Rouen : un écoquartier va voir le jour à côté de l’usine Lubrizol – Le Figaro

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Le long de l’avenue Jean-Rondeaux à Rouen, les panneaux d’affichage sur le futur écoquartier Flaubert donnent envie. Immeubles modernes, espaces verts, canal… Tout y est. À 300 mètres du prochain quartier, se trouve également l’usine Lubrizol, classée Seveso, et dont une partie a été ravagée par un violent incendie l’année dernière. L’idée de construire un quartier sur cette ancienne friche industrielle de 500.000 m² à cheval entre les communes de Rouen et Petit-Quevilly a été imaginée il y a une vingtaine d’années pour lutter contre l’étalement urbain. Lancé en 2011, l’écoquartier doit notamment accueillir 2500 logements, 250.000 m² de bureaux, des commerces, un collège, ou encore une crèche. L’incendie de Lubrizol et les 9500 tonnes de produits chimiques partis en fumée ont inévitablement remis en question l’avenir du projet.

Depuis un an, l’écoquartier est en effet devenu un sujet de débat. Faut-il l’abandonner ? Le revoir à la marge ? Le déplacer ? Le risque technologique n’est pourtant pas récent dans le secteur et les craintes d’un incident sur la zone industrielle ne datent pas d’hier. En 2016, déjà, l’Agence environnementale (Ae) publiait un rapport en demi-teinte sur le projet, alertant sur le risque d’un accident à l’usine Lubrizol et demandant à la Métropole de Rouen, qui chapeaute le projet, de revoir l’analyse des sols et eaux pollués. L’incendie de l’usine classée Seveso l’année dernière aura peut-être eu le mérite de rappeler l’importance de ce risque.

Malgré ces interrogations et ces doutes, pas question pour la Métropole d’abandonner le projet. Un moratoire informel a toutefois été instauré pendant un an. Le changement de municipalité (mais pas de majorité) à Rouen et de bureau à la Métropole cet été semble donner un nouveau souffle aux réflexions.

Un projet à «repenser»

Pour Nicolas Mayer-Rossignol, nouveau maire de Rouen et nouveau président de la Métropole (PS), il est clair que l’écoquartier ne peut pas être conçu tel qu’il l’était prévu. «Il faut repenser ce projet de façon beaucoup plus écologique et citoyenne», affirme-t-il. Une consultation citoyenne est d’ailleurs lancée ce vendredi 25 septembre à Rouen pour revoir l’aménagement des différentes de zones du terrain. Nicolas Mayer-Rossignol imagine, lui, une zone tampon entre la zone industrialo-portuaire et l’écoquartier. «Au départ, les aménagements prévus étaient trop près de la zone industrielle. Ce qu’on propose c’est que toute une partie à proximité de la zone industrielle soit sanctuarisée sous forme de forêt urbaine», déclare-t-il.

Même son de cloche chez les militants écologistes. Guillaume Blavette, secrétaire à la section normande de France Nature Environnement, le dit clairement : «Il faut adapter ce projet d’urbanisme aux deux risques majeurs : le risque technologique et le risque d’inondation. […] Après l’accident de Lubrizol, on peut revoir les aménagements mais leur opportunité demeure et n’est pas annulée». Il souligne également l’importance de ce projet pour limiter la déforestation en périphérie de la ville. «Le vrai problème à Rouen c’est l’étalement urbain. Si on veut sauvegarder les espaces naturels et agricoles autour, il faut reconstruire en ville. […] Le projet initial tel qu’il était imaginé il y a une dizaine d’années ne sera pas forcément réalisé, ce ne sera pas forcément un écoquartier, mais c’est une belle opération dans un vrai souci de redensifier la ville». Guillaume Blavette rappelle néanmoins qu’«il est du devoir de tout industriel de réduire le risque à la source […] et de la responsabilité de Lubrizol de protéger son entreprise».

Il est incontestable que les promoteurs immobiliers devront s’adapter à la refonte du projet. L’un d’entre eux, Odyssée Immobilier, a d’ores et déjà retravaillé son permis de construire. «On a ajouté un vitrage spécifique sur les bâtiments du côté ouest (côté des usines, NDLR) en cas de récidive et on a prévu une ventilation autonome car au moment de l’incendie, toutes les VMC ont absorbé les particules et on ne pouvait pas les couper à distance. On a également prévu des zones renforcées en béton et une zone de confinement», détaille Lucie Carton, responsable du projet à Odyssée Immobilier. L’entreprise envisage également de faire une formation avec les acquéreurs du projet afin qu’ils sachent comment réagir en cas d’incident.

Le chamboulement provoqué par l’incendie de Lubrizol, auquel s’est ajouté le confinement, a provoqué un retard considérable sur le début des travaux et la livraison des premiers lots. Alors qu’Odyssée Immobilier devait fournir ses premiers bâtiments au quatrième trimestre de 2021, Lucie Carton estime que ceux-ci ne pourront être livrés avant le troisième trimestre de 2022. Nicolas Mayer-Rossignol imagine, lui, une construction pour 2023. Malgré tout, les acquéreurs du projet n’ont pas renoncé à s’y installer. «On a contacté les acquéreurs potentiels et ils nous ont tous confirmé qu’ils maintenaient le projet», conclut Lucie Carton.

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