Sous pression, Véran annonce que la campagne vaccinale «va bientôt prendre de l’ampleur» – Libération

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Débuts balbutiants, critiques crescendo, et esquisse d’aggiornamento. Cinq jours après les premières piqûres en France, la campagne de vaccination contre le Covid-19 est attaquée par les oppositions et – plus grave – par certaines autorités scientifiques, pour qui les lenteurs de cette première semaine ne laissent rien augurer de bon. Censées inspirer la confiance à des Français particulièrement rétifs à la vaccination, les nombreuses précautions requises par le gouvernement sont de plus en plus critiquées. Après avoir défendu sa stratégie depuis lundi, le gouvernement a annoncé ce jeudi soir, peu avant les vœux présidentiels, quelques ajustements, par le biais d’une série de messages postés par Olivier Véran sur Twitter, et concernant notamment la vaccination des soignants.

«Soyez rassurés. La campagne vaccinale va bientôt prendre de l’ampleur», écrit le ministre de la Santé, annonçant «accélérer la protection des publics prioritaires : dès lundi, les soignants de 50 ans et plus qui le souhaitent pourront se faire vacciner dans les centres disposant déjà de vaccins». De plus, ajoute-t-il «avant début février, de premiers centres de vaccination ouvriront en ville, pour commencer à vacciner les personnes âgées de 75 ans et plus, puis les 65 ans et plus».

C’est que par rapport à ses voisins européens, la campagne française accuse un retard à l’allumage certain. Selon le site CovidTracker qui a lancé un outil permettant de suivre la proportion de Français vaccinés, 332 personnes avaient reçu la première dose du vaccin (il en faut deux à plusieurs jours d’écart) en France mercredi. Au Royaume-Uni, 138 000 personnes ont reçu le vaccin durant la première semaine de la campagne, écrivait The Guardian le 16 décembre. Et en Allemagne, où les premières doses ont été injectées dimanche comme en France, ce sont 80 000 personnes qui ont reçu la première dose du vaccin en cinq jours, selon les dernières données de l’institut Robert-Koch. De nombreux Allemands se sont rendus dans les «vaccinodrômes», ces grands gymnases spécialement aménagés où il ne faut que quelques minutes pour injecter une dose à chaque volontaire autorisé à s’y rendre.

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En France, le recueil du consentement dans les Ephad où les premières doses du vaccin sont livrées auprès des publics prioritaires et vulnérables, requiert parfois «plus d’une demi-heure d’échange», explique à l’AFP Bénédicte Simovic, du pôle gérontologie du CHU de Lille, une des villes pilotes de la campagne de vaccination. Après l’injection, le patient reste ensuite quinze minutes en observation.

Un premier bilan «difficile à défendre»

Pour l’Académie nationale de médecine, ces premiers jours de vaccination démontrent l’inefficacité de cette stratégie. L’institution, qui conseille le gouvernement, regrette une «extrême prudence» et dénonce des «autorités sanitaires qui écartent la possibilité de simplifier ces procédures pendant la phase préliminaire» provoquant un «démarrage très lent du programme». Dans un communiqué diffusé ce jeudi, l’Académie estime que ce premier bilan est donc «difficile à défendre». Elle déplore des «précautions excessives qui risquent a contrario de susciter une incompréhension croissante», le message de la prudence étant plutôt perçu comme un manque de détermination de la part de l’exécutif, qui se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique après celles des masques puis des tests au fil de la pandémie mondiale qui est entrée dans sa deuxième année.

«Je comprends très bien qu’il y ait une forme de prudence. Mais aux Etats-Unis, on a démontré que plus on vaccinait et plus on finissait par convaincre les hésitants, a insisté le président de l’Académie, Jean-François Mattéi, sur France Info. Notre prudence pourrait faire croire qu’on n’est pas tout à fait sûr de ce que l’on fait». Il réclame notamment le retrait de délai de rétractation fixé à quatre jours entre la décision de vacciner et la piqûre effective. C’est une démarche qui «complique un peu les choses», reconnaît aussi le président de la commission médicale de l’AP-HP, Rémi Salomon, qui reste cependant «confiant» : «Il y a un vrai enjeu à ce que, dans les jours qui viennent, un nombre important de Français puisse avoir accès à cette vaccination.» Après les Ehpad, le champ des personnes éligibles au vaccin va s’élargir, rappelle Salomon, qui craint plutôt une pénurie de doses plutôt qu’un surplus.

Sur Twitter, l’épidémiologiste Antoine Flahault n’hésite pas à employer le mot de «fiasco» si rien ne change dans la stratégie gouvernementale. «Les jeunes, les restaurateurs, tous ceux qui souffrent aujourd’hui des conséquences de la crise sanitaire ne pourront accepter que les personnes âgées ne se vaccinent pas, explique le professeur à l’université de Genève. Il faudrait aller vite, vite, vite. C’est une vraie course de vitesse pour vacciner le plus de personnes âgées si l’on veut engranger rapidement les premiers bénéfices en termes d’hospitalisations évitées». Pour ce faire, il appelle carrément à «rendre obligatoire la vaccination dans les Ehpad comme elle l’est en crèche pour d’autres vaccins» et à simplifier les procédures, notamment supprimer le consentement écrit.

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L’objectif est «tenable», selon Lescure

Avant les vœux présidentiels, la campagne de communication pour défendre la stratégie du gouvernement s’était poursuivie jeudi sur le front des matinales. «La campagne a débuté lentement, à raison, pour prendre le temps de s’assurer que les chaînes logistiques étaient bien rodées», a justifié le député LREM et président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée, Roland Lescure, sur France 2. Avant d’assurer que l’objectif de 15 à 20 millions de Français vaccinés à la fin du premier semestre était «tenable» : «dès la semaine prochaine, on va accélérer. Fin janvier-début février, on aura des centaines de milliers de personnes seront vaccinées». «La stratégie du gouvernement n’est pas de créer de grands endroits» pour venir se faire vacciner mais «d’amener les vaccins auprès des personnes les plus fragiles», a également défendu la ministre Marlène Schiappa sur France Info.

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«Cet écart dans le démarrage, il est assumé. Ce qui compte, c’est que fin janvier nous aurons rattrapé ce décalage et ce qui compte, c’est que nous protégions tout le monde», disait déjà Olivier Véran mardi soir sur France 2. Le ministre de la Santé est dans le viseur du député LR Eric Ciotti. L’élu des Alpes-Maritimes a réclamé mercredi une nouvelle audition de Véran par la mission d’information parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire qu’il préside pour «s’expliquer» de ces retards, déplorant lui aussi une «consultation prévaccinale […] qui complique et allonge inutilement la campagne». Dans son message sur Twitter, Véran répond ce jeudi soir que «dans quelques semaines, la vaccination aura été proposée à l’ensemble des personnes âgées, et nous serons au même niveau que les pays qui ont procédé différemment».

Justine Daniel

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