Réforme des retraites : 49.3, la pression monte au sommet de l’Etat – Le Parisien

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La possibilité d’un recours au 49.3 est-elle en train d’électriser les relations aux plus hauts étages du pouvoir? Alors qu’il aura fallu attendre huit jours pour que le premier article (sur 65) de la réforme des retraites soit adopté ce lundi, l’idée d’un passage en force continue de faire son chemin. Mais dans quels délais? À l’Elysée et à Matignon, on balayait l’idée ce lundi d’utiliser cette arme constitutionnelle – qui permet l’adoption sans vote – dans les tout prochains jours.

« On n’est pas encore dans ce temps-là. On laisse, pour le moment, le Premier ministre avancer », évacue un proche d’Emmanuel Macron. « On n’a pas à répondre à une question qui ne se pose pas. On a encore le temps », rebondit pour sa part un collaborateur d’Edouard Philippe, passablement agacé à l’idée de se voir imposer un tempo législatif.

Et pour cause… Si le président dit à ses visiteurs qu’il ne veut « rien exclure », le Premier ministre, lui, n’est pas vraiment enthousiaste. « Il a peur », lâche un conseiller ministériel, avec en tête les toutes prochaines élections municipales. « Nos adversaires politiques s’en serviront pour dire qu’on impose la loi en faisant fi du dialogue parlementaire. Et puis, ça peut potentiellement ressouder la gauche. Au Havre par exemple, cité ouvrière qui a pendant trente ans été un bastion communiste, ça peut faire des dégâts pour Philippe… », décrypte un stratège LREM.

« S’il fait ça, il est complètement démonétisé »

« Depuis des semaines, il défend son texte en claironnant partout qu’il s’agit d’un texte de justice sociale. Et là, il passerait en force dans l’hémicycle ? Avec un discours à la tribune pour engager la responsabilité du gouvernement en justifiant le recours au 49.3 ? Bon courage ! S’il fait ça, il est complètement démonétisé », tranche un membre du gouvernement.

Il reste que certains macronistes historiques ont « l’impression que le Premier ministre essaie de se couvrir », et s’en agacent. En retour, ils ne se privent pas de glisser qu’avec une meilleure gestion du calendrier, il aurait été possible de recourir à la procédure dite du « temps programmé », pour circonscrire la durée d’examen du texte. « Impossible ! », renvoie un supporter du Premier ministre, rappelant que cette règle impose un délai de six semaines entre le dépôt du texte en conseil des ministres et l’examen du projet de loi.

Ce lundi soir, le sujet a d’ailleurs intégralement occupé les discussions du bureau exécutif de LREM, où «toutes les positions ont été exprimées », rapporte un participant. Certains macronistes redoutant qu’un 49.3 « marque au fer rouge le quinquennat ». D’autres plaidant au contraire «pour un acte d’autorité et d’efficacité ».

Sauf qu’à l’Elysée on commence à trouver le temps long. « Il faut maintenant en finir et aller vite. Le président est pressé de passer à autre chose car le feuilleton n’a que trop duré. D’autant que sur l’usage du 49.3, les sondages ont montré qu’une très grande majorité de nos sympathisants y étaient favorables (NDLR, 74 % selon une récente enquête BVA) », argue un conseiller, convaincu qu’il faut mettre la pression sur Philippe.

« Ce sera difficile d’aller vers un 49.3 si le Premier ministre n’y croit pas, relève un conseiller élyséen. Sur une procédure comme cela, il faut que le président et lui soient calés au millimètre près. »

Réforme des retraites : 49.3, la pression monte au sommet de l’Etat

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