Une cigarette électronique de la start-up américaine Juul (illustration). — CraigMitchelldyer/AP/SIPAVapoter ailleurs. San Francisco est devenue mardi la première grande ville américaine à interdire sur son territoire la vente de cigarettes électroniques, par un vote à l’unanimité de son conseil municipal. L’ordonnance met en avant la nécessité d’agir face à la « hausse impressionnante » du vapotage chez les jeunes qui a des « conséquences significatives sur la santé publique ».

Le texte adopté par les élus précise que pour être vendue à San Francisco – dans une boutique ou via Internet – une cigarette électronique doit au préalable avoir reçu le feu vert de la FDA, l’agence sanitaire fédérale, or cette dernière n’en a approuvé aucune jusqu’à présent.

Le vapotage en hausse de 78 % chez les jeunes

L’ordonnance s’applique aussi aux produits à base de tabac aromatisé mais elle ne punit pas la possession ou l’usage de cigarettes électroniques, contrairement à Singapour qui a mis en place une interdiction stricte de ces produits l’an dernier.

La maire démocrate de la très libérale ville californienne, London Breed, a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ratifierait l’ordonnance sous dix jours. Selon les dernières statistiques officielles, le nombre de jeunes Américains utilisant des cigarettes électroniques a augmenté d’un million et demi en 2018 (+78 %), mettant à mal des années de lutte contre le tabagisme dans les lycées et collèges.

La start-up Juul dans le viseur

Les autorités sanitaires critiquent notamment le leader du secteur pour le marché américain, Juul (prononcé comme « jewel »), accusé de laxisme face aux jeunes avec ses parfums exotiques (mangue, concombre, menthol), sa forme qui ressemble à une clé-USB et son pourcentage élevé de nicotine (5 %). La start-up, dans laquelle Altria, le fabricant de Marlboro, a massivement investi fin 2018, a son siège à San Francisco. Ses ventes ont été multipliées par huit en 2018. Juul, qui est valorisé à 38 milliards de dollars, possède 68 % du marché américain des e-cigarettes. Son chiffre d’affaires devrait passer de 1,2 milliard à plus de 3 milliards de dollars cette année.

Les cigarettes électroniques contiennent de la nicotine et d’autres produits, mais pas les substances des cigarettes traditionnelles reconnues comme cancérigènes. Leur effet à long terme sur la santé est en cours d’étude. Les fabricants arguent que pour les adultes déjà fumeurs et déjà dépendants à la nicotine, vapoter apporte un bénéfice de santé net.

Le texte adopté par San Francisco pour contrer la cigarette électronique s’inquiète explicitement de l’exposition à la nicotine durant l’adolescence qui « peut endommager un cerveau en développement » et « aussi augmenter le risque d’une future dépendance à d’autres drogues ». L’usage du cannabis à titre récréatif est devenu légal dans l’Etat de Californie pour les plus de 21 ans depuis le 1er janvier 2018.

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