Télémédecine : Covidom, un système au carrefour entre l’humain et la data science

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Télémédecine : Covidom, un système au carrefour entre l'humain et la data science

Le 2 mars dernier, il n’y avait rien. L’aventure Covidom, lancée quelques jours plus tard par l’AP-HP et son partenaire technologique Nouveal, était destinée à l’origine à couvrir le territoire francilien au plus fort de la crise sanitaire. La plateforme s’est depuis exportée vers d’autres régions, recensant pas moins de 186 000 suivis au niveau national, et regroupant dans ses rangs 216 établissements de santé et près de 22 000 professionnels.

Cette solution de télésuivi à domicile pour les patients porteurs ou suspectés Covid-19 est « sans précédent », déclare Michaël Ponderant de Nouveal à ZDNet. « Avec autant d’acteurs autour de la table, certains parlent d’une première mondiale.» Sans tomber dans les écueils du « millefeuille décisionnel », la nouveauté du projet Covidom est « d’être parvenu à mélanger les compétences en télémédecine » affirme Patrick Jourdain, professeur de cardiologie et directeur médical de la plateforme Covidom. « Covidom est un élément de soudure transitoire, qui mêle la technique à l’humain, l’intelligence et la data science au bon sens éthique. »

Destinée au départ à désengorger les hôpitaux, la plateforme demande le consentement du patient, qui devient pleinement responsable de sa santé. C’est à lui de remplir chaque jour un questionnaire de suivi médical, envoyé via la plateforme au corps médical et à partir duquel des alertes peuvent être émises automatiquement. L’équipe soignante prend ensuite contact directement avec le patient pour adapter le suivi et la prise en charge.

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Révolution médicale ?

Cette prise en main, inhabituelle, peut être facteur d’incompréhension. Certains patients ont constaté des difficultés à utiliser l’outil, assaillis par des documents à lire avant de pouvoir enfin se servir de l’application et regrettent aussi l’impossibilité de contacter rapidement un médecin référant. Interrogés sur ces retours d’expérience, les responsables du projet insistent au contraire sur la fluidité de l’outil technique mis à disposition du patient, où ce dernier doit apprendre à prendre lui-même ses mesures. Une étude menée par l’AP-HP en juin dernier auprès d’un échantillon de 9 000 personnes rend compte d’un système globalement bien accepté. Environ 92% des utilisateurs interrogées se disent satisfaits de leur prise en charge, et 86% ont fait part d’un stress diminué, rapporte Patrick Jourdain.

Le responsable médical du dispositif Covidom rappelle qu’« habituellement environ 30 à 40% des patients n’adhèrent pas au principe de télémédecine ». Un delta qui révèle les progrès du numérique dans la santé au temps de la Covid-19. Pour Michaël Ponderant, cela ne fait aucun doute qu’il y aura un avant et un après crise. « La Covid-19 a généré un élan sur le numérique en santé. La crise a permis de rassurer sur le rôle du digital dans la santé. Les professionnels ont vu la valeur ajoutée du digital pour partager des informations utiles à plusieurs acteurs engagés autour de la santé du patient » évoque-t-il. Patrick Jourdain parle quant à lui d’une « révolution » au service d’une « médecine 3.0 ».

Cette révolution est à nuancer dans le cas des objets connectés. A ce titre, Patrick Jourdain distingue très nettement la télémédecine de l’e-santé, soulignant qu’en France, les dispositifs médicaux intelligents ne sont toujours pas intégrés au système de soin, puisqu’ils ne peuvent pas être prescrits par un médecin (mais simplement recommandés).

Gestion de la data

Pour déployer Covidom, les porteurs de projet insistent toutefois sur l’enjeu autour de la gestion des données. L’éditeur Nouveal travaille avec l’Inria pour mettre sur pied une « collecte active des données » au niveau de l’outil, précise Michaël Ponderant. La société fait aussi appel à un prestataire hébergeur de données santé certifié, le MiPih, dont les deux datacenters sont basés à Amiens et Toulouse.

Nouveal s’est beaucoup concentré sur la mise à l’échelle de son produit, d’autant plus que Covidom s’est enrichi au fil des mois de deux fonctionnalités Covi-Contact et de Covisan, qui s’adressent respectivement aux cas contact et aux publics isolés. “La scalabilité et la robustesse de la solution ont été mises à l’épreuve » affirme Michaël Ponderant, qui témoigne d’un pic de charge allant jusqu’à 40 000 connexions par jour au plus fort de la crise sanitaire. « Début avril, on comptait 35 000 questionnaires remplis par jour. Cela revient à prendre en charge jusqu’à 9 000 alertes par jour. Au plus fort de la crise, il fallait avoir les capacités de digérer de gros pics de charge sur des moments concentrés. Ce défi est énorme pour une société comme la notre car on ne pouvait pas se permettre des interruptions de service » déclare-t-il.

Le projet Covidom ne compte pas s’arrêter là. « L’équipe réfléchit à la suite à donner à l’opération, pour le suivi de certaines maladies chroniques par exemple. Nous menons plus largement une réflexion avec l’URPS autour du futur de la télémédecine » avance Patrick Jourdain.

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