Après beaucoup d’enthousiasme à propos de l’informatique sans serveur (serverless) – considérée comme la prochaine évolution du cloud – les professionnels de l’informatique ont récemment adopté une approche plus prudente à propos de cette technique. Une enquête récente montre que l’adoption et les projets d’adoption serverless ont même quelque peu reculé au cours de la dernière année. Néanmoins, les entreprises qui ont mis en place de sérieuses initiatives serverless doublent son utilisation.

Ce sont quelques-unes des conclusions d’un récent sondage mené auprès de 501 professionnels de l’IT par Cloud Foundry, à l’occasion de son sommet à Philadelphie. L’informatique sans serveur est un domaine dans lequel les fonctions de backend sont gérées par un fournisseur de cloud computing. Certains appellent cela une combinaison de Backend as a Service (BaaS) et de Function as a Service (FaaS). Après une forte augmentation de l’utilisation du serverless jusqu’en septembre 2018, les auteurs du rapport indiquent désormais un recul. 19% des personnes interrogées utilisaient le serverless dans la précédente édition de l’étude. Ils sont désormais 15%.

Les plans ou les intentions d’implémentation de serverless ont également dérapé. A l’heure actuelle, 36% des personnes interrogées déclarent évaluer l’usage du serverless, comparativement à 42% lors de la précédente édition de l’enquête.

Cela peut être attribuable en partie aux aberrations statistiques qui se produisent dans les enquêtes qui sont menées à quelques mois d’intervalle. Plongeant plus profondément dans les chiffres de l’adoption et de l’adoption prévue, les auteurs de l’enquête soulignent que dans les organisations qui adoptent l’architecture sans serveur, l’utilisation est en fait en véritable prolifération.

En ce qui concerne les utilisateurs et les évaluateurs, 18% affirment qu’ils déploient largement le serverless dans l’ensemble de leur entreprise, soit le double du pourcentage (9%) d’il y a seulement un an. 

Il n’en reste pas moins qu’il faut faire preuve d’une certaine prudence lorsqu’on passe à une architecture sans serveur.

Qu’y a-t-il derrière cette mise en garde ? Une étude récente de l’Université de Berkeley pourrait aider à faire la lumière sur les défis qui surgissent avec cette approche prometteuse pour la création et la gestion des applications.

Le stockage dans des environnements sans serveur est un domaine où il y a encore du travail à faire, déclare l’équipe de Berkeley, dirigée par Eric Jonas. Le défi est d’être capable d’assurer “une latence faible et un IOPS élevé à un coût raisonnable” observent-ils. “La nature apatride des plates-formes sans serveur rend difficile la prise en charge des applications qui ont des besoins de partage d’état très fins. Ceci est principalement dû aux limitations des services de stockage existants offerts par les fournisseurs de cloud computing.”

La nécessité d’améliorer la sécurité est un autre défi, car “l’informatique sans serveur redistribue les responsabilités en matière de sécurité, transférant beaucoup (de ces responsabilités) de l’utilisateur au fournisseur de cloud sans les changer fondamentalement” préviennent Jonas et ses co-auteurs. “L’informatique sans serveur doit aussi faire face aux risques inhérents au partage des ressources entre plusieurs locataires.”

Le fait qu’une grande partie du cloud fonctionne sur des processeurs x86 introduit également des problèmes de performance sur le backend de l’informatique sans serveur, ajoutent-ils.

En fin de compte, les chercheurs de Berkeley sont très optimistes quant à l’utilisation du serverless, prédisant que ces défis seront relevés ou sont en train de l’être, et que son utilisation va “monter en flèche”, en raison de sa facilité d’utilisation et de ses coûts relativement faibles. “L’informatique sans serveur deviendra le paradigme informatique par défaut de l’ère du cloud, remplaçant en grande partie l’informatique avec serveur et permettant ainsi de clore l’ère client/serveur” prédisent-ils.

Le serverless gagnera en popularité car “en offrant un environnement de programmation simplifié, l’informatique sans serveur rend le cloud beaucoup plus facile à utiliser, attirant ainsi plus de personnes” déclarent Jonas et ses coauteurs. “Il évite le besoin de gestion manuelle des ressources et d’optimisation que l’informatique avec serveur d’aujourd’hui impose aux développeurs d’applications, une maturation similaire au passage du langage d’assemblage aux langages de haut niveau il y a plus de quatre décennies. Même les utilisateurs relativement non techniques peuvent être capables de “déployer des fonctions sans aucune compréhension de l’infrastructure cloud”, tandis que les experts pourront “gagner du temps de développement et rester concentrés sur les problèmes propres à leur application”. En outre, le serverless peut faire économiser de l’argent puisque les entreprises ne paient que ce qu’elles utilisent à partir du backend.    

Article “Serverless computing growth softens, at least for now” traduit et adapté par ZDNet.fr