Le contenu de son fourgon a été retrouvé et une complice présumée du convoyeur a été interpellée.

Il est 6 heures du matin, lundi 11 février, quand les trois convoyeurs de fonds commencent leur mission du jour. La camionnette blanche de la société Loomis fait un arrêt à Aubervilliers, sur l’Avenue Jean Jaurès qui coupe en deux la ville de Seine-Saint-Denis. Comme le veut la procédure, deux d’entre eux descendent du véhicule pour ravitailler une agence Western Union, pendant que le troisième reste au volant du camion. Mais quand les deux hommes reviennent à l’endroit où était garé le véhicule, ils ne trouvent plus personne. Le chauffeur, Adrien Derbez s’est volatilisé, avec le fourgon.

Le véhicule est retrouvé à quelques rues de là. “Il était là, juste à l’angle derrière le chantier. Les portes arrière étaient ouvertes. C’est la première fois que je voyais ça”, raconte un témoin, interrogé par France 3. A l’intérieur, les soixante sacs de billets de banque ont disparu. Montant total du butin : trois millions d’euros.

Le convoyeur a-t-il été braqué ? S’est-il enfui avec le contenu du coffre grâce à un complice qui l’attendait dans un autre véhicule ? Ces questions restent en suspens et la société Loomis, à qui appartenait le camion, se refuse à tout commentaire. Tout le monde a évidemment en tête le cas de Toni Musulin, un autre convoyeur de fonds qui, en 2009, avait disparu à Lyon avec son fourgon, transportant plus de 11 millions d’euros.

L’enquête se concentre rapidement sur Adrien Derbez. Un appel à témoin est diffusé, mardi, pour retrouver l’homme de 27 ans, mesurant “entre 1,75 et 1,80 m”, avec des “cheveux bruns, des yeux marron et une corpulence athlétique”. “L’individu est susceptible d’être armé et dangereux”, ajoute le communiqué de la préfecture de police de Paris. Selon la brigade de répression du banditisme, qui mène l’enquête, une “arme longue en dotation collective”, qui était présente dans le camion a également disparu.

La presse commence à enquêter sur l’homme, qui réside à Aubervilliers, non loin de l’agence Western Union où il s’est volatilisé. Officiellement du moins, car son appartement était quasi-vide, selon un voisin interrogé par Le Parisien. Né à Marseille (Bouches-du-Rhône), il a aussi vécu à Amiens (Somme) de 2013 à 2016, ville où il pratiquait la boxe thaï. Dans les pages du Parisien, son entraîneur Didier Jamel décrit un “jeune calme, sympa et sociable”.

Adrien Derbrez était, par ailleurs, inscrit au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour “refus d’obtempérer” et “dégradations”. Des faits commis à Amiens en 2015, selon une source policière citée par l’AFP.

C’est dans la préfecture de la Somme que se terminera sa cavale. La police détient une information selon laquelle Adrien Derbez se cache dans un appartement de Saint-Acheul, un quartier du centre d’Amiens, près de la gare. Mardi, vers 17 heures, les policiers de la BRI (brigade de recherche et d’intervention), de la police judiciaire de Lille et de la BRB (brigade de répression du banditisme) sont mobilisés. Ils interpellent d’abord un complice, une femme, alors qu’elle est sur le pas-de-porte. Puis ils entrent dans l’appartement où se trouve bien le convoyeur.

Le fugitif tente de s’enfuir par la fenêtre en sautant du deuxième étage, selon BFM TV. Il a atterri sur le balcon de l’étage d’en dessous, où il a été interpellé. Aucun coup de feu n’a été échangé, selon une source policière à France 2.

Ça s’est passé dans le calme, aucun cri, aucun coup de feu. Ils ont fracturé la porte, ils sont rentrés en criant ‘Police’, et quand ils ont vu que l’individu essayait de s’échapper, ils sont descendus rapidement.Un témoin de l’arrestationà BFM TV

Les policiers trouvent ensuite “plusieurs sacs remplis de billets”, qui sont en cours de comptage et qui représentent “au moins une grande partie, et peut-être l’intégralité du butin”.

Adrien Derbez et sa complice présumée sont alors placés en garde à vue. L’enquête doit désormais déterminer comment l’homme de 27 ans a pu dérober le contenu du coffre, auquel il n’aurait pas dû avoir accès en tant que conducteur du fourgon. D’après Denis Fous, délégué CFDT chez Loomis interrogé par Le Parisien, seul le “messager”, qui veille sur les fonds à l’intérieur du camion, a accès au chargement.

De son côté, Loomis a ouvert une enquête interne. Celle-ci devra “établir comment, et avec la complicité de quelles personnes, ce convoyeur a pu agir”, explique à franceinfo l’avocate de la société, Me Claudia Chemarin, avant de prévenir : “Des sanctions seront prises” si les investigations démontrent des complicités internes.