Russie : plus de 4 000 arrestations lors d’une nouvelle journée de manifestations à l’appel de l’opposant Navalny – Le Monde

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Des milliers de personnes ont manifesté dimanche 31 janvier à Saint-Pétersbourg, en Russie, pour demander la libération de l’opposant Alexeï Navalny.

Malgré la pression croissante des autorités russes, qui ont multiplié les mises en garde et les procédures judiciaires, les partisans d’Alexeï Navalny manifestaient, dimanche 31 janvier, lors d’une nouvelle journée de mobilisation pour appeler à la libération de l’opposant emprisonné. La police russe a déployé un important dispositif et fermé l’accès au centre de plusieurs villes pour empêcher les protestataires de participer à ces réunions non autorisées.

D’après l’organisation OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, au moins 4 027 personnes ont été interpellées dans 82 villes, principalement à Moscou (1 167) ainsi qu’à Saint-Pétersbourg (862), deuxième ville du pays, ou encore à Krasnoïarsk (194), en Sibérie. Selon l’Union des journalistes russes, au moins 35 professionnels de la presse ont été arrêtés.

« C’est la répression, on jette en prison des gens innocents »

Recouvert par une fine couche de neige, le centre de Moscou a pris à certains endroits des allures de citadelle assiégée : des centaines de policiers antiémeute ont été déployés, boucliers et matraques en évidence. Fait rare, plusieurs rues et des stations de métro de la capitale ont été totalement fermées, poussant les protestataires à changer au dernier moment le lieu du rassemblement, diffusé sur les réseaux sociaux.

Un manifestant est arrêté par la police anti-émeutes dimanche 31 janvier à Moscou, en Russie, pour demander la libération de l’opposant Alexeï Navalny.

« Poutine est un voleur ! », « Liberté ! », ont scandé des centaines de manifestants en traversant le centre de la capitale russe. Devant se réunir à l’origine en face du siège du service fédéral de sécurité (FSB), les groupes de protestataires se sont dirigés vers le centre de détention où est enfermé M. Navalny, mais sans y parvenir pour la plupart, avant de rejoindre à nouveau le centre-ville.

En début de soirée, l’équipe de M. Navalny a annoncé la fin de la manifestation à Moscou. « Nous leur avons montré à quel point nous étions nombreux ! », a-t-elle fait savoir sur Telegram en appelant les partisans de l’opposant à venir le soutenir lors de sa comparution au tribunal, mardi. La femme d’Alexeï Navalny, Ioulia Navalnaïa, a quant à elle été interpellée par la police alors qu’elle était venue prendre part au rassemblement, selon plusieurs médias d’opposition.

La police interpelle un manifestant à Saint-Pétersbourg le 31 janvier.

A Saint-Pétersbourg, autre place forte de l’opposition en Russie, près de 2 000 personnes rassemblées sur une place du centre-ville ont été dispersées par les forces antiémeute. La police procédait à des arrestations, dont certaines à coups de bâton. A l’autre bout du pays, à Vladivostok, Andreï, un manifestant de 25 ans, a regretté que peu de gens, quelques dizaines, se soient réunis car « les forces antiémeute ont bloqué » le centre-ville.

A Iekaterinbourg (en Sibérie occidentale), notre correspondant en Russie Benoît Vitkine rapporte qu’il n’y a « pas le moindre signe d’essoufflement » de la mobilisation sur place.

A Novossibirsk, la troisième agglomération de Russie, le média indépendant « Taïga » a estimé à plus de 5 000 le nombre de protestataires, l’un des plus importants rassemblements antigouvernementaux de ces dernières années. « Les gens sont en colère à cause de ce qui se passe et parce que des députés et des militants d’opposition ont été arrêtés cette semaine », a affirmé à l’AFP Khelga Pirogova, élue locale d’une coalition pro-Navalny.

La plupart des proches alliés de M. Navalny ont été assignés à résidence vendredi 29 janvier par la justice russe, deux jours après une série de perquisitions ayant notamment visé le domicile de sa femme et les locaux de son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption.

Navalny risque « environ deux ans et demi » de prison

Sur Twitter, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a dénoncé « l’usage persistant de tactiques brutales de la Russie contre des manifestants pacifiques et des journalistes pour la deuxième semaine de suite » et appelé les autorités russes à libérer M. Navalny et ses soutiens.

« Ce que nous voyons aujourd’hui n’a rien à voir avec la protection des droits ou la lutte pour une vie meilleure. Ce que nous voyons aujourd’hui est une provocation », a déclaré de son côté l’émissaire de Vladimir Poutine pour les droits humains, Valeri Fadeev. « L’ingérence grossière des Etats-Unis dans les affaires intérieures de la Russie est un fait avéré, tout comme la promotion des fausses informations et les appels à participer à des actions illégales de la part de plates-formes Internet contrôlées par Washington », a déclaré sur Facebook le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov.

Militant anticorruption et ennemi juré du Kremlin, M. Navalny est revenu en Russie le 17 janvier après des mois de convalescence en Allemagne pour un empoisonnement présumé, dont il accuse Vladimir Poutine et les services de sécurité russes d’être responsables. Il a appelé jeudi une nouvelle fois les Russes à descendre dans la rue. « N’ayez pas peur », a-t-il écrit dans une lettre publiée sur son blog. « La majorité est de notre côté. Allons la réveiller. »

Ces rassemblements font suite à une première journée de manifestations samedi dernier, qui a réuni des dizaines de milliers de Russes dans tout le pays et qui s’est soldée par plus de 4 000 interpellations et l’ouverture d’une vingtaine d’affaires pénales.

Ils se déroulent avec pour toile de fond la comparution de M. Navalny devant des juges, prévue la semaine prochaine. L’opposant est visé par une multitude de procédures judiciaires depuis son retour en Russie, qu’il considère comme politiquement motivées.

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Selon son avocate, l’opposant risque notamment « environ deux ans et demi » de prison ferme pour la violation des conditions d’une condamnation à trois ans et demi de prison avec sursis, qu’il s’était vu infliger en 2014.

La plupart de ses proches alliés, dont son frère Oleg et la figure montante de l’opposition, Lioubov Sobol, ont été assignés à résidence vendredi par la justice russe, deux jours après une série de perquisitions ayant notamment visé le domicile de sa femme, Ioulia, et les locaux de son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption.

Les réseaux sociaux sanctionnés

Les jours précédents, les autorités ont multiplié les mises en garde aux partisans de M. Navalny, le parquet et la police affirmant notamment que les manifestants pourraient être poursuivis pour « émeutes de masse » si les rassemblements se soldaient par la violence.

Le gendarme russe des télécoms Roskomnadzor a annoncé pour sa part qu’il allait sanctionner les réseaux sociaux pour avoir laissé en ligne des messages encourageant, selon lui, les mineurs à aller manifester.

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Les protestations sont aussi alimentées par la diffusion d’une enquête de l’opposant accusant le président, Vladimir Poutine, de bénéficier d’un immense et opulent « palais » à plus d’un milliard d’euros sur les rives de la mer Noire, vue plus de 100 millions de fois sur YouTube. M. Poutine a démenti des accusations destinées à « laver le cerveau » des Russes, tandis que la télévision publique russe a diffusé des images montrant la résidence encore en travaux, loin du luxe décrit par l’opposant.

Samedi, le milliardaire Arkadi Rotenberg, un proche de M. Poutine qui était son ancien partenaire de judo et qui se trouve sous sanctions occidentales, a affirmé être le véritable propriétaire de la résidence et assuré qu’il était en train d’y construire un hôtel.

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Le Monde avec AFP

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