Sécurité : Gérald Darmanin dans les pas de Nicolas Sarkozy ? Le spectre de la politique du chiffre inquiète les policiers – 20 Minutes

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Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin avec le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, le 8 septembre 2020. — AFP
  • Dans une interview accordée au Parisien, le ministre de l’Intérieur a annoncé la création d’un « point presse mensuel » pour « communiquer l’ensemble des résultats » des forces de l’ordre.
  • Accusé par l’opposition de s’inscrire dans les pas de son « mentor », Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin nie vouloir remettre en place une « politique du chiffre ».
  • Inquiètes, certaines organisations syndicales réclament une clarification de la méthodologie choisie par le ministère sur ces fameux chiffres et alertent sur les risques de « dérives ».

Comme une impression de déjà-vu. Même vocable, même omniprésence, même communication. Installé place Beauvau depuis le mois de juillet, le ministre de l’Intérieur issu des rangs de la droite, Gérald Darmanin, n’a jamais caché  sa proximité avec Nicolas Sarkozy. Accusé par l’opposition de gauche d’être dans la « surenchère » sécuritaire alors qu’un séminaire gouvernemental doit aborder cette question ce mercredi, l’ex-député du Nord a une nouvelle fois convoqué l’héritage des années « Sarko ».

Après ses propos controversés sur « l’ensauvagement » de la société française, le ministre a annoncé dimanche dans une interview au Parisien vouloir rendre publics chaque mois les chiffres de l’activité des forces de l’ordre. Une annonce qui a ravivé, au sein de l’institution policière, la crainte d’un retour en force de  la « politique du chiffre » chère à Nicolas Sarkozy lors de son passage au ministère de l’Intérieur entre 2002 et 2007. Réfutant tout mimétisme politique, Gérald Darmanin a défendu une « politique du résultat ». Une nuance sémantique qui peine à convaincre les organisations syndicales qui mettent en garde contre d’éventuelles « dérives ».

Un souvenir encore douloureux

« Cette annonce nous replonge forcément en arrière », expose le secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) Jean-Paul Mégret. « À l’époque, ça s’était surtout traduit pas une très forte pression hiérarchique, à tous les niveaux. Les directeurs étaient convoqués à Paris, surtout ceux qui avaient de mauvais résultats, et ils mettaient la pression sur toute la chaîne jusqu’à ce qu’elle redescende sur les policiers de terrain », se souvient Thierry Clair, secrétaire national à l’Unsa Police. « En 2013, l’IGPN avait d’ailleurs dénoncé cette politique du chiffre et avait expliqué qu’elle avait favorisé une gestion à court terme de nombreux phénomènes délictuels », poursuit Jean-Paul Mégret. Si la démarche de transparence de l’action policière est « louable », estime Thierry Clair, « l’expérience désastreuse » des années 2000 ne doit pas être reproduite.

Pour l’heure, Gérald Darmanin n’a évoqué aucun objectif chiffré. Il s’agit, selon lui, de pouvoir poser un diagnostic sur l’état de l’insécurité en France. « Si la France est malade, il faut prendre sa température. Et je ne connais pas d’autres moyens que de la prendre en se renseignant sur les chiffres, et en les rendant publics », a-t-il détaillé au Parisien.

Mais la méthodologie employée n’a pas non plus été détaillée. Et c’est bien ce qui inquiète Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers : « Comment va-t-on produire ces chiffres ? Quels seront ceux demandés précisément aux services ? Comment va-t-on les présenter ? Le risque, c’est de retomber dans cette fameuse culture du chiffre qui avait atteint son paroxysme pendant les années Sarkozy. Quand il y a une injonction chiffrée du politique, il y a au sein de la hiérarchie policière, un désir de plaire. Et pour plaire, on va donner aux politiques les chiffres qu’ils veulent. C’est ce qui avait écœuré les fonctionnaires à l’époque ».

Un mimétisme qui ne convainc pas

Au-delà de cette seule annonce, l’action du ministre ces dernières semaines replonge les policiers plus de dix ans en arrière. Entré au sein de l’institution en 2002, Vincent, 42 ans, témoigne : « Nicolas Sarkozy jouait le jeu médiatique. À chaque événement, il décidait de créer un nouveau service et de mettre le paquet sur un phénomène en particulier. Gérald Darmanin s’inscrit là-dedans, on l’a vu avec la polémique autour du clip de rap à Grenoble et les annonces relatives aux trafics de stup’ qui ont suivi ».

Une « stratégie de communication » dénoncée par le sociologue et directeur de recherches au CNRS Laurent Mucchielli. Dans une interview accordée ce mardi au site Regards.fr, le chercheur développe : « Dénoncer l’insécurité pour mieux se poser en rempart, c’est une stratégie politique archi-classique. C’était déjà celle de Nicolas Sarkozy et il est clair que Gérald Darmanin ne fait que le copier. On va de nouveau assister à une instrumentalisation des chiffres. »

Quant à l’efficacité d’un tel mimétisme, certains élus, y compris à droite, la mettent en doute. Constance Le Grip était conseillère technique de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était à l’Intérieur. Devenue depuis députée LR des Hauts-de-Seine, elle tance : « N’est pas Nicolas Sarkozy qui veut. Même si on sent que Gérald Darmanin veut faire le job, il reste en décalage avec la politique globale du gouvernement sur ces sujets. Il faut une cohérence, or on peine à distinguer une ligne politique claire sur la sécurité. Et c’est la différence majeure entre l’actuel ministre de l’Intérieur et l’ancien chef de l’Etat. »

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