Reconfinement : comment la Seine-Saint-Denis réagit aux annonces de Castex – Le Parisien

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Devant sa télé, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Najat Lazaar a vu son fils aîné esquisser un sourire quand le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé que les écoles resteraient ouvertes. « C’est mieux que le collège reste ouvert, au premier confinement, quand il y avait des devoirs à faire en ligne, ce n’était pas facile pour tout le monde », réagit ce collégien. Mais « à part le recul du couvre-feu à 19 heures et le déplacement interdit entre les régions », la maman ne voit pas trop la différence.

Elle pensait qu’ un confinement strict, façon printemps 2020, « pendant deux semaines », aurait été plus efficace pour faire reculer la pandémie dans le département le plus pauvre de France qui affichait un taux d’incidence de 499 sur la semaine du 7 au 13 mars (446 en Ile-de-France) avant d’atteindre ce lundi 512,7 nouveaux cas positifs détectés en une semaine pour 100 000 habitants (266,22 en France).

Dans la ville voisine de Livry-Gargan, Carla*, 16 ans, aurait aimé, à l’inverse, que le gouvernement ferme les lycées. « Aller au collège avec cette peur du virus est une pression permanente », confie cette adolescente, « très malade » à l’automne dernier lorsqu’elle a été contaminée par le Covid. Dans son lycée, malgré les demi-jauges, elle a dénombré une trentaine de cas positifs depuis le début de l’épidémie.

«On s’y habitue»

Tenir encore, pas facile quand on a 21 ans. « On s’y habitue, on est résigné. Par contre, c’est dur de ne plus voir nos amis. Les bars, les restos, les boîtes… : ça nous manque tous. On se demande toujours pourquoi on ne peut pas s’installer en terrasse alors qu’on laisse les parcs ouverts », s’interroge Fiona, étudiante de 21 ans, à Rosny-sous-Bois.

Les conséquences, Francis Dubrac, les perçoit déjà. « Le télétravail, c’est le ralentissement de l’économie, résume-t-il. Pour nous, ça s’est traduit par 40 % d’appels d’offres en moins, explique le responsable de Dubrac TP, entreprise de travaux publics à Saint-Denis, 400 salariés. Parce qu’en visio, on décide moins et c’est toute la chaîne de commandement qui est ralentie. »

«Il nous faut des vaccins en quantité !»

Sans compter que le télétravail n’est pas possible pour les travailleurs en première ligne, nombreux sur ce département. Et inévitablement, la discussion revient à la vaccination, seul bouclier contre le virus et ses variants. « J’espérais justement qu’on nous annoncerait une accélération de la vaccination sur les 16 départements concernés pendant ces quatre semaines, avec un élargissement des publics cibles », confie Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental.

Pas un jour ne passe sans que les patients du Dr Gilles Lazimi, généraliste à Romainville, ne réclament une dose. « Il nous faut des vaccins en quantité ! » répète le médecin, qui salue la solidarité des villes et professionnels de santé « pour aller chercher les patients et les emmener au centre de santé, se faire vacciner ». Il voit aussi défiler de plus en plus de patients en burn-out dans son cabinet. « Quelles que soient les mesures, les effets ne seront visibles que dans deux ou trois semaines. Notre espoir porte sur le vaccin », nous confiait à 18 heures, Frédéric Adnet, directeur médical du groupe hospitalier Avicenne, René Muret et Jean-Verdier.

Jean-Christophe, pharmacien à Rosny-sous-Bois, sent aussi monter l’inquiétude. « Les gens attendent… On n’a encore jamais eu de vaccin dans notre pharmacie », regrette-t-il.

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« On peut participer à l’effort de guerre, en assurant les cours, mais pourquoi ne pas vacciner les profs ? On n’a même pas reçu de masques FFP2… C’est comme si on partait à la guerre à poil ! », s’énerve une prof de lycée, quinquagénaire qui fréquente « 180 élèves par semaine ». Elle souffre de problèmes aux poumons. Juste avant la suspension d’AstraZeneca, elle avait réussi à décrocher un rendez-vous chez sa pharmacienne ce vendredi, justement. Elle espère qu’elle pourra, comme Jean Castex, se faire vacciner.

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