Russie : le fossé se creuse entre le pouvoir et les manifestants pro-Navalny – Le Monde

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Des manifestants font face à la police lors d’un rassemblement de soutien à Alexeï Navalny, à Saint-Pétersbourg (Russie), le 21 avril.

En enfermant Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire, le pouvoir russe espérait ne plus entendre parler de l’importun. Pari raté. En réprimant sévèrement le mouvement de soutien en sa faveur, il comptait le réduire au silence. Pari raté, également. Mercredi 21 avril, le sort de l’opposant a de nouveau mobilisé des milliers de citoyens russes, trois mois après son retour en Russie et alors que les inquiétudes pour sa santé restent fortes. Cible d’une tentative d’empoisonnement au mois d’août 2020, l’opposant mène aujourd’hui une grève de la faim pour exiger des soins en détention.

Des manifestations ont eu lieu dans les rues d’une centaine de villes. Comme par défi, elles se sont tenues le jour où Vladimir Poutine délivrait son adresse annuelle à la nation. Le président russe n’a pas eu le moindre mot pour cette frange contestataire de l’opinion, renforçant la sensation d’un fossé de plus en plus large entre le pouvoir et une partie de sa population. S’adressant autant aux ennemis de l’extérieur qu’à ceux de l’intérieur, il a seulement assuré : « Les provocateurs qui menacent notre sécurité le regretteront comme jamais ils ne l’ont regretté. »

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Malgré ce ton résolument hostile, la mobilisation s’est déroulée dans un climat plus serein qu’au mois de janvier. Dans la plupart des villes, dont Moscou, la police n’a pas mené d’arrestations massives, ni battu les manifestants, se contentant d’encadrer les cortèges épars et incrédules. Résultat : aucun dérapage n’a été constaté de la part des protestataires. Dans d’autres villes, toutefois, des violences ont été constatées, comme à Saint-Pétersbourg où la police a fait un large usage de ses matraques et de ses tasers. Dans l’ensemble du pays, l’ONG spécialisée OVD-Info a enregistré 1 784 arrestations, dont près de la moitié à Saint-Pétersbourg.

Un manifestant est emmené par des agents des forces de l’ordre, à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 21 avril.

Si le pari des autorités est raté, cela ne signifie pas pour autant que l’opposition a remporté le sien. Le camp Navalny avait mis la barre très haut : malgré un appel lancé au dernier moment, un jour de semaine de surcroît, il espérait les manifestations « les plus importantes de l’histoire russe récente ». La mobilisation n’a certes pas été mineure, mais dans des ordres de grandeur comparables à ce qui avait été observé au mois de janvier. A Moscou, les foules paraissaient même moins importantes, quelque part entre les 6 000 personnes comptées par la police et les 60 000 annoncées par les équipes d’Alexeï Navalny. Les rassemblements se comptaient en milliers, dans de nombreuses villes moyennes, comme à Tcheliabinsk, ville industrielle de l’Oural sans tradition contestatrice.

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