L’aéroport de Roissy est géré par ADP. — JOEL SAGET / AFP

  • Lancé ce jeudi, le site recueillant les signatures en faveur d’un référendum d’initiative partagée (RIP) contre la privatisation d’Aéroports de Paris fait l’objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux.
  • Numéros de commune peu courants, casse très sensible, problèmes de reconnaissance sur les listes électorales… Autant de difficultés qui amènent certains internautes à penser qu’il est conçu pour compliquer le processus de signature.
  • Lors d’une conférence de presse, le ministère de l’Intérieur, en charge du site, a toutefois rejeté ces accusations, en expliquant l’origine technique de ces difficultés (et les solutions préconisées).

Un lancement réussi ? Le site destiné à recueillir les signatures des électeurs opposés à la privatisation d’Aéroports de Paris figure dans les sujets les plus discutés de la journée sur Twitter, ce jeudi 13 juin.

Sauf que cette notoriété tient principalement aux multiples remontées d’internautes, critiquant son ergonomie et ses bugs qui compliquent cette démarche censée permettre – si elle recueille 4,7 millions de signatures– d’enclencher la procédure de référendum d’initiative partagée (RIP) inédite en France. Et qui est loin d’arranger le gouvernement, empêtré dans cette procédure de contestation de la privatisation, particulièrement opportune pour l’opposition, puisque la privatisation d’ADP a été largement adoptée par la majorité dans son projet de loi Pacte. 

« Compliquer la signature et rendre plus difficile le processus »

Valerio Motta, entrepreneur dans le numérique et ancien responsable du Parti socialiste, en a ainsi listé les nombreux problèmes : le numéro Insee des communes utilisé en lieu et place du traditionnel code postal de commune, des utilisateurs inscrits sur les listes électorales se voyant signaler qu’on ne les retrouve pas, l’inaccessibilité du site pour certains, la casse très sensible sur les accents, majuscules et autres symboles…

« Toute l’ergonomie du site semble avoir été conçue pour compliquer la signature et rendre plus difficile le processus », dénonce-t-il sur Twitter, tout en affirmant : « J’ai été de ceux qui ont pensé il y a quelques années tout le dispositif des premières primaires en France [pour le Parti socialiste]. Je sais quand une interface ou un dispositif est pensé pour faire participer massivement le public. Ou pas. »

Rien n’indique toutefois, dans les explications fournies par le ministère de l’Intérieur sur le manque d’ergonomie du site, une volonté de compliquer le processus pour les utilisateurs.

FAKE OFF

Lors d’une conférence de presse organisée conjointement, ce jeudi, avec Jean Maïa, secrétaire général du Conseil constitutionnel, Alain Espinasse, secrétaire général adjoint du ministère de l’Intérieur, a rappelé le « caractère inédit » de cette initiative, et apporté des précisions sur cette structure gérée intégralement par le ministère, sans prestataire : « Le site a été conçu en 2014-2015 [après la loi organique de 2013 sur le RIP] dans l’idée d’en faire une plateforme qui permet de s’identifier rapidement et d’apporter son soutien. Les choses vont tellement vite qu’on peut comprendre qu’il soit aujourd’hui moins ergonomique qu’on pourrait le souhaiter. »

S’il a bien listé, parmi les premiers constats dressés par le ministère de l’Intérieur depuis l’ouverture du site, « des problèmes avec des utilisateurs indiquant leur code postal au lieu du code Insee », Alain Espinasse a suggéré « d’entrer le nom de la commune directement plutôt que son numéro » pour éviter cet écueil.

Une solution loin d’être totalement satisfaisante, comme le souligne toutefois Valerio Motta auprès de 20 Minutes : « Par exemple, pour Saint-Etienne, il faut impérativement taper “Saint-E” avec un tiret, sans quoi la commune n’apparaît pas dans la case, même en tapant “Saint E”. Quel utilisateur va saisir ça ? ». Un problème valable pour Saint-Etienne mais également pour de nombreuses autres villes au nom composé, comme nous avons pu le constater également.

« Nous conseillons de recourir aux informations contenues sur la carte électorale »

Alain Espinasse a en outre indiqué que le recours au répertoire électoral unique (REU), en vigueur depuis le 1er janvier, est censé permettre d’éviter les non-correspondances entre les inscrits et les données du site : « Nous conseillons de privilégier le recours aux informations indiquées sur votre carte électorale, car il s’agit d’une extraction directe du REU. »

Enfin, le secrétaire général adjoint du ministère de l’Intérieur a apporté des explications sur les problèmes d’accès au site rencontrés par certains utilisateurs depuis son lancement à minuit : « Nous avons eu un problème de serveur qui était mal paramétré et renvoyait donc une erreur aux personnes qui tombaient dessus aléatoirement. En rafraîchissant la page, soit ils étaient renvoyés sur un autre serveur –ce qui réglait le problème– soit ils se retrouvaient sur le même serveur. Nous avons pu corriger cela dès 9 heures ce matin grâce aux signalement opérés sur les réseaux sociaux. »

Des explications qui sont loin de convaincre Valerio Motta : « Dès 2014, il existait des sites mieux conçus, et il existe de nombreux moyens pour éviter les problèmes rencontrés sur cette interface. Le site est plus conçu dans un esprit bureaucratique que dans un esprit d’expérience utilisateur, ce n’est pas normal que des internautes se retrouvent à en assurer le service après vente à la place du gouvernement ». Une situation potentiellement amenée à perdurer en attendant la prochaine mise en ligne d’un tutoriel par le ministère de l’Intérieur, évoquée lors de la conférence de presse.

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