Très marqué par les événements des dernières 48 heures, Mady Cissé, le père d’Oumar, cet adolescent de 16 ans grièvement blessé par un tir de Flash-Ball mercredi devant le lycée Jacques-Monod, à Saint-Jean-de-Braye, a accepté de répondre à nos questions. Il évoque l’état de santé de son fils et demande, sans esprit de revanche, à la justice de lui apporter des réponses.

Comment va Oumar ?

“Son état est stable. Il n’y a pas de complications, comme on pouvait le craindre. Mais il y a toujours un risque infectieux. Son état est sérieux et il devrait rester encore six ou sept jours en unité de surveillance continue à l’hôpital. Il souffre de plusieurs fractures et d’un enfoncement de l’os du front liés à l’impact du Flash-Ball. Il devra subir une opération dans quelques jours. Contrairement à ce qui a pu être dit, il n’a jamais été dans le coma. Il est en mesure de parler mais il est très fatigué, il a très mal à la tête et ne dort pas très bien. Il réagit quand on lui parle mais on évite de trop le solliciter.”

Que savez-vous de ce qui s’est passé mercredi matin ?

“Je n’ai pas pu encore en parler avec mon fils. D’après les éléments que j’ai pu rassembler, mon fils ne faisait pas partie de ceux qui jetaient des cailloux sur la police. Il était plutôt observateur. Il a été pris dans un mouvement de foule, il courait comme tout le monde quand il a été touché à la tête par le Flash-Ball. Sincèrement, c’est un garçon charmant, qui ne pose pas de problème, comme l’ont déjà dit ses camarades dans la presse.”

Une enquête a été ouverte. Qu’en attendez-vous ?

“J’aimerais comprendre pourquoi des policiers ont utilisé ce genre d’arme contre des gamins. Pour viser la tête, il doit y avoir un protocole, une menace directe ? Pourquoi une telle violence ? Il est important que cette affaire soit tirée au clair. J’ai déjà rencontré un avocat et nous avons l’intention de déposer plainte.”

Comment vivez-vous cette situation ?

En tant que papa, je suis ravagé par tout ça. Je vis très mal de voir mon fils souffrir. On ne dort pas depuis deux jours. Avec ma femme, nous avons mis nos activités en stand-by, il y a beaucoup de démarches à faire. Il faut aussi expliquer et rassurer le frère et la sœur d’Oumar qui vivent sans lui à la maison. Parfois, il y a des pleurs…”

Le climat s’est apaisé autour des lycées orléanais depuis 48 heures. Craignez-vous de nouvelles violences ? 

“Je sais que certains jeunes du quartier peuvent être tentés de vouloir se venger. Moi, j’appelle au calme, je ne veux pas de violence. Je ne veux pas d’autres affrontements, je ne veux pas qu’il y ait un deuxième Oumar. Je sais aussi que certains voulaient organiser une marche pour mon fils. Je ne m’associe pas non plus à cela. Le contexte reste tendu, je ne voudrais pas qu’il y ait de débordements. Nous sommes dans un pays de droit. Maintenant, il faut laisser la justice faire son travail.”

A. C.