Thomas Pesquet est en route pour l’ISS : le Français repart pour 6 mois

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11h49. Tous les yeux sont braqués sur la Falcon 9 de SpaceX qui se dresse fièrement sur le pas de tir de Cap Canaveral en Floride. Si la météo capricieuse de ces derniers jours a retardé le vol de 24 heures, la date du 23 avril sera bel et bien la bonne pour Thomas Pesquet qui est, à l’heure où nous écrivons ces lignes, en orbite autour de la Terre.

En attendant que sa capsule Crew Dragon ne croise la route de l’ISS, sa nouvelle maison pour le reste de l’année. Si ce vol n’est pas une première historique pour SpaceX et la NASA, en France l’effervescence est totale, et le petit monde du spatial est bousculé dans sa routine depuis quelques jours. Et pour cause, à bord de cette Falcon 9, il y a Thomas Pesquet, l’astronaute français le plus populaire du moment.

« Il est le premier à avoir mis ce métier à la mode », nous confiait Jean-Baptiste Desbois, directeur de la Cité de l’Espace à Toulouse, quelques jours avant le décollage. Dans la ville rose, capitale du spatial français, tout le monde est ravi du succès populaire de « Thomas », comme on l’appelle simplement ici.

« Il a mis ce métier à la mode » 

Pour sa deuxième mission spatiale, le natif de Rouen marque l’histoire. Après six mois passés en 2016 à bombarder la toile et notamment Twitter de ses photos de la Terre, Thomas Pesquet va devenir le premier français commandant de bord de l’ISS. Ce sera le troisième Européen de l’histoire à avoir ce privilège. 

Mais avant tout cela, il faut décoller. Il faut traverser cette ténue atmosphère terrestre pour s’élever à 350 kilomètres au-dessus de nos têtes. Puis, une fois l’altitude stabilisée il faut croiser l’orbite de l’ISS et enclencher les systèmes d’amarrage. « Il faut alors mettre un fil dans le chas d’une aiguille… à l’aveugle » tente de schématiser un des ingénieurs du CNES, le Centre National des Études Spatiales.

Thomas Pesquet SpaceX

Thomas Pesquet, prêt pour le deuxième décollage de sa carrière, et le premier avec SpaceX © SpaceX

La peur de l’échec

En tout, le vol du normand va durer près de 24 heures. Mais tous craignent le décollage, moment critique de la mission. Les vols vers l’ISS sont habituellement réalisés par l’agence russe Roscosmos sur des fusées aussi anciennes que fiables que sont les Soyouz.

La fiabilité, c’était la grande crainte en ce vendredi matin. Car si la fusée de SpaceX qui amène Thomas Pesquet et ses trois confrères vers l’ISS n’a jamais rencontré le moindre problème, le spatial est une science expérimentale où les échecs sont monnaie courante.

Il faut bien comprendre que l’arrivée de SpaceX est une révolution dans un monde du spatial, qui n’évolue pas si vite que le grand public pourrait l’imaginer. « Tant que ça marche, on ne touche à rien » ce credo, c’est celui de l’industrie spatiale depuis la fin des années 60. Russes, Américains ou Européens, rares sont ceux qui ont osé amener des innovations au sein de fusée déjà fiables et peu coûteuses.

Ainsi le Soyouz dans lequel Thomas Pesquet a embarqué en 2016, et qui continue d’envoyer des Hommes dans l’ISS, n’a que peu changé par rapport à la fusée expérimentale utilisée par Youri Gagarine, premier Homme dans l’espace, il y a 60 ans.

Face à ce constat, SpaceX a pris le pari de tout changer, en entamant une révolution aussi spectaculaire que risquée. Plus globalement l’avènement du « New Space » a amené un vent de fraîcheur sur le monde du spatial, et si SpaceX n’en est pas le seul acteur, la firme en est tout du moins le symbole. 

SpaceX : le génie mal-aimé du spatial

Au sein de ce monde peu enclin aux changements, les idées révolutionnaires d’Elon Musk sont donc prises avec crainte, le mépris n’étant plus d’actualité — bien qu’il le fut longtemps — face à la multiplication des réussites de SpaceX.  Car ce vol de Thomas Pesquet, c’est aussi le vol de SpaceX. Un énième vol qui viendra enfoncer un peu plus dans l’inconscient collectif que développement accéléré ne rime pas forcément avec échec. 

Là où les agences spatiales n’ont jamais voulu (ou pu), allouer des fonds pour développer des fusées réutilisables, SpaceX a réussi son coup en moins d’une décennie. C’est cette prouesse technique qui inquiète les spécialistes du spatial autant qu’elle émerveille le grand public.

Ces ingénieurs savent bien que l’échec fait partie du jeu, et qu’un jour ou l’autre, une de ces missions échouera. Tant bien qu’à quelques instants du décollage, les visages se crispent au centre de contrôle de Houston, et tous redoutent que cette mission soit celle de l’échec. 

La libération des premiers instants

Ces quelques secondes de grande anxiété sont vite remplacées par des cris de joie et de soulagement, quand la Falcon 9 de SpaceX s’envole dans les airs. Tous les doutes envers la firme d’Elon Musk ne semblent jamais avoir existé.

Finalement, Thomas Pesquet est bien en route pour l’ISS. Prochaine étape critique, demain (samedi), quand il faudra que la capsule de SpaceX s’amarre au vaisseau mère, l’ISS. Là, le spationaute prendra ses quartiers pour les six prochains mois. Il mènera à bord de la station plusieurs missions scientifiques, allant de la biologie à la physique des fluides.

Enfin, dans la seconde partie de son voyage autour de notre planète Thomas Pesquet deviendra « le seul maître à bord » en étant le commandant de la station pour un mois. Il sera le principal relais entre la Terre et la base de commandement de Houston avec les astronautes de l’ISS.

Espérons qu’au cours de ce voyage à l’emploi du temps bien rempli, le normand trouve le temps de dégainer son appareil photo pour nous offrir de nouveaux clichés de la Terre vu du ciel, afin de tous, nous mettre des étoiles dans les yeux.

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