L’iPad Pro peut-il remplacer un ordinateur portable classique ? La question est posée depuis le lancement de la tablette professionnelle d’Apple en 2015. À l’époque, Tim Cook avait ouvert la voie à une convergence entre l’iPad et le Mac en clamant son ambition de voir l’iPad Pro éclipser les PC portables à l’avenir, avant de faire machine arrière en précisant qu’il souhaitait continuer à concevoir les meilleures tablettes et les meilleurs MacBook au monde.

Sur le papier, l’iPad Pro dispose de tous les atouts matériels pour se substituer à un PC portable. Il offre assez de puissance pour faire tourner les applications les plus exigeantes, un écran suffisamment grand pour jouer et visionner des vidéos, un stylet numérique dédié aux usages créatifs, des accords avec les éditeurs pour proposer les applications de bureautique les plus populaires et une portabilité sans équivalent chez les ordinateurs.

La question se pose aussi sur le plan tarifaire. Avec la mise à jour du MacBook et de l’iPad Pro de cet automne, l’iPad Pro est l’outil de productivité le plus accessible proposé par Apple. Le modèle 11 pouces est vendu à partir de 899 euros alors que le ticket d’entrée du MacBook Air débute désormais à 1.349 euros.

Commercialisée depuis le 7 novembre, la nouvelle version de l’iPad Pro hérite d’un design inédit, d’un processeur plus puissant et d’une connectique modifiée. Nous avons passé quelques jours avec la version 12,9 pouces, le modèle le plus haut de gamme, doté d’un téraoctet de stockage et d’une connexion cellulaire (2.119 euros) et accompagné d’un clavier (219 euros) et d’un stylet (135 euros), ce qui représente une facture de 2.473 euros sur la boutique en ligne d’Apple.

Des nouveautés inspirées de l’iPhone X

La nouvelle génération de la tablette premium d’Apple arbore un design inspiré de l’iPhone X avec des bordures réduites, des angles arrondis. Elle a aussi un format plus compact. L’écran géant LCD Liquid Retina (comme celui de l’iPhone Xr) occupe quasiment toute la surface avant et propose une définition de 2388 x 1668 pixels, soit une résolution de 264 ppi. Le confort de visionnage est total et l’immersion renforcée par la présence de quatre haut-parleurs. En main, la tablette est plus légère (630 g contre 677 g) et plus menue (5,9 mm d’épaisseur), ce qui facilite son utilisation.

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Comme sur les derniers iPhone, le bouton Home a disparu. À la place, l’iPad Pro utilise les mêmes gestes de navigation que les derniers smartphones d’Apple pour piloter l’interface. Un swipe vers le haut pour revenir à l’écran d’accueil, un swipe prolongé pour afficher les applications ouvertes, etc. La mécanique demande un petit temps d’adaptation pour les novices mais s’avère très intuitive à la longue et particulièrement efficace pour contrôler une interface multitâche sur un écran aussi grand.

La disparition du bouton d’accueil s’accompagne de celle du lecteur d’empreintes digitales Touch ID. Pour déverrouiller l’iPad Pro, Apple a intégré la caméra TrueDepth permettant de faire fonctionner Face ID. Contrairement à l’iPhone, le système peut s’utiliser à la verticale et à l’horizontale, peu importe l’orientation de la caméra. La caméra parvient à analyser le visage en toutes circonstances et se montre aussi rapide que sur l’iPhone. Il affiche aussi les mêmes limites face aux yeux mi-clos du matin et à certaines lunettes de soleil. Face ID permet aussi de régler des achats en ligne via Apple Pay.

La plus puissante des tablettes

Équipé d’une version améliorée du processeur Apple A12 Bionic du dernier iPhone, le nouvel iPad Pro a de la puissance à revendre. Selon Apple, il est plus puissant que 92% des ordinateurs portables vendus lors du dernier trimestre. La puce assure des performances très élevées en mode multitâche, pour le montage vidéo et pour la réalité augmentée. Sur les logiciels de retouche d’image, les exports sont aussi rapides que sur certains Mac. Les performances graphiques sont au diapason avec un taux de rafraîchissement allant jusqu’à 120 Hz qui offre des animations hyper fluides pour les jeux et les logiciels créatifs. 

