Terrorisme et renseignement : une nouvelle saison décevante

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Terrorisme et renseignement : une nouvelle saison décevante

Le duo terrorisme et renseignement a été renouvelé pour une quatrième saison. Alors que le public attendait certaines clefs de compréhension sur les personnages principaux, les premiers épisodes se sont avérés plats et sans saveur.

Un casting attendu

Il n’y a pas de projet de loi sur le terrorisme et le renseignement sans ministre de l’Intérieur et Garde des Sceaux. Si le locataire de la place Vendôme a changé depuis la dernière saison, quand on connaît la fougue habituelle d’Éric Dupond-Moretti, on le trouve beaucoup trop calme. Visiblement mal à l’aise dans son rôle, il est peut-être une erreur de casting de la part des scénaristes. Surnommé l’ogre de la justice, il fait pâle figure à côté de Gérald Darmanin. Ce dernier a multiplié les coups de menton et les attitudes bravaches envers l’opposition.

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Cette dernière n’a pas manqué de répondre. Le scénario est cousu de fil blanc. À ma gauche, Ugo Bernalicis qui déclame son texte, avec fougue et parfois excès dans son interprétation et à ma droite, Éric Ciotti et Meyer Habib qui déplorent la légèreté des mesures contenues dans le texte. À force d’être enfermés dans leurs personnages, on en vient à se demander s’ils seront capables d’en sortir et d’incarner autre chose.

Enfin, au milieu — si on peut résumer les choses ainsi — la majorité et les autres oppositions, qui essaient d’exister dans ce casting. Les acteurs ne sont pas renouvelés et n’arrivent pas à sortir des saisons précédentes et des spins off tels que le projet de loi séparatisme ou la proposition de loi sur la sécurité globale.

Une intrigue plate

Dans la dernière saison sur le projet de loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme, il était question d’une expérimentation technique. Les scénaristes avaient planché sur l’idée d’intercepter les communications et plus spécifiquement, les liens « suspects » que de potentiels terroristes auraient consultés, afin de les appréhender avant la commission des actes.

Sur le papier, le scénario vendait du rêve et on était impatient de voir le résultat final. Malheureusement, le budget effets spéciaux n’a pas été communiqué. Les producteurs ont bien envoyé des notes aux différentes rédactions que sont l’Assemblée nationale et le Sénat pour expliquer que les dispositifs fonctionnaient, mais le spectateur est obligé de l’imaginer. À l’heure où les modestes maisons de production de film-catastrophe alignent les zéros sur les chèques, avouons que ce parti pris minimaliste de la réalisation n’est pas en adéquation avec les ambitions de la production.

Alors que la saison est à peine enclenchée, que son coût global n’a pas été estimé et que les recettes sont tenues secrètes, les créateurs de la série font des pieds et des mains pour qu’elle soit renouvelée. Il est vrai qu’ils peuvent compter sur le soutien de Guillaume Larrivé qui n’a pas hésité à critiquer la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne et en appelle aux vrais « patriotes et républicains ». Avec des porte-paroles de ce genre, on est rassuré quant à la popularité de la série.

Mauvaise adaptation

Certaines adaptations sont réussies. Parmi elles, citons la version américaine de Shameless, qui égale son cousin britannique. Ici, le projet de loi entend faire ce que Facebook et Google font. Les scénaristes ne s’en sont pas cachés. Ainsi, le ministre de l’Intérieur, lors du premier épisode, a clairement énoncé « comment refuser à la DGSI ce que nous acceptons de Facebook ou de Google ? » Il a été soutenu par Guillaume Larrivé et Blandine Brocard « Ce que nous acceptons de Google, pourquoi ne pas l’accepter de la part de nos services de renseignements ? ».

La production n’a pas les moyens de ses veillées. Au-delà du fait que Google et Facebook sont des succès populaires, il n’y a pas d’obligation de les consulter. Par ailleurs, les moyens déployés par ces deux entreprises, à des fins publicitaires, sont sans commune mesure avec ceux des services de renseignement français.

On comprend que l’ambition est d’égaler le programme PRISM de la NSA, mais comme l’a superbement démontré le Snowden d’Oliver Stone, cela demande des moyens humains et financiers, qui ne garantissent pas qu’il n’y ait pas de fuite.

Même joueur joue encore

Le lecteur aura compris que le parti pris de cette chronique était de singer l’examen du projet de loi terrorisme et renseignement comme s’il s’agissait d’une série Netflix (ou Prime). En quatre ans de mandat, c’est le quatrième texte portant sur le terrorisme. Si on pouvait pardonner certaines errances en début de mandat, ce n’est plus le cas.

On a suffisamment dit qu’il y avait une littérature intéressante, abondante et de qualité sur le terrorisme, la radicalisation, le séparatisme ainsi que sur les sujets connexes à ces thématiques. Malgré cela, on continue d’aligner les poncifs, notamment le fameux « le numérique va nous sauver et arrêter tous les méchants terroristes avant qu’ils ne passent à l’acte ». On est également prié de croire sur parole les services quand ils disent que la surveillance électronique est efficace. Néanmoins, on ne peut qu’être interloqué : alors que la moindre mesure sociale est estimée au centime près, il n’y a aucun député pour demander ce que l’expérimentation de la loi SILT a coûté en argent et quels ont été les résultats. Aucun algorithme ne prévient le terrorisme. Aussi choquant que cela puisse paraître, ce n’est pas parce qu’on regarde des contenus tendancieux sur YouTube qu’on passe à l’acte. Accessoirement, il ne faut pas être très au courant des pratiques de communication des groupes terroristes — qu’ils soient islamistes, d’extrême-droite ou d’extrême gauche — pour croire que YouTube est encore leur canal de communication vidéo favori.

On n’ira pas jusqu’à dire que les services en charge de la lutte contre le terrorisme n’ont aucun résultat. Ce serait faux, mensonger et injurieux. Mais ajouter des textes, sans apporter des moyens humains et financiers n’a aucun sens. Par ailleurs, il ne suffit pas de renforcer les services dédiés au seul terrorisme, mais bien l’ensemble de la chaîne judiciaire. La clochardisation de la justice ne participe pas au renforcement de la lutte contre le terrorisme.

Ainsi, à défaut de prendre au sérieux cette énième gesticulation, autant en rire.   

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