Réforme des retraites : au sommet de l’Etat, la tension monte – Le Parisien

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« On n’a jamais été si proche du point de rupture au sommet de l’Etat », souffle un macroniste historique après cette étrange journée où Matignon et l’Elysée ont donné le sentiment -erroné?- de diverger sur la réforme des retraites. Et notamment sur la question cruciale de l’âge pivot à 64 ans, qui concentre les flèches des syndicats réformistes et de plusieurs fidèles du chef de l’Etat, attachés à sa promesse originelle d’un régime universel par points.

En fin de matinée, surprise, une déclaration « off » en provenance de l’Elysée informe les Français qu’ Emmanuel Macron est « disposé à améliorer » le projet controversé! Tout le monde comprend aussitôt qu’il s’agit de bouger sur le fameux « âge d’équilibre », dont la CFDT ne veut en aucun cas.

Quelques heures plus tard, de l’autre côté de la Seine, Édouard Philippe reçoit avec le nouveau « monsieur retraites » du gouvernement, Laurent Pietraszewski, les syndicats et le patronat pour trouver une issue à la crise, à six jours de Noël et au lendemain d’une journée massive de manifestations. À la sortie, pourtant, nulle concession aux yeux de Laurent Berger sur les 64 ans, qui tempête : « On est très, très loin d’un accord. »

Les services du Premier ministre et du président ont beau répéter en chœur la formule rituelle selon laquelle il n’y aurait « pas une feuille de papier à cigarette » entre les deux têtes de l’exécutif, c’est à y perdre son latin. Un ami du Premier ministre l’assure aussi, Philippe aurait avancé ce mercredi des ouvertures sur l’âge pivot, qui serait aménagé selon les carrières, la pénibilité. On n’y comprend plus rien…

Acte de divorce ?

Alors, divergence stratégique ou pas ? Selon nos informations, de sources concordantes, la réforme des retraites a donné lieu il y a quelques jours à une sérieuse explication de gravure entre l’Elysée et Matignon. En cause : des fuites dans la presse dévoilant les intentions du gouvernement. Selon ces mêmes sources, le directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas, a accusé le conseiller spécial du président, Philippe Grangeon, d’être à l’origine de ces indiscrétions. L’intéressé, qui a fort mal pris ce procès en déficit de solidarité, a vivement démenti. Blessé, il se mure depuis dans le silence complet.

« Il n’y a pas eu d’emportement, mais une explication cordiale et franche », confirme un proche du président. Car entre ces deux hommes, ce sont deux écoles de pensée qui s’affrontent radicalement : Ribadeau, comme on le surnomme, quand ce n’est pas Le Vatican, est vu comme l’homme de la rigueur et des réformes comptables. Grangeon, qui conseilla François Hollande et a sa carte à la CFDT, est l’émissaire qui tente de recoudre le lien entre Macron et Berger. Et est donc très réservé sur les 64 ans. « On est dans les Dix petits nègres d’Agatha Christie, les philippistes veulent éliminer les proches du président un à un », s’étrangle un Marcheur.

Un épisode révélateur ou isolé ? Du côté des macronistes de la première heure, qui plaident depuis des mois pour un changement à Matignon, ça phosphore à tout-va. Et si, spéculent-ils, cette affaire signait l’acte de divorce qu’ils appellent de leurs vœux entre Macron et Philippe, accusé d’être celui qui « emmène le président dans le mur pour se forger une image de grand réformateur ».

« Philippe se dit : pourquoi pas moi en 2022 ? », ose même un intime du président. « Science-fiction », réplique l’entourage de ce dernier. Bien malin, en effet, celui qui est capable de dire ce que le chef de l’Etat, très sphynx en cette période charnière, a dans la tête. Édouard Philippe, qui doit -selon l’Elysée- s’exprimer ce jeudi au terme de ses entretiens avec les partenaires sociaux et avec les dirigeants de la SNCF et de la RATP, aidera peut-être à y voir plus clair. Il y a urgence.

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