Réforme des retraites : après une semaine de débats houleux, le recours au 49-3 se dessine – Le Figaro

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Une semaine de surplace. Sans surprise, les débats à l’Assemblée nationale, débutés lundi en séance publique, concernant la réforme des retraites n’avancent pas. La stratégie d’«obstruction parlementaire», menée La France Insoumise et le Parti communiste, porte ses fruits. Sur les 40.000 amendements déposés (dont 36.000 par LFI et le PC), seuls un peu plus de 4.000 ont été examinés vendredi. «C’est plus l’Assemblée, c’est un cirque…», souffle une députée macroniste. Pour ne rien arranger, les députés Insoumis et communistes déposent désormais des sous-amendements à tous leurs amendements. «On passe à chaque fois deux heures à examiner les dizaines de sous-amendements rattachés à un seul et même amendement…Ils sont dans une logique dilatoire», regrette une autre députée LREM.

Du côté de LFI, la stratégie est parfaitement assumée. «Nous expliquerons le texte morceau par morceau. Nous ne céderons pas. Nous montrerons qu’il n’y a pas que les députés insoumis et communistes qui sont opposés au texte de la réforme des retraites mais bien le peuple Français tout entier!», a encore martelé Jean-Luc Mélenchon jeudi soir lors d’un meeting à Toulouse.

Tentative avortée de Richard Ferrand

Richard Ferrand a tenté d’accélérer la cadence mercredi. En vertu du nouveau règlement, le président de l’Assemblée nationale a voulu rejeter les amendements à objet identique, s’ils n’ont pas une valeur juridique. Plus d’un millier d’amendements déposés par les communistes auraient ainsi pu disparaître. De quoi soulever la bronca. «Richard Ferrand voulait empêcher la discussion de 1184 de nos amendements, faisant ainsi des députés communistes la cible de son autoritarisme», a dénoncé le groupe dans un communiqué. Face à l’indignation qui a finalement dépassé les rangs de la gauche, le président de l’Assemblée a jugé bon de faire machine arrière.

Malgré tout, les cadres de La République en marche certifient que le texte sera bien adopté en première lecture avant la trêve des élections municipales, le 6 mars. Une troisième semaine de débat a déjà été rajoutée aux deux premières prévues. L’examen se poursuivra également les week-ends. Pour autant, nombreux députés de l’opposition, comme de la majorité, jugent toujours le délai intenable. «C’est tout simplement impossible», regrette une députée LR. «Il faudrait 150 jours de séance d’affilée pour tout étudier», souligne dépitée la députée LREM Laurence Maillart. «Tout cela à cause d’une trentaine de députés… Il faut revenir à la raison. Les Français ont le droit à un vrai débat», réclame-t-elle.

«Le 49-3, nous en discuterons s’il y a lieu d’en discuter»

Longtemps écarté par les responsables de la majorité, le recours à l’article 49-3 paraît désormais inévitable pour contourner l’obstruction. Déjà utilisée sous le quinquennat de François Hollande, cette manœuvre permet au premier ministre de faire passer «en force» un texte de loi, en engageant la responsabilité du gouvernement. Interrogé par CNEWS vendredi matin, Gilles Le Gendre, le président du groupe LREM, a semblé préparé le terrain. «Le 49-3, nous en discuterons s’il y a lieu d’en discuter», a-t-il prévenu.

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Pas encore dégainé, son recours fait déjà polémique, jusqu’au sein même de la majorité. Quatre députés de l’aile gauche de LREM – Delphine Bagarry, Jean-François Cesarini, Stéphane Claireaux et Sonia Krimi – et deux apparentés au groupe majoritaire – Albane Gaillot et Annie Chapelier – ont fait savoir publiquement leur opposition vendredi. «Nous refusons de considérer comme seule issue l’emploi de cette procédure parlementaire qui – rappelons-le – permet au gouvernement de faire adopter une loi sans débats et sans vote, à savoir donc, sans le Parlement», dénoncent-ils dans un communiqué.

À droite, certains y voient surtout un «jeu de dupe» entre la majorité et l’opposition «stérile» de LFI et du PC. «La gauche pousse le gouvernement au crime en jouant l’obstruction pour pouvoir relancer la mobilisation sociale. À l’inverse, le gouvernement dira qu’il n’avait pas d’autres choix que de dégainer le 49-3… C’est gagnant-gagnant», soupire un député des Républicains.

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