En cette dernière rentrée de la décennie, certains groupes français ont le cartable plus chargé que d’autres. Les uns doivent gérer des crises de gouvernance, d’autres faire face à des situations opérationnelles explosives, d’autres encore réussir leur mue en de nouvelles entités. Liste non exhaustive.

Vivendi sur tous les fronts

Vivendi doit gérer dans les prochaines semaines le plan de départ chez Canal+ en France : un peu moins de 500 personnes sur 2.600 en CDI.Vivendi doit gérer dans les prochaines semaines le plan de départ chez Canal+ en France : un peu moins de 500 personnes sur 2.600 en CDI.Pascal Sittler/REA

La rentrée chargée de Vivendi, le propriétaire d’Universal Music, de Canal+ et d’Editis, commence dès mercredi. C’est en effet le 4 septembre que se tient l’assemblée générale (AG) de Mediaset, l’ex-futur allié du groupe français dans le projet remontant à 2016 de création d’un Netflix de sensibilité européenne. Si le dossier Telecom Italia, dont il détient 24 %, semble en passe de s’arranger pour le groupe de la famille Bolloré,  les relations sont au nadir avec l’empire de médias de la famille Berlusconi , dont Vivendi détient 30 % du capital.

Mediaset a annoncé le 7 juin un projet de création d’une holding néerlandaise – MediaForEurope (MFE) – regroupant ses activités italiennes et espagnoles. Un mécanisme de multiplication des droits de vote serait mis en place pour protéger le contrôle de Mediaset par la Fininvest de Berlusconi, sans payer de prime aux actionnaires minoritaires.  Compte tenu des contentieux depuis la transaction ratée de 2016 – le clan Berlusconi réclame 3 milliards d’euros -, Mediaset estimait que Vivendi, qui veut s’opposer à MFE, n’a pas le droit de voter. Mais la justice italienne vient de donner partiellement raison au groupe français, l’autorisant à voter mais seulement au titre des 9,9 % de Mediaset détenus en direct. Le trust Simon Fiduciaria, qui abrite le reste de la participation du camp français, risque, lui, d’être interdit de vote.

Un plan de départ en France

Plus près de chez nous, Vivendi doit gérer dans les prochaines semaines  le plan de départ chez Canal+ en France  : un peu moins de 500 personnes sur 2.600 en CDI. Si les activités internationales de sa filiale audiovisuelle sont en croissance, le revenu dans l’Hexagone baisse et la direction de Canal+ estime qu’une modernisation est nécessaire. Maxime Saada, président du directoire, a avancé que Netflix compterait désormais entre 5,5 millions et 6 millions d’abonnés en France « avec zéro salarié ». Ensuite, dans les prochains mois, Canal+ a un autre lourd sujet à traiter : récupérer d’une manière ou d’une autre – peut-être seulement en tant que distributeur -, le football français,  que Mediapro lui a chipé .

Enfin, sur un front plus riant pour Vivendi, le groupe doit finaliser la cession de 10 % d’Universal Music, le numéro un mondial de la musique, au chinois Tencent. Vincent Bolloré a fait taire certains sceptiques cet été en annonçant des négociations préliminaires sur la base d’une valorisation de 30 milliards d’euros pour sa filiale. Reste à tenir le délai promis : une finalisation début 2020. Avec peut-être la surprise d’une entrée concomitante d’autres actionnaires.

Altice, confirmer à tout prix

Après le désastre commercial et boursier de la fin 2018, le groupe de Patrick Drahi a bouleversé le paysage concurrentiel avec des offres sans limite de durée à des tarifs jamais vus.Après le désastre commercial et boursier de la fin 2018, le groupe de Patrick Drahi a bouleversé le paysage concurrentiel avec des offres sans limite de durée à des tarifs jamais vus.Pol Emile/Sipa

Pour l’état-major d’Altice, la tempête est passée. SFR, le navire amiral du groupe, a renoué en 2019 avec la croissance, des abonnés et des revenus. Pour y arriver, l’opérateur a frappé fort. Après  le désastre commercial et boursier de la fin 2018, le groupe de Patrick Drahi a bouleversé le paysage concurrentiel avec des offres sans limite de durée à des tarifs jamais vus, descendant jusqu’à 5 euros par mois pour un abonnement mobile doté de 30 gigaoctets de données. La manoeuvre a réussi, aux dépens de Free. Le défi d’Altice est maintenant de transformer l’essai et de prouver que l’embellie est convertible en cash pour rembourser son écrasante dette, d’environ 30 milliards d’euros.

L’opérateur compte notamment sur sa nouvelle box Internet, lancée cet été peu de temps après les nouvelles Freebox et à un tarif beaucoup plus accessible. Mais, pour être complète, la renaissance de ses activités télécoms doit aller de pair avec celle des activités médias, l’autre mamelle du groupe Altice.  La question centrale est celle du football. Pour décrocher les droits de la Ligue des champions pour la période 2018-2021,  Altice avait signé un chèque de plus de 1 milliard d’euros. Presque un an après le début des retransmissions sur sa chaîne RMC Sport, SFR indique avoir conquis quelque 2 millions d’abonnés mais sans donner le détail des recrutements via SFR ou en OTT (sur Internet).

Un choix stratégique

Selon « L’Equipe » et La Lettre A, les abonnements à RMC Sport vont passer, avant le début de la saison, de 19 à 25 euros, sauf pour les abonnés SFR (à 9 euros). « C’est une tentative de réduire les pertes générées de plusieurs centaines de millions d’euros par le football, explique un analyste financier. Mais ce sera un gros test, car on arrive sur des niveaux de prix élevés, bien supérieurs à Bein Sports par exemple. »

Un choix stratégique se profile. Alors que Mediapro, qui a décroché la Ligue 1, doit se lancer en France, Altice sera-t-il candidat à nouveau pour la Ligue des champions ? Ou décidera-t-il que le foot est trop cher ? En parallèle, le groupe doit gérer un autre dossier chaud : la rémunération par les opérateurs télécoms de ses chaînes de télévision. Refusant de payer,  Free a « coupé » la diffusion de BFMTV il y a quelques jours. Les futures discussions avec Orange, qui pèse presque deux fois plus lourd, seront cruciales. Si celui-ci cessait également la diffusion de BFMTV, les recettes publicitaires souffriraient. Et Altice devrait revoir ses ambitions.