Shippeo, l’intermédiaire qui aide les acteurs du transport à visualiser leur supply chain

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Shippeo, l'intermédiaire qui aide les acteurs du transport à visualiser leur supply chain

En temps de crise, la robustesse de la supply chain est mises à rude épreuve. Une stratégie d’échange de données, associée à l’utilisation d’outils adéquats, s’avère alors nécessaire. Les récents événements du canal de Suez illustrent bien la complexité des chaînes d’approvisionnement, où des éléments perturbateurs externes peuvent impacter à tout moment les maillons de la chaîne et engendrer des retards et des pertes économiques.

Pour amener les acteurs de la supply chain, transporteurs et donneurs d’ordre, à digitaliser leur process, l’entreprise française Shippeo a mis au point une plateforme API pour les aider à suivre leurs livraisons partout dans le monde.

Shippeo a démarré son activité en 2014, alors que le marché était hétérogène et assez peu mature sur le plan numérique. Les acteurs de la chaîne n’avaient pas tous accès aux mêmes données de bout en bout, rendant difficile la prévision exacte des horaires de livraison des marchandises dans les entrepôts.  « On s’est posé la question à l’époque : quel est le plus gros manque sur ce marché auquel font face les entreprises ? D’une manière assez surprenante, le sujet qui est remonté en haut de la liste est celui de la traçabilité et de la visibilité », explique Lucien Besse, directeur général de Shippeo, à ZDNet.

Pour Lucien Besse, ce phénomène était (et est toujours dans une certaine mesure) d’autant plus déroutant que « sur le marché BtoC, quand on commande un colis sur un site de e-commerce, on a l’habitude d’avoir une très bonne expérience de livraison ». Le secteur BtoB était donc en retard à ce niveau. Pour pallier le manuqe, l’entreprise a conçu une solution de visibilité pour des industriels et des distributeurs sur leur supply chain. Le concept : créer une « plateforme d’agrégation de données, qui permet à la fois de collecter et de connecter de la donnée depuis tout un tas de sources différentes » détaille Lucien Besse.

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Calcul d’un ETA pour assurer la fluidité de la chaîne

Tous les modes de transports sont pris en compte, du secteur routier au transport maritime, précise-t-il. Shippeo n’est ni un freight forwarder, ni une place de marché, la société s’adresse essentiellement aux chargeurs et aux organisateurs de transport, à savoir des « logisticiens qui organisent le transport pour le compte d’un tiers ».

La plateforme va se connecter à tout outil ou tout logiciel dans la supply chain de ses clients. Dans le transport routier par exemple, les systèmes par lesquels Shippeo récupère de l’information peuvent se trouver dans l’informatique embarquée des camions. « Aujourd’hui, une très grande majorité des camions en Europe ont un boîtier de géolocalisation, et nous nous y connectons pour aller récupérer des points GPS. »

Cela peut aussi bien être de systèmes d’information des transporteurs eux-même, ou des systèmes de tracking maritime, ajoute Lucien Besse. Les données récoltées sont alors brutes, mais assemblées bout à bout, elles permettent à l’entreprise de calculer un “ETA”(estimated time of arrival), pour prévenir les clients de l’heure d’arrivée estimée des marchandises sur le site destinataire.

Lucien Besse insiste sur la « fragmentation du marché du transport », qui rend l’opération complexe à mettre en place pour des parties prenantes de la chaîne, puisqu’il y a « près de 700 000 entreprises du transports aujourd’hui en Europe, sur tous les modes de transport qui peuvent exister. » Et un donneur d’ordre va mécaniquement travailler avec plusieurs transporteurs, d’où l’intérêt pour un intermédiaire comme Shippeo de proposer ses services centralisés.

Un algo maison conçu sur une couche de machine learning

Une fois le réseau de Shippeo mis en place, le développement du système demande « très peu d’investissement de départ » affirme le directeur général. Le client paie un abonnement annuel sur la base de son activité et de son volume de transport, auquel s’ajoutent des « coûts d’implémentation généralement très faibles par rapport à ce qu’on pouvait trouver sur des solutions moins APIsées ». Seuls les donneurs d’ordre paient, tandis que les transporteurs, qui contribuent au service, ne paient pas, – mais bénéficient eux aussi au quotidien de cette visibilité renforcée sur les expéditions.

« On a dès le début construit cet algorithme sur une couche de machine learning. C’est-à-dire que c’est un algorithme qui est auto-apprenant, et qui vient se nourrir des spécificités de nos clients » raconte Lucien Besse. Le taux de fiabilité, calculé par Shippeo, s’élève à 90% douze heures avant l’heure d’arrivée, et à 85% vingt-quatre heures avant l’heure estimée. Bien souvent, il faut prendre en compte des temps de transports très longs et imprévisibles, en plus des temps de chargement, des pauses obligatoires, etc. Au total, ce sont plus de 200 paramètres qui sont intégrés dans l’algorithme.

C’est bel et bien sur le degré de précision de l’ETA que repose la valeur de la plateforme. « Avoir un ETA précis garantit des gains de productivité. Plus vous anticipez, plus vous pouvez changer des choses dans l’organisation de la supply chain, et donc économiser des sur-coûts, ou optimiser le travail des personnes dans un entrepôt » justifie Lucien Besse.

Des clients européens pour des trajets globaux

Shippeo traite plus de 10 millions d’ordres de transport par an, qui transitent sur sa plateforme. Depuis ses huits bureaux basés en Europe, l’entreprise traite principalement avec des sociétés européennes, pour des supply chain globales. « On opère dans 72 pays. On a cette capacité d’accompagner nos clients dasn toutes les régions » indique Lucien Besse.

Après la récupération et le traitement de la donnée, Shippeo entend faire progresser son produit vers le partage de cette donnée, et in fine, l’automatisiotn des processus grâce à la donnée. Pour servir ses ambitions, l’entreprise a levé en début d’année 32 millions de dollars. « Sur la plateforme, on a tout un tas de fonctionnalités qui permettent d’échanger l’information que Shippeo calcule avec le monde extérieur » commente Lucien Besse. L’idée étant, par exemple, de proposer l’envoi de SMS personnalisés pour annoncer un retard, ou créer des portails en marque blanche, comme c’est le cas notamment avec Leroy Merlin, partenaire de Shippeo. Les magasins de l’enseigne peuvent s’y connecter pour savoir quand arriveront leurs camions.


« Un magasin Leroy Merlin, c’est 3-4 camions qui sont livrés par jour. »

D’autres clients ont aussi leurs propres systèmes. « L’API de Shippeo permet dans ce cas là de pousser l’information et de la diffuser dans un autre environnement » dit Lucien Besse. Pour réaliser ses objectifs, 45% des effectifs de la société sont aujourd’hui consacrés à la R&D. Shippeo a par ailleurs acquis la société oPhone en octobre dernier pour renforcer son leadership en France et intégrer des équipes spécalisées sur le monde du transport. Cette acquisition permet aussi d’accueillir une nouvelle brique technologique, en se renforçant sur le volet tracking, et en acquérant un autre outil pour gérer la prise de rendez-vous pour les transporteurs.

Après une année marquée par la crise sanitaire, « la supply chain a dû se réorganiser en conséquence », observe Lucien Besse. Ce coup de projecteur sur le sujet de la visibilité de la supply chain a profité à Shippeo, qui a signé de nouveaux clients issus notamment du secteur automobile, de la distribution ou encore du bâtiment. « Il y a beaucoup de clients qui se disent qu’en sortie de crise, ils vont avoir besoin de comprendre comment fonctionnent leurs flux logistiques, et donc avoir plus de visibilité. »

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