Tensions États-Unis – Iran : chronologie d’une escalade – Le Figaro

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Les Iraniens avaient promis de venger la mort du général Qassem Soleimani, tué par une frappe de drone ciblée ordonnée par le président des États-Unis, Donald Trump, le 3 janvier dernier. La «vengeance» ne s’est pas fait attendre. Ce 8 janvier, une douzaine de missiles iraniens se sont abattus sur deux bases américaines en Irak, et menacé de frapper Israël et les alliés des États-Unis dans la région.

Cette flambée des tensions depuis début janvier s’inscrit en réalité dans le contexte d’une longue escalade diplomatique entre les deux pays. Déjà irréconciliables depuis la sortie de Washington en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien, les relations irano-américaines se sont encore dégradées depuis que l’administration de Donald Trump a inscrit les Gardiens de la Révolution sur sa liste des «organisations terroristes» en avril 2019 et renforcé ses sanctions contre Téhéran en mai.

Avril 2019 : les Gardiens de la Révolution placés par Washington sur la liste des «organisations terroristes»

Le 8 avril 2019, Washington place les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime iranien, sur sa liste noire des «organisations terroristes étrangères». La force al-Qods, unité d’élite chargée des opérations extérieures des Gardiens – dont le général Soleimani est le commandant -, est également mentionnée sur la liste.

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Mai 2019 : nouvelles sanctions américaines contre l’Iran

Le 8 mai, l’Iran décide de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi, revenant sur des restrictions consenties par l’accord international de 2015 visant à l’imiter son programme nucléaire. Quelques jours auparavant, Washington a annoncé l’envoi de bombardiers B-52 dans le Golfe, pour contrer de présumées «attaques imminentes» de l’Iran contre les forces américaines.

En réaction à l’annonce de Téhéran, le président américain Donald Trump impose de nouvelles sanctions contre les secteurs iraniens du fer, de l’acier, de l’aluminium et du cuivre. D’autres sanctions seront prises les mois suivants.

Juin-juillet 2019 : des drones abattus

L’escalade se poursuit entre Washington et Téhéran tandis que des sabotages et attaques de navires dans le Golfe sont imputées à l’Iran, qui dément.

Le 20 juin, les Gardiens de la Révolution annoncent avoir abattu un «drone espion américain» qui avait «violé l’espace aérien iranien». Mais le Pentagone assure qu’il se situait dans «l’espace aérien international». Le lendemain, Donald Trump affirme avoir annulé à la dernière minute des frappes contre l’Iran pour éviter un lourd bilan humain.

Le 18 juillet, Trump affirme cette fois qu’un navire américain a détruit au-dessus du détroit d’Ormuz – entre le golfe Persique et le golfe d’Oman – un drone iranien qui s’approchait dangereusement d’un navire américain. Des allégations «sans fondement», selon Téhéran.

Septembre 2019 : nouvelle étape dans le désengagement iranien de l’accord sur le nucléaire et attaques en Arabie saoudite

Septembre est le mois de toutes les tensions. Le 7 septembre, Téhéran annonce avoir mis en route des centrifugeuses avancées devant augmenter son stock d’uranium enrichi, une nouvelle étape de son désengagement de l’accord sur le nucléaire de 2015. Depuis mai, l’Iran a augmenté ses stocks d’uranium enrichi au-delà de la limite fixée par l’accord, et enrichit ce minerai à un niveau supérieur au plafond autorisé. Le 26 septembre, l’Iran lance le processus d’enrichissement d’uranium dans ses centrifugeuses avancées.

Le 14 septembre, des attaques contre des infrastructures pétrolières majeures en Arabie saoudite sont revendiquées par les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l’Iran. Téhéran, qui dément, est accusé par Washington mais aussi par Ryad, Berlin, Londres et Paris d’être à l’origine les attaques. Le 20 septembre, Donald Trump annonce des sanctions contre la Banque centrale iranienne pour «financement du terrorisme», présentées comme «les plus sévères jamais imposées à un pays».

Novembre-décembre 2019 : l’Iran intensifie son enrichissement d’uranium

La République islamique d’Iran choisit la date symbolique du 4 novembre 2019, 40e anniversaire de la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran, pour annoncer qu’elle produit désormais cinq kilos d’uranium faiblement enrichi par jour, plus de dix fois plus que début septembre.

Le 7 novembre, l’Iran reprend ses activités d’enrichissement d’uranium à l’usine souterraine de Fordo, alors que l’accord de Vienne de 2015 interdit à Téhéran de mener des activités d’enrichissement dans cette usine. C’est la quatrième phase du plan de réduction des engagements iraniens.

Le 5 décembre, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France affirment que l’Iran développe des «missiles balistiques à capacité nucléaire», violant une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, dans une lettre commune au secrétariat général de l’ONU.

Décembre 2019 : troubles en Irak, un sous-traitant américain tué

Depuis fin octobre, des salves de roquettes se sont abattues à plusieurs reprises sur des secteurs où sont basés des soldats et des diplomates américains. Ces tirs n’ont pas été revendiqués, mais les États-Unis accusent les factions pro-Iran en Irak. Le 27 décembre, un sous-traitant américain est tué dans une attaque à la roquette contre une base militaire de la ville de Kirkouk. Washington accuse de nouveau les factions irakiennes soutenues par l’Iran.

Le 29 décembre, au moins 25 combattants pro-Iran sont tués près d’al-Qaïm, à la frontière irako-syrienne, dans des raids de représailles américains. Le 31, des milliers d’Irakiens, partisans de paramilitaires pro-iraniens, prennent d’assaut l’ambassade des États-Unis à Bagdad pour protester contre les raids américains. Donald Trump menace de faire payer le «prix fort» à Téhéran.

3 janvier 2020 : mort du général iranien Qassem Soleimani

Le 3 janvier 2020, le puissant général iranien Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak et dirigeant de la force al-Qods, est tué dans un raid américain à Bagdad. La frappe a été ordonnée par Trump lui même.

Téhéran promet une «riposte militaire», une «dure vengeance» qui frappera «au bon endroit et au bon moment». Le 4 janvier, alors que Donald Trump menace désormais de viser 52 cibles iraniennes, son homologue iranien Hassan Rohani le somme de ne «jamais menacer la nation iranienne».

8 janvier : l’Iran frappe des bases américaines en Irak

En riposte à l’assassinat du général Soleimani, l’Iran tire des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak.

Au total, en l’espace d’une demi-heure, 22 missiles se sont abattus sur deux bases irakiennes, Aïn al-Assad (ouest) et Erbil (nord), où sont installés des soldats étrangers – en majorité des Américains -, a annoncé l’armée irakienne, à l’heure exacte où un tir de drone américain tuait le général à Bagdad cinq jours plus tôt. La télévision publique irannienne fait état de 80 morts. Une information qui n’a pas été confirmée côté irakien ni côté américain.

Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, affirme que son pays a «terminé» dans la nuit des représailles «proportionnées» et assure que l’Iran ne cherche «pas l’escalade ou la guerre».

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