Les créatifs, la cible professionnelle ciblée par Apple, peuvent s’équiper en option (135 euros) d’une nouvelle version de l’Apple Pencil. Ce stylet peut être utilisé pour prendre des notes directement sur l’écran verrouillé et dessiner sur la tablette. Il reconnaît différents degrés de pression et dispose de plusieurs capteurs détectant les gestes de l’utilisateur. Il est possible de configurer des actions rapides qui se lancent en tapotant deux fois dessus (passer d’un outil à un autre, gommer, afficher la palette de couleurs, etc.). Il dispose d’un nouveau système de recharge. Il suffit de le poser sur le bord supérieur aimanté de l’iPad pour faire le plein d’énergie en 45 minutes. Pratique pour le ranger lorsque la tablette est posée sur un bureau, un peu moins pour le transporter sans risquer de le perdre.

La deuxième génération de l'Apple Pencil (135 euros en option) est plus simple d'utilisationLa deuxième génération de l’Apple Pencil (135 euros en option) est plus simple d’utilisation Crédit : RTL Futur

Pour accompagner cette puissance de feu, Apple offre la possibilité de choisir jusqu’à 1 To de stockage interne. Mais l’iPad Pro coûte alors plus de 2.000 euros et pose la question de sa pertinence face à certains modèles du MacBook Pro vendus dans ces eaux-là. 

Apple a aussi modifié la connectique de sa tablette. À la place du port Lightning, on retrouve désormais une prise USB-C plus polyvalente. Elle permet d’utiliser les mêmes adaptateurs que sur un Mac, de transférer des fichiers depuis la carte mémoire d’un appareil photo avec des débits jusqu’à 10 Gbit/s, de connecter un écran 5K et de gérer un double écran 4K en montage vidéo sur un écran externe. Mais Apple ne permet pas de connecter un disque dur externe, ni de transférer directement des photos dans Lightroom. Comme les derniers iPhone, l’iPad Pro est dépourvu de prise Jack et aucun adaptateur n’est fourni à l’achat.

Réapprendre à utiliser un ordinateur portable

Si le matériel permet d’envisager l’iPad Pro comme une alternative à un ordinateur portable, le logiciel montre rapidement ses limites. L’iPad Pro est propulsé par iOS 12, un système d’exploitation pensé pour les usages mobiles de l’iPhone et l’iPad qui n’offre pas les mêmes possibilités qu’un véritable système d’exploitation pour ordinateur. Même avec son clavier intelligent, l’iPad Pro est un PC traditionnel assez compliqué à utiliser. Il faut réapprendre à effectuer la plupart des opérations classiques sans trackpad ni souris en jonglant entre l’écran tactile et le clavier. Et lors de la rédaction de cet article avec l’iPad Pro, certaines fonctions de notre outil de traitement de texte interne ne fonctionnaient tout simplement pas avec l’écran tactile.

Associé à un clavier, l'iPad Pro peut remplacer un PC portable mais il faut réapprendre à utiliser ses logiciels habituels avec un écran tactileAssocié à un clavier, l’iPad Pro peut remplacer un PC portable mais il faut réapprendre à utiliser ses logiciels habituels avec un écran tactile Crédit : RTL Futur

Le mode multitâche montre aussi ses limites. Il ne permet pas d’afficher plus de deux applications à la fois et toutes ne sont pas encore adaptées à une utilisation fenêtrée. Les navigateurs Internet affichent toujours les sites mobiles (alors que l(écran de quasiment 13 pouces autoriserait celui de la version Web) et les outils de traitement de texte restent plus faciles à utiliser sur un PC portable ou un Mac.

Au final, l’iPad Pro constitue encore une alternative partielle aux ordinateurs portables. Le contrat est largement rempli sur le plan de la puissance et de la mobilité. Aucune autre tablette ne peut rivaliser avec lui. Il peut sans problème remplacer un écran de télévision pour visionner des films et une console de jeu portable. Sa simplicité d’utilisation et son stylet Apple Pencil en font un produit unique à destination des graphistes et des illustrateurs

Pas encore l’égal d’un PC portable

Mais il souffre toujours des barrières inhérentes à iOS. Si vous souhaitez en faire votre hub multimédia et un instrument de productivité efficace, il faudra faire des concessions et apprendre à réutiliser vos logiciels favoris avec un écran tactile et sans souris. Apple devra faire sauter les limitations qu’il a lui-même imposé à iOS pour que l’iPad soit considéré comme une alternative réelle au Mac et non pas comme un très grand iPhone. 

Cela sera peut-être le cas avec iOS 13, la marque à la pomme ayant choisi de repousser la plupart des nouveautés d’iOS 12 pour proposer une version plus stable cette année. Il faut aussi prendre en considération le prix des équipements proposés en option. Pour le prix de l’iPad Pro 12,9 pouces avec stylet et clavier, il est possible d’acheter le dernier MacBook Pro 13 pouces avec Touch Bar.

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