Strasbourg: un homme arrêté après avoir écrit «Interdit aux Juifs» – Le Figaro

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Strasbourg

« Je suis juste un graphiste, amoureux de ma ville. Pourtant, on me rappellera toujours que je suis juif… » Ce Strasbourgeois de 26 ans, qui travaille comme designer, graphiste et illustrateur, a vécu mercredi les trois heures les plus longues de sa vie. Pendant qu’il peignait une borne EDF, répondant à une commande publique, il a été « approché de près, intimidé, humilié » par un trentenaire à qui son tee-shirt déplaisait. C’était « un vieux tee-shirt (qu’il) pouvait salir », qui portait des références à différents groupes qui avaient participé à un camp scout, dont l’un, venu d’Israël, « écrit en tout petit ». Si son agresseur ne l’a pas touché, il lui a donné des ordres auxquels le jeune Strasbourgeois – qui tient à son anonymat – s’est « soumis ». « J’ai pensé qu’il fallait que je m’en sorte et que je reste en vie », nous a-t-il expliqué.

L’histoire aurait pu se passer dans l’Allemagne des années 1930. Sauf qu’elle s’est déroulée à Strasbourg, rue Léon-Blum, près d’une cité sensible édifiée autour de 1900 comme « pendant social » aux immeubles plus cossus de la Neustadt. Un quartier à « l’ambiance dégradée » que la romancière allemande Barbara Honigmann, installée depuis trente ans à côté de la cité Spach, qui lui a consacré l’ouvrage Chronique de ma rue (Éditions Hanser), a vu évoluer. Pourtant, un atelier d’artistes a ouvert en 2011 et l’ancienne municipalité avait entrepris des actions pour « réinvestir le quartier », qui cumule pauvreté et trafic de drogue.

« Je suis venu dans cette cité pour l’embellir », explique d’ailleurs le graphiste, encore passablement secoué par sa rencontre avec « le leader de la cité », mercredi après-midi. Le temps d’installer son matériel, un individu l’interpelle. « Tu fais quoi ? Tu es juif ? », lui lance-t-il, en « murmurant des insultes contre les Juifs et Israël dans sa barbe ». Rejoint par un copain, l’homme aux lunettes de soleil se fait plus menaçant : « Tu ne viens pas dans mon quartier. Tu changes de tee-shirt et tu dégages. » Le jeune homme repart chez lui, change de tee-shirt, puis revient terminer son travail.

Placé en garde à vue

Son harceleur l’attend. « Je m’excuse faussement, lui dis que je travaille pour une association qui intervient dans le quartier », raconte-t-il. L’autre réitère sa menace : « On t’avait dit que c’est interdit aux Juifs. » Puis lui enjoint d’inscrire « Interdit » sur un morceau de carton, avant d’ajouter en lui empruntant sa bombe de peinture « aux juif et salope ». « Tu peux croire au Christ et au Prophète, mais pas aux Juifs », le menace-t-il. L’artiste, pendant ce temps, se concentre sur sa borne, « la boule au ventre ». Lorsque les deux hommes partent, il avertit le chef de projet de l’Eurométropole que son travail n’est pas achevé. C’est ce dernier qui prendra les photos du carton laissé sur place. Menacé verbalement par plusieurs individus, il portera plainte. Le jeune graphiste attendra le lendemain pour porter plainte pour « injures raciales et menaces ». L’individu, qui habite un logement social de cette cité, a été interpellé ce vendredi et placé en garde à vue.

Le grand rabbin de Strasbourg, Harold Weill, qui connaît le jeune artiste, se dit « affligé ». « C’est un ambassadeur de la paix, un artiste attaché à ses valeurs et à sa cité », témoigne-t-il, en déplorant que « d’aucuns s’approprient des territoires de la République ». « Il y a eu une réaction rapide des autorités, y compris de la préfète », se félicite Me Raphaël Nisand, l’avocat du jeune homme, en relevant « la diabolisation d’Israël et trop souvent des Juifs ». « On peut avoir des désaccords politiques avec l’État d’Israël, mais cela ne doit pas gêner le vivre-ensemble », rappelle l’ancien élu PS. « On ne peut pas se permettre de banaliser cette affaire », renchérit Maurice Dahan, président du consistoire israélite du Bas-Rhin, en observant que « certaines synagogues – comme à l’Esplanade – se vident, les fidèles préférant se rapprocher de la grande synagogue ». Pourtant, chaque année, une cinquantaine de familles viennent de Paris ou de Marseille pour s’installer à Strasbourg…

« C’est extrêmement préoccupant au regard de notre histoire. Il ne faut jamais s’habituer, jamais accepter », commente Alain Fontanel, ancien premier adjoint de Strasbourg, aujourd’hui dans l’opposition, en appelant « la nouvelle maire écologiste, Jeanne Barseghian, à réagir fermement lors du prochain conseil municipal, lundi ».

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