Svetlana Tsikhanovskaïa : « En Biélorussie, la peur a changé de camp » – Le Monde

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La figure de l’opposition biélorusse Svetlana Tsikhanovskaïa, lors d’un entretien avec l’AFP, à Vilnius, en Lituanie, le 22 août.

Après dix jours de silence dus officiellement à une quarantaine, Svetlana Tsikhanovskaïa rattrape le temps perdu. Spontanée et d’abord timide, à 37 ans, la candidate surprise à la présidentielle biélorusse du 9 août prend de jour en jour de l’assurance, dévoilant une volonté de fer. Vendredi 21 août, elle donnait sa première conférence de presse depuis Vilnius, en Lituanie, où elle est réfugiée avec ses deux enfants. Celle qui est désormais l’opposante numéro un au régime du président biélorusse Alexandre Loukachenko a rencontré lundi 24 août le secrétaire d’Etat adjoint américain, Stephen Biegun, qui s’est dit « impressionné », et s’est adressée mardi au Parlement européen par vidéoconférence.

Dans un entretien au Monde le 25 août, elle dit continuer à miser sur les manifestations pacifiques et les grèves pour faire plier celui qui est décrit comme « le dernier dictateur en Europe », au pouvoir depuis vingt-six ans et réélu frauduleusement. Svetlana Tsikhanovskaïa dévoile aussi les contours du conseil de coordination de l’opposition, dont plusieurs membres sont emprisonnés ou menacés d’arrestation.

Quand vous quittez votre pays le 11 août, le faites-vous de votre propre chef pour des raisons de sécurité, ou êtes-vous expulsée par le régime ?

C’était ma décision personnelle de rejoindre mes enfants ici, en Lituanie.

Avez-vous hésité à reprendre vos activités politiques en raison des menaces pesant sur votre mari, emprisonné en Biélorussie ?

La campagne électorale a été difficile : tous les soirs, je devais décider si je continuais ou pas. La question s’est évidemment posée à nouveau après mon départ. J’ai un peu hésité, mais je n’avais pas le droit d’arrêter ce que nous avons entrepris.

Aujourd’hui en exil, vous sentez-vous plus libre de mener votre combat ou, au contraire, coupée du terrain ?

D’ici, je peux faire plus pour mon pays. Il était devenu difficile d’agir, de parler, de circuler librement pour moi en Biélorussie. Il fallait tout le temps se cacher. Ici, je suis en sécurité, je peux contacter qui je veux, je suis plus utile.

Vous estimez que les élections du 9 août ont été frauduleuses et les résultats truqués. Vous considérez-vous comme la présidente élue ?

Nous savons tous que les résultats officiels [80 % en faveur d’Alexandre Loukachenko] sont mensongers et que la majorité des électeurs ont voté pour moi. Mais la question n’est pas de savoir qui est président aujourd’hui, cela n’a aucune importance. L’important, c’est que les Biélorusses ne peuvent plus avoir confiance en Loukachenko, ils ne veulent plus de lui, c’est tout. Il n’a plus de légitimité. Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain mais petit à petit, ce qui se passe est une révolution des consciences.

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