Retraites: une semaine décisive pour Édouard Philippe – Le Figaro

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L’entourage d’Édouard Philippe est formel: le premier ministre «a la frite » ! Il aborde même cette rentrée, très agitée sur le front social, «regonflé à bloc», si l’on en croit ses proches. Le mouvement de grève contre la réforme des retraites dure depuis plus d’un mois. Mais pas question pour l’hôte de Matignon de montrer le moindre signe de faiblesse, de laisser croire qu’il pourrait fléchir face à la pression de la rue. «C’est passionnant. Pas facile, mais passionnant!», s’enthousiasme-t-on à Matignon. Le chef du gouvernement a profité des fêtes de fin d’année pour «se promener au Havre», sa ville de cœur, qu’il a gouvernée pendant six ans.

D’ordinaire discret sur sa vie en dehors de Matignon, Philippe n’a pas résisté, cette fois, à l’envie de publier une photo de son fief, soleil couchant, sur les réseaux sociaux. «Le premier ministre y a reçu beaucoup de messages d’encouragement, alors que Le Havre est historiquement un bastion des contestations, notamment contre les réformes des retraites. Dans le même temps, les retours des élus de terrain sont bons», se félicite l’un de ses conseillers.

Mardi matin, deux jours avant une nouvelle journée de manifestations, les négociations avec les syndicats doivent reprendre, cette fois au ministère du Travail. Édouard Philippe interviendra pour lancer les consultations. «Il s’est beaucoup investi, il suit les choses et met les mains dans le cambouis. Il oscille entre un rôle de chef d’orchestre des négociations et en même temps d’arbitre sur les différents aspects du projet de loi», qui est toujours en cours d’écriture, décrypte un conseiller ministériel, en pointe sur le dossier. Avant cette nouvelle séquence décisive, selon nos informations, le président de la République a reçu son premier ministre vendredi, à l’Élysée, «pour définir avec lui les orientations méthodologiques et politiques de la reprise des négociations».

Lors de ses vœux aux Français, Emmanuel Macron avait dit exiger du «gouvernement d’Édouard Philippe» qu’il trouve «un compromis rapide» sur la question des retraites. À savoir «avant la présentation du texte en Conseil des ministres, soit le 24 janvier, précise l’Élysée. Le calendrier est serré.» «Il ne faut pas surinterpréter ce message adressé à Matignon. Cela ne veut pas dire que le couple exécutif se fissure et que le premier ministre
est un fusible. La relation reste extrêmement fluide, chacun est dans son rôle»,
nuance un proche du président. Mais tous ne sont pas aussi optimistes. «Macron lui a
mis l’épée dans les reins en disant d’aller vite,
analyse un intime du président. La réalité, c’est que la situation n’est pas débloquée et n’est pas en voie de l’être. C’est pour ça que les négociations auront lieu chez Muriel Pénicaud et non à Matignon.»

«Le premier ministre joue sa propre partition»

Édouard Philippe a fini par se convertir à l’idée du système de retraites par points, promis par Emmanuel Macron. Et inversement, le chef de l’État s’est «laissé convaincre» par son premier ministre de la nécessité d’introduire un âge pivot à 64 ans, selon l’un de ses amis, alors qu’une partie de son entourage y était hostile.

Résultat, en dépit de la pression de certains syndicats dits réformistes – dont la CFDT – et d’une partie de la majorité, «il n’y aura pas de remise en question profonde de ce principe», assure un protagoniste. D’où la volonté de déporter les négociations vers le terrain du travail, et notamment de la question de la pénibilité, «qui peut être un élément de contrepartie à l’âge pivot», note-t-on de même source. «Cela donne l’impression d’une diversion par rapport au sujet essentiel, celui des 64 ans», s’inquiète un haut gradé de la majorité.

Après d’importantes concessions accordées à certaines professions pour pallier la fin des régimes spéciaux, certains macronistes s’inquiètent «qu’on n’arrive pas, au final, à un système universel». «Tout régler par le catégoriel, cela ne fonctionne pas, fustige le député La République en marche Aurélien Taché. J’ai le sentiment que cela ressemble de plus en plus à un mélange de François Hollande, puisqu’on fait des concessions, avec un peu de droite en gardant l’âge pivot, quitte à rogner sur l’universalité. Du droite et gauche, mais pas pour le meilleur». Comme d’autres députés de l’aile gauche, cet ancien socialiste préférerait qu’un accord soit trouvé avec Laurent Berger, le secrétaire national de la CFDT, plutôt que de «renforcer les opposants» avec des contreparties secteur par secteur.

On sent que le mouvement touche à sa fin !

Un conseiller gouvernemental

«Le premier ministre est là pour pousser ce en quoi il croit, certes, mais il faut savoir placer le curseur», poursuit un député. Le patron du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre, appelle lui aussi à un compromis rapide, à condition d’avoir «le coup de tampon des réformistes pour cette réforme, qui porte la marque d’En marche!», et sans rien renier des principes. «Le problème, c’est que le premier ministre joue sa propre partition avec une idée de la grande réforme sur laquelle on ne cède pas. Il dit avoir beaucoup appris d’Alain Juppé, mais reproduit le même schéma», houspille un proche du président. Mercredi, Édouard Philippe recevra les députés de la majorité spécialisés sur le dossier des retraites.

Malgré la persistance des blocages et la difficulté des négociations, le gouvernement continue, dans la tempête, de faire montre d’optimisme. «On sent que le mouvement touche à sa fin!», positive un conseiller gouvernemental. «Le calendrier sera tenu. Cela va se faire de manière progressive et discrète. Un peu comme la réforme de la SNCF en 2018.»

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