Rambouillet: la terreur islamiste frappe encore la police – Le Figaro

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Elle a été tuée au couteau par un Tunisien au cri d’«Allah akbar», à l’entrée de son commissariat.

Moins de cinq ans après l’attentat de Magnanville et l’assassinat d’un couple de policiers, le 13 juin 2016, une fonctionnaire de police des Yvelines a été vendredi victime du terrorisme islamiste. L’attentat, le premier perpétré en 2021 après trois projets d’attaques déjoués, a eu lieu à Rambouillet peu avant 14h30. Stéphanie M., une agente administrative du commissariat, mère de deux enfants âgée de 49 ans, sort du bâtiment pour changer son disque de stationnement et revient. Au moment où elle rentre dans le sas du commissariat et alors qu’elle en tient encore la porte, un homme surgit et la frappe avec une arme blanche. La fonctionnaire est touchée mortellement et un policier fait feu sur l’assaillant. Blessé grièvement, ce dernier décède rapidement.

On peut aisément imaginer ce qui aurait pu se passer si l’homme avait réussi à pénétrer dans les locaux de police. Peu de temps après l’attaque, plusieurs sources proches du dossier précisaient au Figaro que l’agresseur avait hurlé «Allah akbar» au moment de frapper. Quelques heures plus tard, le parquet national antiterroriste annonçait qu’il se saisissait des faits et ouvrait une enquête de flagrance, confiée à la DCPJ et à la DGSI, des chefs d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste. Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a précisé que cette décision était motivée notamment par le «déroulement des faits», et notamment «des éléments de repérages», mais aussi par «la modalité même du crime, la personnalité de la victime», clairement ciblée en tant que fonctionnaire de police. Et enfin par «les propos tenus par l’auteur lors de la réalisation des faits», allusion au «Allah akbar» proféré par le tueur.

Inconnu des services de police

En l’état actuel de l’enquête, ce dernier semble avoir le profil de ces terroristes «endogènes» qui frappent la France depuis des années. De nationalité tunisienne et âgée de 36 ans, l’homme a surveillé le commissariat et guetté sa victime avant de passer à l’acte. Ce chauffeur-livreur de profession habitait depuis peu à Rambouillet après avoir résidé à Thiais dans le Val-de-Marne, où son ancien logeur a été placé en garde à vue. Son père qui vit en France a été placé en garde à vue, de même qu’une troisième personne de son entourage. Des perquisitions ont été réalisées par la PJ avec l’appui du Raid. Selon une source proche de l’enquête s’exprimant vendredi après-midi, l’homme était inconnu des services de police et de renseignement. Entré en France comme clandestin, il avait été régularisé en 2019 et était en possession d’une carte de séjour temporaire.

À noter que, au vu de la législation actuelle, un travailleur étranger en situation irrégulière peut obtenir, par l’admission exceptionnelle au séjour, une carte de séjour salarié ou travailleur temporaire à la condition qu’il remplisse des conditions d’ancienneté de séjour et de travail en France. Par ailleurs, la personne concernée doit pouvoir «parler le français, au moins de façon élémentaire» et «ne pas représenter une menace pour l’ordre public, ni vivre en situation de polygamie». Dans ces conditions, le statut de l’assassin de Rambouillet est d’ores et déjà au cœur d’une vive polémique politique (cf. ci-dessous). Mais l’attentat vient en outre de nouveau endeuiller un département déjà frappé par le terrorisme. Le 13 juin 2016, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider étaient assassinés à coups de couteau à leur domicile, la jeune femme étant tuée sous les yeux de leur fils de 3 ans. Le profil du terroriste, si on le compare avec celui de vendredi, illustre toutefois l’évolution des attaques de plus en plus perpétrées par des individus «inspirés» par la propagande de l’État islamiste et n’appartenant pas forcément à des structures organisées. Le tueur de Magnanville était, lui, bien connu pour son engagement dans la mouvance djihadiste et avait des liens étroits avec des extrémistes. Enfin, il avait, dans une vidéo, revendiqué son acte au nom de l’État islamique.

En l’état de l’enquête, le profil du terroriste de Rambouillet rappelle plutôt celui de l’assaillant de Samuel Paty, décapité dans ce même département, à Conflans-Sainte-Honorine, le 16 octobre 2020. Dans ce dernier cas, l’enquête a démontré que le terroriste était très actif sur les réseaux sociaux et que ses proches avaient repéré sa radicalisation sans alerter les autorités. Dans le cas de Rambouillet, les enquêteurs sont de même en train d’analyser tous les supports numériques de l’assassin (téléphones, ordinateurs…). Le terroriste aurait visionné des vidéos de djihadistes et une «prière islamique» de revendication avant de passer à l’action. Une analyse qui permettra notamment de savoir si l’homme a agi seul. Afin de parer à tout risque d’attaque «d’imitation», le ministère de l’Intérieur a annoncé vendredi que la sécurité était renforcée devant les commissariats et les gendarmeries nationales. Une décision classique en la matière, mais qui a aussi soulevé une polémique. Et ne suffira pas à répondre à la détresse et à la colère des policiers. Notamment dans les Yvelines où, au-delà du terrorisme, ils dénoncent une situation explosive. En fin de semaine, le syndicat Unité SGP Police 78, rappelait ainsi que, du 14 au 21 avril 2021, 48 faits de violences urbaines avaient été recensés dans douze communes différentes, dont 34 attaques de policiers aux mortiers d’artifice ou projectiles.

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