#Saccageparis, un hashtag qui relance le problème récurrent de la propreté de la capitale – Le Monde

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La propreté est un problème… récurrent pour Paris. En 2019, le quotidien britannique The Guardian décrivait la capitale comme « l’homme sale de l’Europe ». A croire que deux ans plus tard, les choses n’ont pas changé ; depuis le 21 mars, le compte Twitter @PanamePropre, dont l’auteur reste anonyme, se plaît à titiller Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, sur cet épineux sujet – et sur celui des aménagements – en publiant et relayant une série de clichés et vidéos, parfois anciens, accompagnées du hashtag #saccageparis.

Dans sa biographie, le compte aux près de 6 000 abonnés se présente comme « humaniste », rejette les « extrêmes » et affirme :

« Nous n’acceptons plus #Paris encrassée et enlaidie. RT photos et vidéos accablantes. »

Dans la foulée, plus de 24 000 tweets ont été publiés accompagnés de ce mot-clé et évoquent les « pistes cyclables immondes », « l’état de délabrement généralisé », les « déjections d’oiseaux datant d’au moins trois semaines »…

Auteur anonyme

Contacté par Le Parisien, l’auteur du compte assure être « parisien depuis vingt ans » et avoir « vu la ville se dégrader depuis l’arrivée d’Anne Hidalgo à la tête de l’Hôtel de ville ». Il se défend, pourtant, d’appartenir à un quelconque parti politique :

« J’ai une cinquantaine d’années. Je suis cadre dans le privé. Je voyage beaucoup à l’étranger. Je ne suis encarté dans aucun parti. J’ai été proche autrefois de l’UDF. Je suis un progressiste modéré dans mon expression. Certains diront que l’extrême droite ou la droite est derrière. Je peux vous dire que j’ai reçu aussi de nombreux messages de gens de gauche qui partagent ma colère. »

De son côté, Pierre Liscia, ex-élu du 18arrondissement et porte-parole du mouvement Libres ! de Valérie Pécresse a nié être le propriétaire du compte, dans un message publié sur Twitter samedi 3 avril :

« Une rumeur circule sur Twitter selon laquelle je serais l’instigateur du hashtag #saccageparis (…). A mon grand regret, je ne le suis pas. En revanche, Paris est bel et bien devenue une honte pour la France. »

L’opposition s’en saisit

Sans surprise, l’opposition à la maire de Paris s’est engouffrée dans la brèche : « Face au déni de réalité de l’équipe municipale, nous exigeons la tenue immédiate d’un Conseil de Paris exceptionnel consacré aux problèmes de propreté et de salubrité à Paris », a écrit la maire (LR) du 7arrondissement, Rachida Dati, dimanche soir, sur Twitter.

« Lancer un grand plan de salubrité publique devient une urgence »

« Nous ne pouvons rester sourds à l’appel spontané des Parisiennes et des Parisiens. La Fédération LR de Paris demande une séance de Conseil de Paris dédiée à la propreté afin de lancer un grand plan de salubrité publique, qui devient une urgence humaine et sanitaire ! », écrit, pour sa part, la députée européenne Agnès Evren, vice-présidente des Républicains, présidente de la Fédération LR Paris et conseillère de Paris.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, ne se prive pas, à son tour, d’étriller la maire, écrivant sur Twitter : « La dégradation de notre si belle capitale par l’équipe Hidalgo est une souffrance nationale qui ne doit laisser aucun Français indifférent. »

Car cette campagne monte en puissance au moment où Anne Hidalgo, possible candidate à l’élection présidentielle, lance sa plate-forme Idées en commun dans la perspective de 2022.

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« Campagne de dénigrement », selon la mairie

La bataille se déroulant sur les réseaux sociaux, les équipes de la mairie ont réagi, dimanche soir, affirmant que « la Ville de Paris subit une campagne de dénigrement via #saccageparis », ajoutant que « comme toutes les villes de France, Paris est confrontée à des incivilités et à des problèmes de régulation de l’espace public », relevant que « certaines photos postées sont anciennes ou prises avant le passage des équipes de la propreté », qui « sont actuellement réduit[e]s de 10 % en raison de la propagation du coronavirus (cas contact ou agents porteurs), ce qui peut entraîner des retards de traitement. »

Dans Le Parisien, Jérôme Coumet, le maire (DVG) du 13e, vient au secours de la Mairie : « Je me promène beaucoup dans Paris, mais je n’ai pas l’impression que la ville est saccagée. Je vois des arbres en fleurs, des jardins entretenus, et de nouvelles jardinières bordent l’avenue des Gobelins ». Lui aussi voit derrière ce hashtag, « une campagne orchestrée par des comptes proches de la droite et d’opposants à la maire de Paris ». Il tranche : « Mais ce n’est pas une polémique à deux balles qui va la déstabiliser ».

Pour sa part, @PanamePropre assure travailler sur « un manifeste sur Paris 2030 ». « Nous voulons que Paris redevienne une des grandes et belles capitales du monde où il fait bon vivre, où l’on se déplace à vélo, mais où on ne fait pas la guerre aux voitures, où l’on se sent en sécurité », a-t-il expliqué au Parisien.

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Avant Anne Hidalgo, Bertrand Delanoë avait essuyé les mêmes reproches. En 2001, Yves Contassot, adjoint au maire PS Bertrand Delanoë pour la propreté de la Ville de Paris jusqu’en 2008, réclamait six cents agents de propreté supplémentaires. En 1982, Jacques Chirac, alors maire de la capitale, faisait de la propreté des rues de la Ville lumière son dada et lançait la chiraclette, la célèbre moto-crotte, à l’assaut des déjections canines maculant les trottoirs. Près de quarante ans plus tard, la capitale semble faire du surplace. En 2019, répondant au Guardian, la maire rappelait que la propreté est aussi « un problème d’éducation ».

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