9h32 mercredi 11 septembre 1968 : “On va se crasher si ça continue”. Ce sont les derniers mots prononcés par le pilote du vol Ajaccio-Nice. Quelques minutes plus tôt, le commandant avait signalé avoir “des ennuis”, précisant “on a le feu à bord”. La dernière communication radar est enregistrée à 9h33. Puis plus rien…

L’avion F-BOHB d’Air France vient de piquer vers la mer, avant de s’enfoncer jusqu’à 2 300 mètres de profondeur au large du Cap d’Antibes.

La Caravelle, premier avion commercial français, lors de son premier vol à Toulouse, le 27 mai 1955. Photo AFP La Caravelle, premier avion commercial français, lors de son premier vol à Toulouse, le 27 mai 1955. Photo AFP
Une vedette de la douane ramène des débris de la Caravelle qui s'est abîmée en mer à quelques kilomètres du Cap d'Antibes. Photo AFP
Une vedette de la douane ramène des débris de la Caravelle qui s'est abîmée en mer à quelques kilomètres du Cap d'Antibes. Photo AFP
Une vedette de la douane ramène des débris de la Caravelle qui s’est abîmée en mer à quelques kilomètres du Cap d’Antibes. Photo AFP
Les pires craintes des secours se confirment rapidement, aux alentours de 11h20, alors qu’une nappe de kérosène et des débris flottants sont découverts. L’avion a été complètement détruit. A son bord, les 95 passagers, dont 6 membres d’équipage et 13 enfants, ont trouvé la mort, sans aucune chance de survie.

De novembre 1968 à avril 1971, les secours se démènent pour repêcher les débris au fond de la mer. Plusieurs tonnes d’éléments de l’avion sont remontées à la surface, dont la boîte noire de l’appareil, rendue inexploitable par la violence de l’impact.

Le temps de l’enquête, un goût amer pour les familles

Passé le temps du deuil, les familles réclament des réponses. Après avoir expertisé les débris, la commission d’enquête technique (CET) du Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA) conclut dans son rapport en 1972 que “la perte du F-BOHB avait pour cause un incendie dans la cabine, incendie dont elle n’a pu déterminer l’origine”.

Pendant de longues années, la version officielle de l’Etat se résume à ça : un départ de feu dans la cabine, sans que l’origine ne soit identifiée. Une cigarette mal éteinte par un passager est évoquée, tout comme une défaillance technique d’un réacteur. En 1973, la justice rend finalement un non-lieu, refermant définitivement le dossier.

L’hypothèse du missile français

Mais c’était sans compter sur les rumeurs qui circulent depuis la première heure : c’est un missile français, lancé lors d’un entraînement militaire, qui a abattu l’avion par erreur. Une hypothèse pourtant écartée par la commission d’enquête, les débris étant trop rapprochés pour corroborer cette hypothèse. En 1970, Michel Debré, alors ministre d’État chargé de la Défense, avait également affirmé dans un courrier adressé aux familles des victimes : “Les champs de tir de la région étaient fermés le jour de l’accident.” Puis : “Je suis donc en mesure de vous assurer qu’un missile français n’a pu être à l’origine de la catastrophe.”

Las de ces secrets entourant la mort de leurs parents, Mathieu et Jacques et Louis Paoli finissent par créer l’Association des Familles de Victimes du Crash de la Caravelle Ajaccio-Nice (AFVCCAN). Au cours de leurs années de recherche, ils accumulent les témoignages laissant planer le doute sur un tir de missile ce jour-là, comme le rapporte Libération.

La levée du secret-défense

Puis en 2015, après trois échecs devant la justice, Mathieu Paoli porte plainte avec constitution de partie civile pour “soustraction, dissimulation, destruction de preuves et recel” et verse au dossier la quantité colossale de pièces recueillies.

C’est finalement le juge d’instruction de Nice, Alain Chemama, qui reprend l’affaire, prenant “très au sérieux” la thèse d’un tir de missile accidentel touchant l’arrière de l’appareil. Pour la première fois, il reçoit les frères Paoli. Mais après un premier signe en novembre 2017 de la part d’Emmanuel Macron, rien n’avance. Fin mars 2018, Alain Chemama requiert alors officiellement une levée du secret-défense.

Un acharnement qui pourrait enfin porter ses fruits, près de 51 ans après le crash de la caravelle Ajaccio-Nice. Emmanuel Macron a annoncé ce mardi 10 septembre avoir demandé à la ministre des Armées de saisir la commission de la Défense nationale afin d’obtenir la levée du secret-défense sur des documents classifiés. Dans une lettre, l’Elysée assure même à Mathieu Paoli que le président de la République “entend votre quête en faveur de la manifestation de la vérité”.

Par J.B. | Publié le 10/09/2019 à 19:28 |