of Notre-Dame et de nombreuses cagnottes de particuliers ont été créées pour financer la reconstruction du site.